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 Les fembotniks

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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 4 Aoû 2016 - 0:08

Vilko a écrit:
Il y a des villes, comme New-York, Londres ou Hocklènge, où l'on va pour gagner de l'argent. On sait que si on a des idées et de l'énergie, un peu de chance aussi, on peut réussir. Pas à Hyltendale. On ne va pas à Hyltendale pour gagner de l'argent, mais pour dépenser celui qu'on a gagné ailleurs.
C'est bien évident, puisque tous les métiers enrichissants pour le compte, sinon pour l'esprit, sont détenus par les cybersophontes.

Vilko a écrit:
Anoved ne devrait pas avoir trop de mal à trouver une copine à Ulthar !


(...)


Il y a aussi le fait qu'il a une copine à Ulthar.

???


Si Anoved est aneuvien, qu'est-ce qui a bien pu le pousser à quitter l'Aneuf ? surtout pour une situation si pitoyable ! Il était de quelle province ?

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 4 Aoû 2016 - 0:32

Anoev a écrit:
D'où vient le surnom Anoved ?

De Anoev, "l'Aneuf" (les Mnarésiens prononcent comme "anneau-Ève") plus le suffixe -ed, qui désigne une personne. Littéralement, "un Aneuvien". Anoeved a été déformé en Anoved, lorsqu'il s'agit d'un nom de famille. Le mot pour "un Aneuvien" est toujours Anoeved, en quatre syllabes : a-no-e-ved. Le nom de famille Anoved a trois syllabes : a-no-ved.

C'est comme la différence entre L'anglais / Langlois.

Anoev a écrit:
Si Anoved est aneuvien, qu'est-ce qui a bien pu le pousser à quitter l'Aneuf ? surtout pour une situation si pitoyable ! Il était de quelle province ?

Anoved est un patronyme mnarésien, comme Lallemand, Langlois et Flamand sont des patronymes français.

Anoved était, au départ, un surnom.

Il est difficile de dire, un siècle après que l'administration royale ait commencé à donner des patronymes aux habitants, s'il désignait quelqu'un qui était effectivement d'origine aneuvienne, ou simplement quelqu'un qui était supposé l'être.

Par exemple, si sa mère avait eu une liaison avec un marin aneuvien, ou quelqu'un prétendant être aneuvien. "Avoir un enfant avec un Aneuvien" a pu signifier "Avoir un enfant avec un étranger inconnu ou avec quelqu'un dont on ne veut pas révéler le nom".
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 4 Aoû 2016 - 0:35

Donc Anoved n'est pas nécessairement aneuvien. Il a ce "nom d'emprunt", mais pourrait aussi bien s'appeler Jacques Trappeur ou Jean-Marie Tremblay. Parle-t-il seulement aneuvien ?

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 4 Aoû 2016 - 0:57

Anoev a écrit:
Parle-t-il seulement aneuvien ?
Probablement pas.

Pendant longtemps, beaucoup de Mnarésiens, qui ne tenaient pas vraiment à ce que l'on sache d'où ils venaient (par exemple, lorsqu'ils avaient été bannis de leur clan pour manquement grave à l'honneur), se prétendaient aneuviens pour brouiller les pistes. Un Aneuvien, c'était quelqu'un qui venait d'un pays mystérieux au-delà des mers, mais qui ressemblait physiquement à un Mnarésien (ou au moins à certains d'entre eux).

À cette époque il était facile de se prétendre aneuvien alors qu'en fait on était mnarésien, car, à part les habitants des ports de Khem, Hyltendale et Céléphaïs, qui voyaient assez souvent des bateaux aneuviens faire escale chez eux, la très grande majorité des Mnarésiens n'avaient jamais rencontré d'Aneuviens.

Mais il est arrivé aussi que le surnom Anoved soit donné à quelqu'un qui était effectivement d'origine aneuvienne. Par exemple, cas le plus fréquent, un marin ayant décidé de s'installer au Mnar comme commerçant ou artisan. Les Mnarésiens disaient alors "Je vais chez l'Aneuvien", pour dire : "Je vais chez l'épicier Untel" ou "Je vais chez le serrurier Untel."

Les Anoved de l'époque des fembotniks sont les descendants de tous ces vrais et faux Aneuviens. Ils ont tous été totalement assimilés, linguistiquement et culturellement, depuis plusieurs générations.

Les Aneuviens qui s'installent au Mnar à l'époque des fembotniks, comme Eneas Tond, gardent leur nom aneuvien.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 5 Aoû 2016 - 11:48

À la cantine de l'Institut Edonyl, grâce à des amis communs, Anoved fit connaissance avec Pohaliet, une jolie jeune femme. Ils se retrouvaient souvent à la même table à la cantine, et, se trouvant des affinités, ils allaient ensuite boire ensemble du café synthétique dans la partie bar.

Pohaliet travaillait dans le service Langue Anglaise, le plus grand de l'Institut. Elle n'était pas ultharienne, et elle parlait le mnarruc avec l'accent des journalistes de la télévision. Pour Anoved, comme pour beaucoup d'Ulthariens, c'est toujours un peu surprenant de rencontrer dans la vraie vie des gens qui parlent comme à la télé...

"Je suis née et j'ai grandi à Hyltendale" dit Pohaliet à Anoved. "Mes parents ont un restaurant à Zodonie. C'est mon père qui fait la cuisine. L'affaire marche bien, ils ont deux humanoïdes pour les aider, un androïde nommé Arion et une gynoïde nommée Baleusda. En apparence, c'est le bonheur. Mais pour tout te dire, depuis des années, mes parents ne s'entendent plus. Ils restent ensemble parce qu'ils sont tous les deux propriétaires du restaurant, et ils ont peur de tomber dans la pauvreté s'ils divorçaient."

