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 Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques

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MessageSujet: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mer 28 Sep 2011 - 21:58

silent 


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Silvano



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mer 28 Sep 2011 - 22:02

lsd a écrit:
un message par livre/auteur accompagné de votre critique positive en ne dévoiler que le minimum de l'intrigue, le but étant de donner envie de le lire. tongue
study
L'usage de la fonction spoiler pourra ici prendre toute sa mesure.
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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mer 28 Sep 2011 - 22:19

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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mer 28 Sep 2011 - 23:14

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yamaw



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Jeu 29 Sep 2011 - 0:19

lsd a écrit:
la seule condition étant un rapport direct avec les langues créées.
Je regrette…

Laughing Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Ven 30 Sep 2011 - 23:37

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Leo



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Ven 30 Sep 2011 - 23:45

Je n'ai gardé quasiment aucun souvenir des Langages de Pao, à part l'impression de la même naïveté linguistique que chez Orwell. En revanche, à chaque fois que Borges aborde le langage, les livres et le mental, ça m'a paru plutôt original. Même la Bibliothèque de Babel est en plein dans la création linguistique sans avoir l'air d'y toucher. Sinon j'ai entendu parler de l'Enchassement: http://fr.wikipedia.org/wiki/L'Ench%C3%A2ssement mais je ne l'ai jamais lu.
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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Sam 1 Oct 2011 - 0:02

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Leo



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Sam 1 Oct 2011 - 0:28

J'y jetterai un oeil, ou toutes les ommatidies si ça mord.
Ha, et j'ai oublié de mentionner Révolte sur la lune http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_sur_la_Lune où il est question de loglan. Et que je n'ai pas lu non plus.
Mais tout ça c'est très vieux.
Sinon, dans la littérature mainstream, on a quelque chose ou bien c'est décidément le désert?
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yamaw



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Sam 1 Oct 2011 - 1:11

Ah oui, j’avais tout de même oublié Borges, qui évoque les langues construites dans plusieurs de ses nouvelles. À part ça, je peux vous fournir trois exemples littéraires qui abordent vaguement la question des langues construites :

#1 « Bloom : Je préconise la réforme de la moralité civique et des dix commandements purs et simples. À chacun sa lampe d'Aladin. Tous unis, juifs, musulmans et gentils. Un hectare et une vache pour les enfants de la nature. Corbillards torpédos grand luxe. Travail manuel obligatoire. Les Parcs ouverts au public jour et nuit. Lave-vaisselles électriques. Tuberculose, aliénation mentale, guerre et mendicité interdites. Amnistie générale, carnaval hebdomadaire avec les libertés du masque, gratifications à tous, la fraternité universelle assurée par l'espéranto. Plus de patriotisme de cafés, tapeurs et monteurs de coup hydropiques. L'argent à tous, l'amour libre, l'église laïque libre dans l'état libre et laïque. » James Joyce, Ulysse, 1914-1921. Cette citation de l’espéranto est certes quelconque ; elle montre toutefois un certain intérêt (l’allusion aux langues construites est plutôt rare dans la littérature, il me semble).

Mais, plus fondamentalement, le langage de Joyce dans Finnegans Wake est bien une nouvelle langue, Joyce étendant le mot-valise de Lewis Caroll en mélangeant de nombreux idiomes et variétés d’anglais, comme pour (tenter de) parer aux manques du langage classique, principalement à son a-universalité. En voici l’incipit : « riverrun, past Eve and Adam's, from swerve of shore to bend of bay, brings us by a commodius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs. Sir Tristram, violer d'amores, fr'over the short sea, had passencore rearrived from North Armorica on this side the scraggy isthmus of Europe Minor to wielderfight his penisolate war: nor had topsawyer's rocks by the stream Oconee exaggerated themselse to Laurens County's gorgios while they went doublin their mumper all the time: nor avoice from afire bellowsed mishe mishe to tauftauf thuartpeatrick: not yet, though venissoon after, had a kidscad buttended a bland old isaac: not yet, though all's fair in vanessy, were sosie sesthers wroth with twone nathandjoe. Rot a peck of pa's malt had Jhem or Shen brewed by arclight and rory end to the regginbrow was to be seen ringsome on the aquaface. »

#2 Dans La leçon, pièce écrite pas Eugène Ionesco en 1950, le professeur tient ce discours : « Ce qui distingue les langues néo-espagnoles entre elles et leurs idiomes des autres groupes linguistiques, tels quelle groupe des langues autrichiennes ou habsbourgiques, aussi bien que des groupes espérantiste, helvétique, monégasque, suisse, andorrane, basque, pelote, aussi bien encore que des groupes des langues diplomatique et technique — ce qui les distingue, dis-je, c'est leur ressemblance frappante qui fait qu’on a bien du mal à les distinguer, preuves absolument indiscutables de l'extraordinaire ressemblance, ce qui rend indiscutables de leur communauté d'origine, et qui, en même temps, les différencie profondément — par le maintien des traits distinctifs dont je viens de parler. » Dans cette expression « groupe [de langue] espérantiste », je vois (ceci est interprétation personnelle) la multiplicité et la multiplication des langues prétendument auxiliaires après (et avant) la création de l’espéranto.

#3 Et François Rabelais, bien sûr, beaucoup plus tôt (ou plus précisément en 1532) dans Pantagruel… Mais pour cela, je vous renvoie ici : ici.

J’avais un autre exemple, mais je l’ai oublié en cours de route… Laughing
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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mar 18 Oct 2011 - 20:47

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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mar 25 Oct 2011 - 20:05

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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mar 25 Oct 2011 - 20:14

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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mar 25 Oct 2011 - 22:38

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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Lun 30 Jan 2012 - 1:18

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Leo



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Lun 30 Jan 2012 - 1:23

J'ai bien fait de ne l'avoir toujours pas lu, alors. Les écrivains de SF sont nuls en sciences, d'toute façon Razz
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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Mar 13 Mar 2012 - 1:57

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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Dim 15 Juil 2012 - 16:36

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Grufidh



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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Lun 16 Juil 2012 - 18:47

A l'usage des amateurs de littérature fantastique :
The Wise man's fear, de Patrick Rothfuss, présente durant deux centaines de pages environ un peuple, et parle longuement de sa langue, qui utilise beaucoup de signes pour exprimer les émotions, considérant les expressions faciales comme quelque chose de naturel (au sens d'opposé à ce qui est cultivé, civilisé). Bref, quelques reflexions intéressantes. The Wise man's fear fait suite à un premier tome nommé le Nom du Vent, par contre.
Les deux livres sont parsemés de phrases dans d'autres langues, mais c'est très frustant car l'auteur donne peu de traductions. Mais toujours agréable pour pimenter la lecture lorsque l'on est idéolinguiste.
Par ailleurs, ces livres sont excellents Smile
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Vilko
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MessageSujet: Re: Projet de bibliothèque à l'usage des idéolinguistes monomaniaques   Dim 20 Jan 2013 - 17:44

Épépé, de Ferenc Karinthy.

Pour que mon texte soit clair, ce qui a trait au roman est en noir, et ce qui concerne Dibadi (ville que j'ai imaginée à partir du roman de Karinthy) est en bleu.

Budaï, un linguiste hongrois (le livre a été publié en 1970) se trompe d'avion au départ de Budapest, s'endort pendant le vol, et au lieu de se retrouver à Helsinki il se retrouve dans une ville géante où l'on parle un langage incompréhensible, qu'il ne peut pas lire non plus. Sans l'avoir voulu, il se retrouve locataire d'une petite chambre dans un hôtel de 18 étages, où personne ne parle un mot d'une des 30 langues qu'il connaît.

Le roman est la somme des tentatives de Budaï pour quitter la ville. Il essaie aussi d'apprendre la langue du pays, ne serait-ce que pour pouvoir demander le chemin de l'aéroport. Il a une brève liaison avec une liftière, prend part malgré lui à une insurrection populaire (apparemment calquée sur le soulèvement hongrois de 1956).

Budaï n'arrivera pas à connaître le nom de la ville géante, ni à la localiser, ni à apprendre la langue locale, malgré ses efforts. Il se rend jusqu'en banlieue, mais n'arrive pas à atteindre les limites de l'agglomération.