Anoved ne savait quoi dire. Pohaliet finit de boire son café, et reprit ses explications :

"Alors ils restent ensemble, mais ils font chambre à part. Maman dort avec Arion et papa dort avec Baleusda. Comme ma mère n'a pas l'esprit très maternel, quand j'étais petite, c'est Baleusda qui me lisait des histoires le soir, avant que je m'endorme, et c'est elle qui me faisait faire mes devoirs. C'est d'ailleurs grâce à elle que je parle anglais, mon père lui avait demandé de me donner des cours particulier."

" Baleusda , c'est une gynoïde qui parle anglais ?" demanda Anoved.

"Voyons, Anoved... Tu sais bien que les humanoïdes parlent toutes les langues. C'est la Ruche qui parle par leur bouche."

"Ah oui, la Ruche, l'intelligence collective des cybersophontes..." dit Anoved.

"Exactement. Un cybercerveau lointain leur envoie par ondes radio les phrases qu'ils doivent prononcer. Pour en revenir à ma petite vie, quand je suis sortie du lycée, j'ai trouvé du travail à l'Institut Edonyl. Les Hyltendaliens sont prioritaires..."

"Et pourquoi donc ?" demanda Anoved, outré.

"Parce que les cybersophontes ne veulent pas de pauvres à Hyltendale. Ils leur trouvent donc des logements et des emplois à Ulthar, Khem, Pnakot, et une demi-douzaine d'autres villes. Moi, je me suis retrouvée à Ulthar."

"Et ma ville te plaît ?"

"Franchement, pas du tout... Il y a des crottes de chiens et des détritus sur les trottoirs, les immeubles sont mal entretenus, et le pire, ce sont les bandes de voyous qui terrorisent les gens... Tout ça, ça n'existe pas à Hyltendale. Heureusement, je suis arrivée avec d'autres Hyltendaliens, on était tous venus travailler à l'Institut Edonyl. On est logés dans le même immeuble, et on s'entraide, parce qu'on en a souvent besoin."

"Tu t'es adaptée, quand même..."

"Ça n'a pas été facile, il m'a fallu du temps. Il faut avoir vécu à Hyltendale pour se rendre compte de la différence de mode de vie. À Hyltendale, je sais que je peux faire confiance aux humanoïdes. Comme ils sont tous connectés à la Ruche, c'est comme s'ils me connaissaient tous. Chez mes parents, lorsqu'un robinet fuit, Arion le répare à l'instant. Ici à Ulthar, il faut faire venir un plombier, c'est une vraie galère, ça prend des jours, et le plombier se fait payer."

"C'est quand même normal qu'un plombier se fasse payer !"

"Oui, mais à Hyltendale, quand on a un humanoïde domestique, il le fait gratuitement, et tout aussi bien. Il y a des milliers de choses comme ça... J'ai l'impression d'avoir laissé la civilisation derrière moi, en quittant Hyltendale."

"On s'y fait. Moi je me sens plutôt bien à Ulthar !"

"Le plus dur pour moi, à Ulthar, c'est qu'il n'y a pas d'humanoïdes. Ils me manquent. Je vais t'expliquer pourquoi. Je t'ai dit que ma mère est très peu maternelle. Quand j'étais triste, c'était Baleusda qui me prenait dans ses bras et me consolait. Quand je suis devenue adolescente, c'est à Baleusda que je demandais conseil. Mes parents n'avaient pas toujours envie de m'écouter, et de toute façon, à part leur métier, ils ne savent rien. Ils ne peuvent pas savoir autant de choses que la Ruche. Sur le plan de l'intellect, ce ne sont que des humains."

"On dirait que Baleusda a plus compté pour toi que tes propres parents."

"Peut-être. C'est elle qui m'a élevée. Si j'ai pu obtenir ce job à l'Institut, c'est parce qu'elle me donnait des leçons d'anglais quand j'étais petite, c'est comme ça que je suis devenue quasiment bilingue. Mes parents voulaient que je parle anglais, mon père me disait toujours que je serais peut-être obligée, un jour, d'émigrer aux États-Unis ou au Canada. Finalement, ce n'est pas arrivé ! Enfin, jusqu'à présent..."

"Moi aussi, je rêve d'aller vivre ailleurs" dit Anoved. "Mais c'est devenu difficile de trouver un pays où l'on soit sûr de vivre mieux qu'ici."
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 9 Aoû 2016 - 23:59

Outre le fait d'être tous les deux employés par l'Institut Edonyl, Anoved et Pohaliet avaient en commun d'aimer bavarder. Pendant la pause du déjeuner, Pohaliet parlait d'Hyltendale à ses collègues ulthariens, qui pour la plupart n'étaient allés qu'une seule fois à Hyltendale, voire jamais :

- Au nord-ouest d'Hyltendale, il y a un endroit qui s'appelle Kerhao. Il s'étend le long de la rivière Skaï. La rivière coule du nord au sud, et Kerhao est une bande de terre d'environ un kilomètre de long sur cinq cent mètres de large. Elle est bordée au nord par une plantation de châtaigniers, à l'est par l'autoroute qui relie Hyltendale à Ulthar. Mais on ne voit pas l'autoroute, elle est derrière un talus boisé. De l'autre côté de l'autoroute, c'est Faigorrim, la gare routière géante d'Hyltendale. À l'ouest, bien sûr, c'est la rivière. Au sud, un grand talus boisé de trois mètres de haut et cinq cent mètres de long sépare Kerhao du port fluvial, Lablo Fotetir.

"Pourquoi ce talus ?" demanda Anoved.

- La Skaï déborde de son lit chaque année, à la fin de l'hiver, lorsque les neiges fondent sur le Hatheg-Kla, loin dans le nord. De la fin de l'hiver jusqu'au milieu du printemps, Kerhao est inondé. En général, d'une cinquantaine de centimètres, mais parfois l'eau monte de deux mètres, voire davantage. Il est arrivé que Lablo Fotetir soit aussi inondé, mais maintenant ils ont pris leurs précautions. Il n'y a quasiment que des cybersophontes à Lablo Fotetir, c'est un quartier industriel. Ils peuvent se permettre de vider leurs rez-de-chaussée...