J'ai lu Épépé pour la première fois en juillet 2007, et depuis je ne vois plus les grandes villes de la même façon. Surtout la banlieue parisienne, où j'habite. La ville où Budaï se retrouve semble avoir à peu près les dimensions et la diversité ethnique des agglomérations parisienne et londonienne. A un moment, Budaï se retrouve devant un plan lumineux:
Citation :
Le plan du métro collé sur une plaque de verre représente le réseau, les stations et les correspondances, une couleur différente pour chaque ligne, qui forment une sorte de toile d'araignée relativement dense de rayons divergents et de cercles à peu près concentriques. Le plan est muni d'un clavier avec un bouton correspondant à chaque arrêt : en appuyant sur un bouton on illumine le trajet.
La ville géante ne semble pas avoir de culture propre, l'architecture est commune aux grandes villes du monde entier, les vêtements et la cuisine aussi, sauf une boisson alcoolisée au goût de miel. On y trouve toutes les races humaines et tous les types humains, mais tous les gens que Budaï rencontre ne parlent que la langue locale, incompréhensible pour lui. Les habitants de la ville ont aussi leur propre religion, avec ses cérémonies d'allure vaguement catholique ou orthodoxe, mais d'où sont absents les symboles religieux connus de Budaï (croix, croissant, etc).

Citation :
(...) les rues, l'hôtel, la circulation, les véhicules, le métro : tous exactement ou approximativement les mêmes que dans n'importe quelle grande ville. Le mode de vie, son rythme, les magasins, les buffets, la cuisine, l'économie monétaire et le fait qu'on lui ait changé son chèque de voyage ; les chiffres arabes et l'usage du système de calcul à base dix. tout comme le découpage du temps en semaines, le dimanche férié, etc.

Les habitants de la ville ont une religion visiblement non-chrétienne mais influencée par le christianisme (clergé, usage de l'encens dans les cérémonies, inhumation des défunts). Le clergé a un statut élevé :

Citation :
Près de lui passe un petit groupe bizarre et exotique, peut-être une délégation d'ecclésiastiques, des vieillards barbus, basanés, portant un long caftan noir, des ceintures colorées, coiffés d'une barrette violette, de pesants colliers d'or au cou : la foule leur ouvre un chemin, leur permettant de traverser en file indienne, dignement.
J'ai essayé de recréer tout cela à Dibadi : la langue incompréhensible, où même les termes internationaux ont des équivalent locaux, l'écriture qui semble constituée de centaines de caractères qui se ressemblent tous :

Citation :
(...) il n'y a ni accent, ni majuscule, en tout cas dans ce livre : tous les signes sont de même taille et de même type. Il en a déjà noté plus d'une centaine, mais en en trouve sans cesse de nouveaux (...)
Lors d'un autre tentative de dénombrement des signes de l'écriture locale, Budaï arrive à 237 caractères, mais il se demande s'il n'a pas copié plusieurs fois les mêmes.

Dans mon idéomonde, la variante de l'alphabet deseret utilisée à Dibadi n'a que 28 lettres, mais avec les ligatures on arrive à 180 caractères.

La ville géante où Budaï se retrouve est visiblement une dictature, mais avec un aspect social : Budaï se fait retirer gratuitement une dent dans un hôpital, malgré son absence de documents d'identité et son ignorance totale de la langue.

J'ai essayé d'intégrer tout cela à Dibadi, en trouvant à chaque fois une bonne raison pour qu'il en soit ainsi. Ainsi, l'existence d'un système de protection sociale est due au fait que Dibadi est la vitrine du Niémélaga, la preuve que des humains peuvent vivre pas plus mal qu'ailleurs (mais pas mieux non plus) dans un pays gouverné par des cyborgs. L'objectif réel des cyborgs étant d'éviter que les humains du monde entier ne se coalisent contre eux.

Il y a beaucoup de pauvreté, d'alcoolisme, etc, dans la ville géante, et Budaï le remarque. Il ne sait pas que les cyborgs divisent pour régner : pour échapper à la pauvreté, il faut être du côté des cyborgs.

En ce qui concerne la religion, je me suis dit en imaginant Dibadi que pour acculturer vraiment totalement des immigrants, il faut aussi les faire changer de religion. Pour que cette religion officielle "prenne", il faut qu'elle ait un côté émotionnel fort, comme dans le roman :

Citation :
(le prêtre) écarte les bras si largement que les amples manches de sa chasuble découvrent ses avant-bras : il ferme les yeux et dans une béatitude transfigurée approchant l'extase pousse deux fois le même cri d'une voix sonore, cuivrée. Peut-être pas précisément le même, seulement proche, les deux fois résonnent en tout cas ensemble comme deux vers rimés :

Zeubeumeu, preuheudeu
Turidumi meudeulneu... :


L'effet produit sur l'auditoire est une excitation démesurée, si bien que même ceux qui jusque-là n'étaient que des spectateurs muets, éclatent en sanglots, poussent des cris, se prosternent presque tous (...)