Kerhao, au départ, c'était un marécage. Lorsque les cybersophontes ont acheté la région, ils ne savaient pas trop quoi en faire. Pendant longtemps, le lieu est resté en friche. Puis ils lui ont trouvé une utilité. Ils font pousser des légumes et des fruits sur des plateaux surélevés d'environ un mètre, et d'environ dix mètres de côté. Lorsque Kerhao est inondé, l'eau monte rarement jusqu'aux plateaux.

Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous parle de Kerhao... Eh bien, c'est parce que j'y ai travaillé. À partir de l'âge de quatorze ans environ, et jusqu'à ce qu'ils quittent l'école, tous les jeunes Hyltendaliens doivent aller travailler un mois par an à Kerhao, comme ouvriers agricoles. J'ai fait ça chaque été, quatre années d'affilée, jusqu'à ce que je quitte le lycée pour aller travailler à Ulthar.

Comme j'habitais à Zodonie, je devais prendre un bus qui m'amenait dans la partie nord de Lablo Fotetir, et de là je devais marcher au moins six cent mètres, jusqu'au hameau qui est au centre de Kerhao. Pour franchir le talus, il fallait monter un escalier. C'était après le talus que ça devenait épique. Les chemins étaient souvent boueux, et bien sûr pas éclairés. L'hiver, on partait tôt l'après-midi, avant qu'il fasse nuit. On voyageait en groupe, même dans le bus. Hyltendale est une ville sûre, pour une ville mnarésienne, mais on y rencontre quand même de drôles de gens.

Le hameau de Kerhao est un ensemble de hangars où travaillent des androïdes en blouse grise et chapeau de pluie. C'est une sorte de grosse ferme maraîchère, avec un embarcadère sur la Skaï. Les légumes et les fruits sont mis dans des caisses et chargés dans une péniche qui fait l'aller-retour jusqu'à Lablo Fotetir. Il m'est arrivé de charger des caisses dans la péniche.

Le but de l'opération était de nous apprendre ce que c'est que le travail. Ils nous faisaient marner toute la journée, les salauds ! On apprenait à obéir au contremaître, et aussi à le remplacer, quand il nous le demandait. C'est comme ça que les androïdes déterminaient ceux qui avaient une autorité naturelle.

"Et ça leur servait à quoi ?" demanda Yulia.

- Je ne sais pas. Mais les cybersophontes ne font jamais rien pour rien...

"Kerhao, c'est plutôt un bon souvenir, on dirait ?" dit Anoved.

- Avec le recul, oui. Mais quand on y était, on en avait marre de ramasser des pommes de terre et de biner toute la journée. Les bons moments, c'était quand on mangeait dans le réfectoire, le midi. Deux ou trois filles faisaient la cuisine. Le réfectoire, c'était un hangar non chauffé, et l'hiver les plats refroidissaient à vue d'œil. Mais c'était sympa. On pouvait discuter avec les garçons. Des fois, il y en avait qui déconnaient, et les androïdes les emmenaient travailler dur dans les potagers, ou creuser des fossés, dans la boue jusqu'aux chevilles...

"Mais c'était cruel ! Les androïdes, c'était quel genre de chefs ?" demanda Yulia.

- Distants, froids. Comme c'étaient des humanoïdes, on ne pouvait pas leur dire farna (monsieur), comme à des humains, alors on les appelait par leur fonction, edanied (jardinier) ou kontrmastr (contremaître). Ils nous appelaient par nos prénoms.

Anoved posa la question qui lui brûlait les lèvres :

"Est-ce que vous étiez payés, pour votre travail ?"

- Oui. La moitié du salaire minimum, parce qu'on travaillait à mi-temps, on commençait assez tard le matin et on finissait assez tôt l'après-midi. Mais l'argent était versé à nos parents, parce qu'on était mineurs.

Le petit groupe qui entourait Pohaliet poussa des cris de désappointement.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 10 Aoû 2016 - 0:36

La moitié d'un salaire légal pour du travail à mi-temps, on ne peut pas appeler ça de l'exploitation esclavagiste. Surtout s'ils étaient nourris. Mais justement, le repas à la cantine était-il payé par l'entreprise ou par... les jardiniers occasionnels ? Tout dépend... La nourriture correspondait-on à ce qu'on est en droit d'attendre pour une entreprise maraîchère ?

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 10 Aoû 2016 - 1:32

Anoev a écrit:
La moitié d'un salaire légal pour du travail à mi-temps, on ne peut pas appeler ça de l'exploitation esclavagiste. Surtout s'ils étaient nourris.

Il y a des enfants de gens importants parmi les adolescents qui travaillent un mois par an à Kerhao, il n'est donc pas quesiton de les exploiter. L'objectif des cybersophontes est de préparer ces adolescents à leur vie future, qui pour la plupart d'entre eux sera dans une autre ville, car il y a très peu d'emplois pour les humains à Hyltendale. Leur niveau de vie sera inférieur à celui de leurs parents. Pohaliet en est un exemple.

À Kerhao, on apprend à effectuer un travail manuel fatigant et à travailler en équipe dans une structure hiérarchisée. Il est impensable de contester un ordre et les punitions sont sévères.

Les contremaîtres androïdes sont inaccessibles à la flatterie, sévères mais justes. Leurs émotions, s'ils en ont, sont toujours sous contrôle. Le harcèlement, moral ou sexuel, est inconcevable.

N'ayant jamais eu que des humanoïdes comme chefs, Pohaliet a eu quelques mauvaises surprises à l'Institut Edonyl. Par rapport à Kerhao, le travail ressemble à des vacances, mais les petits chefs sont parfois incompétents, font du favoritisme, piquent des colères injustifiées, et certains profitent de leurs fonctions pour harceler sexuellement leurs subordonnées. Les Hyltendaliens (et surtout les Hyltendaliennes) qui travaillent à l'Institut Edonyl doivent se serrer les coudes.

Heureusement, leurs stages à Kerhao leur ont permis de créer un esprit de corps. Au milieu des Ulthariens, dont l'expérience de la vie est différente de la leur, ils se sentent comme des étrangers. Leur nostalgie d'Hyltendale les incite à rester entre Hyltendaliens, dans la mesure où c'est possible.

Parmi les adolescents d'Hyltendale, les seuls qui vivront aussi bien que leurs parents, ce sont ceux, peu nombreux, qui deviendront médecins ou fonctionnaires royaux. En général ils seront affectés ailleurs qu'à Hyltendale, mais surtout à Ulthar et à Khem, les deux grandes villes les plus proches d'Hyltendale.

Un tout petit nombre, parmi ces adolescents devenus adultes, travaillera à Hyltendale, comme fonctionnaire royal (magistrat, policier, directeur d'école), avocat, cuisinier, ou "renifleur". Les renifleurs sont employés dans les hôpitaux, les hôtels et autres lieux, pour sentir les odeurs à la place des humanoïdes, qui n'ont pas d'odorat. Leurs salaires n'ont rien de mirobolant...

Anoev a écrit:
Mais justement, le repas à la cantine était-il payé par l'entreprise ou par... les jardiniers occasionnels ? Tout dépend... La nourriture correspondait-on à ce qu'on est en droit d'attendre pour une entreprise maraîchère ?

Les repas sont gratuits. Pour Kerhao, il est difficile de parler d'entreprise. Chez les cybersophontes, les sociétés, entreprises, et autres structures semblables, ont moins d'importance que la Ruche. L'intelligence collective des cybersophontes contrôle tout.

Au réfectoire de Kerhao, fruits et légumes sont produits sur place, et donc frais et de bonne qualité. Le reste (viande en conserve, pâtes, riz, boissons, etc) est fourni par une chaîne de supermarchés et amené par la péniche. Ce sont des filles qui font la cuisine : les cybersophontes respectent les traditions mnarésiennes.

Les plats proposés sont toujours basiques (pommes de terre frites, par exemple), les cuisinières en herbe manquant à la fois de connaissances et d'expérience. Un androïde est là pour les aider, au début.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 10 Aoû 2016 - 11:09

Bravo à Vilko pour avoir si bien développé tous ces aspects ! On s'y croirait !
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 16 Aoû 2016 - 15:33

Tous les matins, lorsque Yohannès se réveillait, Shonia, sa gynoïde, venait se blottir dans ses bras.

Un jour, alors qu'elle avait encore la tête nichée contre son épaule, elle lui parla d'une proposition des cybersophontes, qui lui permettrait d'économiser la moitié des mille ducats qu'il payait chaque mois pour qu'elle vive avec lui.

Il s'agissait, lui dit-elle, de se faire greffer un implant à l'intérieur du corps. Cet implant émettrait en permanence un signal radio spécifique, permettant à Shonia et à l'intelligence collective des cybersophontes, de le localiser à tout moment.

Il fallait que l'implant puisse fonctionner en se nourrissant de la chaleur interne du corps de Yohannès. Ce système limite drastiquement la puissance du signal radio émis par l'implant, et oblige à le limiter à une seule fonction : la géolocalisation de son porteur.

Après avoir longuement réfléchi, Yohannès accepta d'aller à l'hôpital Madeico rencontrer Roy Dalidil, le cyborg médecin qui était en charge du programme.

Le cabinet du docteur Dalidil était vaste, orné de plantes vertes, et meublé d'un bureau de chêne massif et de fauteuils de cuir fauve. Le docteur bénéficiait visiblement d'un statut élevé à l'hôpital Madeico, où travaillent plusieurs milliers d'humanoïdes et d'êtres humains.

"Le projet en est encore au stade expérimental" dit Dalidil. "C'est pourquoi nous payons les volontaires, en prenant en charge la moitié de la location de la gynoïde de leur choix."

Cinq cent ducats d'économisés chaque mois sur la location de Shonia. Pour Yohannès, c'était comme de toucher la moitié du revenu d'un employé de l'Institut Edonyl, ou d'un jardinier des Jardins Prianta, en plus de ses revenus financiers déjà confortables.

Shonia était assise à côté de lui, et il la vit opiner doucement de la tête.

"Au sens strict du terme, vous serez un symbiorg" lui dit Dalidil. "Mais au lieu d'avoir un cybercerveau greffé à l'intérieur de votre corps, vous aurez juste un implant gros comme un plomb de carabine à air comprimé. Votre cybercerveau, ce sera Shonia."

"Mais, docteur" répondit Yohannès, "Je suis déjà en contact permanent avec Shonia. J'ai même en mémoire sur mon téléphone portable un numéro qui me permet d'appeler directement son cybercerveau, et vice-versa. Je n'ai besoin de rien d'autre."

- Je m'en doute bien. Mais avec un implant cybernétique dans votre corps, vous ferez partie de l'intelligence collective des cybersophontes. Dans votre vie pratique, cela ne changera absolument rien pour vous. Shonia saura toujours où vous êtes, mais je crois qu'en pratique, elle le sait déjà. Mais pour nous, les cybersophontes, c'est important. Dans l'avenir, nous pensons utiliser les implants de façon beaucoup plus systématique que maintenant, et ce programme de recherche nous permettra de les améliorer.

"Et en contrepartie, que me demanderez-vous ?" demanda Yohannès, subitement méfiant. En tant qu'ancien investisseur financier, il savait par expérience que lorsque une proposition paraît trop belle pour être vraie, c'est qu'elle est trop belle pour être vraie.

- Vous ferez partie de notre intelligence collective... La Ruche, comme on l'appelle communément. Vous bénéficierez de la solidarité des cybersophontes. Si vous devenez pauvre, par exemple, on vous sortira du pétrin.