(Budaï) se surprend à avoir envie de se jeter à terre sur le marbre avec les autres, de se débarrasser de ses chaussures, de dénouer son col, sa cravate. Il se sent envahi d'une joie extatique et naïve d'être là, de pouvoir se donner en offrande, de se fondre ans la grande communauté des croyants.
La scène évoque certaines cérémonies des évangélistes africains. Le statut social élevé des religieux évoque l'Iran. Comme la religion de Dibadi est en fait un panthéisme (je voulais une religion à laquelle je puisse croire), je lui ai ajouté un arrière-plan de légendes chinooks et des rituels émotionnels, où les spectateurs sont invités par le prêtre à exprimer leurs émotions.

Budaï ne comprend pas la langue locale et il transcrit ce qu'il croit entendre. En fait, le prêtre dit :

Goda mës, haiuhogoda,
Chagoda mës, mës dala na!

Vous les humains, les humains de nombreux pays
Vous les malades, voici votre richesse !

Pour que "goda mës" sonne comme "zeubeumeu" à l'oreille d'un étranger comme Budaï, il faut que la prononciation soit assez indistincte. Les Dibadiens se font une gloire d'articuler leurs mots aussi peu que possible : cela prouve qu'ils maîtrisent à fond la langue. Ce sont les nouveaux arrivants à Dibadi qui sont obligés de bien articuler pour être compris ! D'ailleurs, ailleurs dans le roman le langage local est décrit comme un "bredouillement volubile".

Le dibadien a certaines caractéristiques communes avec la langue de la ville géante : des mots comme chetenche (citoyen), tlët (tu, vous de politesse), patitap (comprendre), la fréquence particulière des sons comme /tl/ et /œ/, le vocabulaire opaque, etc. Et bien sûr, l'accent.

Ce qui m'a amené à imaginer ainsi l'accent dibadien : on articule peu les consonnes. Les voyelles sont généralement ouvertes, même les i et les ou. Les syllabes accentuées (généralement la première syllabe d'un mot) sont prononcées sur un ton un peu plus haut que les autres syllabes. Les phrases ont un rythme rapide, saccadé, comme du rap. Ce sont des suites de segments prononcés très vite et à peine articulés. La consonne finale de deux mots très courants, tlët (tu, toi, vous de politesse) et wik (en fin de phrase, adverbe interrogatif) est rarement prononcée : tlë, wi.

Ce n'est pas ainsi, évidemment, que les cyborgs, créateurs de la langue dibadienne, avaient imaginé qu'elle serait prononcée. Mais comme l'un de leurs objectifs est de se faire passer pour des humains, ils ont fini par imiter l'accent de leurs sujets. Tout en restant intraitables sur le statut de la langue dibadienne, qu'ils imposent comme langue unique.


Les mots Dibadi et Niémélaga apparaissent dans le roman, dans des phrases dont Budaï ne comprend pas le sens.

Épépé est un roman angoissant. On partage le découragement croissant de Budaï, on se promène avec lui dans un décor où prédominent les bâtiments sans caractère, le ciel gris et les passants indifférents.

Budaï rencontre des gens plutôt sympathiques dans la ville, mais dans l'ensemble les gens sont stressés et désagréables. Ce qui est normal dans une ville où sont entassés des millions de gens dont le niveau de vie est en moyenne assez bas.

Épépé est aussi une histoire où rien ne marche comme il devrait : les services sociaux sont surchargés, les transports en commun aussi, les caissiers et les employés n'ont ni le temps ni l'envie de vous écouter, etc.

C'est une leçon pour les amateurs de diégèse : c'est bien d'imaginer un monde où les soins de santé sont gratuits, par exemple. Mais imaginez un peu que les moyens affectés soient insuffisants : des heures d'attente pour recevoir des soins médicaux inadéquats. Même le rêve d'une langue commune tourne au cauchemar : les gens qui parlent la langue de la ville ne connaissent qu'elle et n'éprouvent que méfiance et hostilité envers ceux qui ne parlent pas comme eux. Pour une raison facile à devenir : dans la ville géante, quelqu'un qui ne parle pas la langue, ou qui la parle mal, c'est un nouveau venu, quelqu'un avec qui il va falloir partager des ressources (emplois, logements, transports, santé...) déjà insuffisantes.

D'une certaine façon, Épépé est un livre prophétique. On peut le lire à plusieurs niveaux. Un ami à qui je l'ai fait lire a surtout été frappé par l'humour présent dans l'ouvrage. D'autres lecteurs ont publié leurs impressions sur Internet, et l'ont perçu comme une allégorie de l'aliénation moderne.
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