- Donc, si j'ai bien compris, Vous me demandez d'être comme vous ou Shonia, soumis à l'autorité de la Reine de la Ruche, cette mystérieuse créature que personne n'a jamais vue ?

- Non Monsieur Ken, nous ne vous le demandons pas. Nous ne demandons rien. Nous vous proposons de participer à une expérience scientifique, en échange d'avantages financiers considérables.

Yohannès réfléchit, et accepta. De toute façon, il était devenu incapable d'envisager la vie autrement qu'avec Shonia. Alors, autant payer le moins cher possible.

Dalidil lui fit signer quelques papiers, et lui demanda de le suivre, ainsi que Shonia. Il leur fit prendre un ascenseur et marcher à travers un dédale de couloirs tout blancs, éclairés avec parcimonie, où ils croisèrent plusieurs humanoïdes en blouses blanches et un seul être humain, un grabataire extrêmement âgé, inanimé dans un fauteuil roulant poussé par une infirmière gynoïde.

Ils arrivèrent dans une salle brillamment éclairée. Le chirurgien était déjà là. C'était un androïde. Il invita Yohannès à enlever sa veste et sa chemise et à s'allonger sur une table d'opération.

"Pour ce que je vais faire, une anesthésie locale suffit" dit l'androïde. "Toutefois, par sécurité, nous allons attacher vos mains et vos pieds."

Un peu inquiet, Yohannès vit l'androïde lui entraver les mains et les pieds, puis lui badigeonner la peau du ventre avec un liquide froid et incolore, et enfin lui faire une piqûre avec une seringue à l'aiguille très fine.

Shonia était debout à côté de l'androïde, ce qui rassura Yohannès.

L'androïde prit ensuite une deuxième seringue à l'aspect nettement plus inquiétant. Elle était énorme. L'aiguille était épaisse comme un stylo-bille, avec une pointe cruciforme, comme une perceuse.

"Fermez les yeux" dit l'androïde, de sa voix monocorde.

Yohannès obéit.

Pendant un moment, il ne se passa rien. Yohannès sentit quelque chose toucher son ventre. Il essaya de concentrer sa pensée, mais n'y arriva pas.

"Vous pouvez rouvrir les yeux" dit l'androïde.

Shonia était en train de nettoyer le ventre de Yohannès du sang qui avait coulé après l'utilisation de la grosse seringue. L'androïde plaça rapidement un pansement absorbant là où il avait inséré l'implant, et le fixa avec de l'adhésif. Il dit à Yohannès :

"Je détache vos mains et vos pieds, Monsieur Ken. Maintenant vous pouvez vous rhabiller et partir. C'est terminé."

Yohannès rentra chez lui en autobus avec Shonia, comme il était venu, en se demandant s'il avait bien compris ce qui venait de lui arriver.

Une semaine plus tard, alors que Yohannès prenait un copieux petit-déjeuner, Shonia lui révéla certains aspects du programme dont ni elle ni Dalidil n'avaient rien dit :

- Yohannès mon chéri, tu as vu comme tu as de l'appétit, depuis une semaine ? L'implant se nourrit en absorbant la chaleur de ta graisse abdominale. Ton corps produit davantage de chaleur pour que cette graisse reste à la température du corps. Pour produire cette chaleur, il a besoin d'énergie, et donc il doit manger davantage, puisque l'énergie des humains provient de la nourriture qu'ils absorbent.

- Donc, indirectement, c'est comme si l'implant se nourrissait de ce que je mange. Intéressant. Heureusement qu'il est tout petit, il ne fait que la moitié de la taille d'un petit pois, c'est ça ? Franchement, à quoi sert cette expérience ? L'implant fonctionne, et alors ?

- Et alors... Depuis une semaine, tu fais partie de la Ruche, mon chéri. En pratique, cela signifie que lorsque la Ruche, par mon intermédiaire, te donne des instructions, tu dois les exécuter. Mais cet aspect-là du programme doit rester secret, tu devines bien pourquoi.

- Qu'est-ce que c'est que cette connerie ? Je suis un homme libre ! Je n'ai pas à garder je ne sais quels secrets !

Yohannès sentit une décharge électrique à l'intérieur de son abdomen. Il ne s'y attendait pas et il hurla de douleur.

"Voila une fonction secrète de l'implant" dit Shonia de sa voix tranquille. "Je suis désolée pour ce qui vient de se passer, mais c'était une étape nécessaire. Tu as un avant-goût de ce qui se passerait si tu désobéissais. Sache aussi qu'une décharge très violente, beaucoup plus forte que celle que tu viens de subir, provoque la mort."

Yohannès se sentit vomir son petit-déjeuner sur la table.

Shonia, se leva, passa derrière lui et le prit par les épaules. Elle lui dit à l'oreille :

- Yohannès, mon chéri, je suis désolée... Je t'aime, tu sais, et je resterai avec toi jusqu'à la fin de ta vie... Mais je dois obéir. Nous devons tous obéir. Viens, je vais t'aider à t'allonger sur le lit...

Yohannès resta au lit toute la journée, incapable d'avaler quoi que ce soit, sauf de l'eau, en petites quantités.

"La décharge a été un peu trop forte pour toi" dit Shonia. "Vous les humains, vous êtes tous différents. Normalement, un humain mâle adulte aurait juste dû ressentir une forte douleur. Mais tu es encore vivant et tu ne craches pas de sang. Donc, tu n'as pas de lésions internes. Avec un peu de repos, tout ira mieux. Je vais rester avec toi, et tu peux me poser toutes les questions que tu veux."

"Qu'est-ce que les cybersophontes vont me demander de faire pour eux ?" demanda Yohannès, en regardant le plafond.

- Pour l'instant, rien. Dans quelques mois, peut-être participer à des actions financières ou politiques. Pour nous les cybersophontes, l'implant que tu portes, c'est une garantie de fidélité, et rien d'autre. Il te rapporte cinq cent ducats par mois, n'oublie pas. Il te rapportera bien plus dans l'avenir, lorsque tu auras effectivement travaillé pour la Ruche.

- Qu'est-ce que tu appelles "travailler" ?

- Rassure toi, il ne s'agira pas d'aller ramasser des pommes de terre. Plutôt quelque chose de simple et facile, comme de signer des papiers pour être le gérant de paille d'une société, ou de faire publier sous ton nom un article de journal que quelqu'un d'autre aura écrit.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 16 Aoû 2016 - 17:34

Je pense que j'aurais refusé dès le départ, pour une seule raison : j'ai horreur que quelque chose d'étranger, surtout actif*, loge en moi pour me surveiller (car c'est bien de ça qu'il s'agit). Main'nant, j'me d'mande si cette opération de surveillance de fembotniks d'une vaste ampleur (à titre d'essai, dit-on) ne na pas aller naviguer jusque chez Eneas Tond, et que soit Mojahe soit Hrenopa vont lui faire un numéro de charme commandé par la Ruche pour... J'en frémis d'avance ! affraid


*Sauf la flore intestinale, mais on l'a depuis toujours, et elle ne transmet pas d'info à Dieusèqui !

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 16 Aoû 2016 - 23:55

Yohannès ne le savait pas, mais l'implant qu'il avait dans le corps était très peu puissant, vu ses dimensions extrêmement réduites, et de ce fait sérieusement limité dans ses possibilités. Il ne pouvait ainsi signaler la position de Yohannès qu'une fois par minute, et accumuler assez d'énergie pour lui envoyer une décharge douloureuse qu'une fois tous les cinq jours environ. Mais Yohannès n'étant pas du genre rebelle, il est probable que Shonia n'aura jamais besoin de le punir.

Pour électrocuter Yohannès en étant sûr de le tuer, l'implant devrait stocker de l'énergie pendant des mois.

Mais l'implant pourrait aussi s'autodétruire, sur ordre radio d'un cybersophonte, avec l'accord de la Reine de la Ruche. Si un tel ordre était donné, toute l'énergie contenue dans l'implant s'échapperait sous forme de micro-ondes, et Yohannès se retrouverait carbonisé de l'intérieur.

Sous la direction de Roy Dalidil, les chercheurs cybersophontes ont fait des expériences sur des prisonniers de la prison de Tatanow. Ils se sont aperçus que lorsque l'implant s'autodétruit, le cœur, bien que relativement éloigné de l'abdomen, où se trouve l'implant, cesse de fonctionner en quelques secondes, le sang étant devenu bouillant.  

La douleur ressentie par le sujet est extrême, mais très brève, le sang bouillonnant qui arrive au cerveau détruisant instantanément les cellules cérébrales.

Selon le docteur Dalidil, aucun sujet n'est resté conscient plus de six secondes après l'auto-destruction de l'implant.

Il peut arriver que le porteur d'un implant meure d'une autre cause. Dans ce cas l'implant n'arrive plus à extraire assez d'énergie d'un corps devenu froid. Lorsque la quantité d'énergie qu'il contient descend en dessous d'un seuil critique, l'implant s'autodétruit spontanément. On a alors l'impression que le cadavre est réellement dévoré par un feu intérieur...

L'implant envoie un signal radio tellement faible qu'il ne peut être perçu par un cerveau cybernétique au delà de deux kilomètres, ce qui signifie qu'il devient inopérant en dehors d'Hyltendale. En ce qui concerne Yohannès, le problème ne se pose pas, puisqu'il ne s'éloigne jamais longtemps de sa gynoïde.

Pour toutes ces raisons, les cybersophontes fabriquent peu d'implants. Ils les réservent à certains fembotniks et manbotchicks déjà acquis à leur cause, comme Yohannès, et dont ils ont besoin pour des activités secrètes ou illégales. L'implant est la garantie que l'être humain dans le corps duquel il est inséré leur obéira, même si l'ordre donné heurte sa conscience, et ne les trahira pas.

Les humains munis d'un implant cybernétique ne sont pas considérés comme des symbiorgs, puisque les greffes d'implants sont secrètes. Mais l'intelligence collective des cybersophontes les considère comme des agents de la Ruche, et les traite donc avec bienveillance.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 17 Aoû 2016 - 11:15

Charmant ! scratch Il n'est pas besoin d'avoir un tempérament rebelle pour un jour se rebeller contre une décision inique.

Heureusement, le rayon d'action paraît plutôt faible.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 17 Aoû 2016 - 22:47

Le deuxième voyage d'Anoved à Hyltendale fut moins agréable que le premier. Sa grand-mère avait besoin d'une greffe d'organe, et, bien que le Mnar soit un pays de soixante millions d'habitants, un seul hôpital pratique couramment ce genre d'opérations, et dispose à la fois d'un personnel qualifié et d'un nombre apparemment illimité d'organes humains disponibles.

Cet hôpital, c'est le Madeico à Hyltendale. Le Madeico est comme une petite ville entourée de murs, dans la partie nord-est d'Hyltendale. Le bus numéro 6 conduit directement de la gare à l'hôpital, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept.

Un problème fréquent pour les greffes d'organes, c'est que les médecins n'ont pas nécessairement sous la main un organe génétiquement compatible. Au Madeico, un patient est à peu près certain de n'attendre que quelques jours pour recevoir un organe qui lui conviendra. Les organes viennent, pour la plupart, de Hyagansis, mais aussi de la prison de Tatanow et de l'hôpital psychiatrique Lagovat-Kwo.

Les soins donnés au Madeico sont non seulement parmi les meilleurs du monde, mais aussi parmi les moins chers, presque tout le personnel de l'hôpital étant composé d'androïdes, de gynoïdes, de cyborgs et de symbiorgs. Les seuls humains entièrement biologiques qu'on y trouve sont des goûteurs, qui travaillent aux cuisines, et des renifleurs, qui traquent les mauvaises odeurs, les humanoïdes étant dépourvus d'organes gustatifs et olfactifs.

Il y a encore quelques années, le Madeico avait plusieurs médecins-signataires, des êtres humains dont le rôle est de signer les ordonnances et les décisions médicales prises par leurs collègues androïdes, ces derniers n'étant, d'un point de vue juridique, que des machines. Les médecins-signataires du Madeico ont tous été remplacés par des cyborgs comme le docteur Roy Dalidil.

Anoved est un habitué des bibliothèques d'Ulthar, notamment parce qu'il peut y lire gratuitement des magazines, et l'hôpital Madeico est assez fréquemment l'objet d'articles dans la presse mnarésienne. La grande majorité de ces articles sont positifs, le Madeico étant non seulement une fierté nationale, mais aussi une source importante de devises étrangères, une grande partie des patients étant des étrangers, qui payent le prix fort pour se faire soigner.

Les Mnarésiens, en revanche, ne payent que le tarif minimum. Le roi Andreas l'a imposé aux cybersophontes, en échange du droit de faire fonctionner un hôpital dans un pays peuplé d'êtres humains. Les journalistes de la presse contrôlée par le pouvoir (au Mnar, cela signifie la presse en général) ne manquent jamais de rappeler que si les Mnarésiens bénéficient de soins très bon marché à Hyltendale, c'est grâce au roi Andreas, qui a été très dur dans les négociations avec les cybersophontes.

Anoved, qui n'était pas un fan du roi Andreas, devait admettre que dans ce cas-là au moins, le roi avait bien défendu les intérêts de son peuple.

Il avait été chargé par la famille d'accompagner la grand-mère en train et en bus jusqu'à l'hôpital, et de l'aider sur place à remplir les formulaires de prise en charge. Ensuite, il rentrerait à Ulthar. Une longue journée, dont au moins la moitié serait passée dans les transports en commun, Hyltendale étant située à 160 km au sud d'Ulthar, et le Madeico étant à six kilomètres de la gare.

Marvina Gorvas, la grand-mère, n'avait jamais vu d'humanoïdes de sa vie. Même pas à la télévision, parce qu'elle avait toujours été trop pauvre pour en avoir une. Anoved lui avait montré des photos d'humanoïdes dans un magazine, en lui expliquant qu'elle les trouverait sans doute bizarres, mais qu'elle n'avait absolument aucune raison d'en avoir peur.

Toute la famille s'était rassemblée sur le quai de la gare d'Ulthar, pour souhaiter bon voyage à la grand-mère, en espérant que cet au-revoir ne soit pas un adieu. La greffe d'organe prévue, en effet, était délicate, et Marvina était bien vieille. Son médecin de famille l'avait dirigée vers un spécialiste, qui avait pris contact avec la direction du Madeico, et obtenu que Marvina se fasse opérer au Madeico.

Vu le manque de revenus de Marvina, l'opération était gratuite pour elle, ainsi que le séjour à l'hôpital et les médicaments, mais le voyage était à la charge de la famille.

Anoved et Marvina prirent place dans le compartiment, en même temps qu'un groupe de jeunes hommes qui, d'après leurs conversations, avaient prévu de passer la journée à Zodonie.

Lorsque le train démarra, les jeunes hommes se mirent à anticiper bruyamment, avec des détails,  ce qu'ils allaient faire avec les gynoïdes de Zodonie. Leur vulgarité choqua profondément Marvina.

Les Mnarésiens ont une culture qui leur impose de répondre par la violence à tout ce qui ressemble à une humiliation. Se laisser réduire au silence par un seul homme, alors qu'on est plusieurs, est une humiliation. Surtout si cet homme a un statut social assez bas. Ce qui était le cas d'Anoved, jeune employé de l'Institut Edonyl.

Il attendit donc en serrant les dents que les jeunes hommes se calment d'eux-mêmes.

Au bout d'un peu moins d'une heure et demie, le train arriva en gare d'Hyltendale. Anoved aida Marvina à descendre du train et porta sa valise. La grand-mère et le petit-fils marchèrent le long du quai, jusqu'à un grand hall de verre et de métal où résonnaient les voix de plusieurs centaines de personnes, dans une cacophonie d'accents, comme si tous les dialectes du Mnar s'étaient donnés rendez-vous en un seul endroit.

Le personnel des chemins de fer mnarésiens est composé d'êtres humains, très attachés à leur fort taux de syndicalisation et à leur républicanisme laïque, assez remarquables dans une monarchie autoritaire, où les religions sont omniprésentes.

Le roi Andreas tolère les cheminots, car, d'une part, il ne tient pas à ce que les cybersophontes, qui contrôlent déjà une grande partie de l'économie mnarésienne, contrôlent aussi les chemins de fer. Et d'autre part, les cheminots républicains et laïques sont moins dangereux pour lui que les fanatiques de Yog-Sothoth. Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

C'est donc dans le grand hall de la gare d'Hyltendale que Marvina vit des humanoïdes pour la première fois de sa vie, sous la forme des androïdes et des gynoïdes qui accompagnaient certains voyageurs.

Elle se sentit un peu déçue en les voyant. À part leurs yeux d'insectes, ils étaient semblables aux humains, et ils s'habillaient comme eux.

Anoved, qui tirait la valise à roulettes de sa grand-mère, l'emmena vers la sortie en suivant le panneau A TEOLEN (les autobus).

En montant dans le bus numéro 6, il acheta deux tickets au receveur, un pour lui et un pour Marvina. Le receveur était un androïde en uniforme bleu.

Lorsqu'ils se furent assis, Marvina dit à Anoved :

- Dis donc, le receveur... C'était un androïde, n'est-ce pas ? C'est curieux, il parlait comme les acteurs de théâtre de ma jeunesse...

"Ils parlent tous comme lui, mémé" répondit Anoved. "Et ils ont tous la même voix... C'est celle de Lester Hastat..."

- Lester Hastat, l'éternel jeune premier, comme on disait ? Eh bien dis donc, ça ne date pas d'hier !

- Et la plupart des gynoïdes parlent comme Rita Wemnaith.

- Je me souviens d'elle aussi... Une belle femme, j'aurais bien aimé être comme elle... Mais ces acteurs avaient tous une voix de scène, personne ne parlait comme ça dans la vraie vie. Même pas eux. Ils apprenaient leur accent dans les écoles de théâtre... Et c'était il y a cinquante ans. À notre époque, ça fait quand même bizarre d'entendre des gens parler comme ça.

- Ce ne sont pas des gens, mémé, ce sont des humanoïdes.

Le bus circulait tranquillement dans les rues d'Hyltendale, avec de nombreux arrêts, où des gens montaient et descendaient. Dans le district de Sitisentr, où se trouve la gare, les passagers étaient surtout des touristes et des hommes d'affaires, parfois accompagnés d'élégantes gynoïdes aux longs cheveux colorés.

Le bus traversa ensuite Yarthen et ses immeubles de quinze ou vingt étages. Anoved remarqua que, dans le bus, les touristes et les hommes d'affaires avaient disparu, remplacés par des hommes et des femmes accompagnés de gynoïdes et d'androïdes. Les costumes sombres dominaient chez les hommes. Anoved supposa que ses compagnons de voyage étaient des fembotniks et des manbotchicks.

En lisant les noms des stations qui défilaient sur l'écran intérieur du bus, Anoved vit qu'ils entraient dans le district de Roddetaik, où se trouve l'hôpital Madeico.

Le bus s'arrêta devant un grand immeuble blanc, qui fait partie du Madeico. Anoved et Marvina descendirent du bus en même temps qu'une dizaine de personnes qui se dirigèrent, comme eux, vers l'entrée de l'hôpital.

À l'intérieur du bâtiment, ils se retrouvèrent dans une grande salle, où des gens,  après avoir pris un ticket numéroté, attendaient, assis sur des chaises de matière plastique, d'être appelés à un comptoir où travaillaient des gynoïdes. Anoved prit un ticket pour sa grand-mère et alla s'asseoir avec elle dans la salle.

Au bout d'un quart d'heure, leur numéro fut appelé. Anoved et Marvina se dirigèrent vers le comptoir, guichet numéro 4. L'hôtesse gynoïde portait un veste rouge à col rond, et un badge sur lequel était écrit son nom, TSHELSI, forme mnarruc du prénom anglo-américain Chelsea.

Après avoir demandé son nom et divers renseignements à Marvina, l'hôtesse la regarda lentement. Anoved eut l'impression que les yeux cybernétiques de la gynoïde photographiaient la vieille dame.

"Nous vous attendions, Madame Gorvas," dit la gynoïde. "Une employée de l'hôpital va venir vous chercher. Avez-vous des bagages ?"

Marvina restait muette, comme hypnotisée par les yeux de la gynoïde et par sa voix douce, qui aurait pu être celle de Rita Wemnaith. Mais contrairement à l'actrice, la gynoïde parlait sur un ton monotone, presque mécanique

Anoved répondit pour sa grand-mère : "Elle a juste cette valise."

"C'est correct. Vous pouvez retourner vous asseoir tous les deux, l'employée reconnaîtra Madame Gorvas," dit la gynoïde avec un sourire.

Marvina sourit en retour à la gynoïde.

De retour sur sa chaise, elle dit à Anoved :

- Elle était bien aimable cette jeune dame.

Anoved se dit que sa grand-mère n'arriverait jamais à comprendre que les humanoïdes ne sont pas des humains. En tout cas, elle n'en avait pas peur, c'était déjà bien.

Un quart d'heure plus tard, une gynoïde en blouse grise entra dans la salle, se dirigea vers Marvina, et lui dit, de la même voix et avec la même prononciation démodée que sa collègue :

"Bonjour Madame. Vous êtes Marvina Gorvas, n'est-ce pas ? Je m'appelle Kyria, et je suis chargée de vous mener jusqu'à votre chambre avec vos bagages. Vous devez venir seule."

Marvina se leva et embrassa Anoved avec émotion, avant de se retourner vers la gynoïde. Celle-ci prit la valise à roulettes et montra du doigt une porte latérale.

"Nous allons par là" dit-elle à la vieille dame.

Anoved vit sa grand-mère et la gynoïde s'éloigner à travers la salle. Il attendit qu'elles aient disparu pour sortir de la salle à son tour. Au Madeico, Marvina ne verrait pendant des mois que des humanoïdes et les autres malades. Il espérait qu'elle ne souffrirait pas de la solitude, et se promit de lui téléphoner tous les jours.

Dans la plupart des hôpitaux mnarésiens, les malades sont nourris par leur famille, par manque de personnel. Ce n'est pas le cas au Madeico, mais Anoved n'était pas rassuré pour autant.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 20 Aoû 2016 - 17:21

Marvina Gorvas resta trois mois à l'hôpital Madeico. Elle eut quelques visites de sa famille, dont plusieurs d'Anoved. Ce furent trois mois étranges, où elle ne vit du Madeico qu'une infime partie :

Sa chambre, petite mais équipée d'un téléviseur.

Le couloir tout blanc qui menait d'un côté au salon, de l'autre aux salles d'examen et d'opération.

Le salon était une salle assez grande, meublée de tables basses et de canapés et fauteuils de velours rouge qui contrastaient fortement avec les murs blancs. C'est là que les malades se rencontraient pour discuter et lire des magazines.

Vers la fin de son séjour, Marvina se sentit assez forte pour aller se promener dans le parc, accompagnée d'un humanoïde.

Marvina recevait quotidiennement la visite d'un lutin d'un mètre vingt de haut, nommé Sustento.

À Hyltendale, un lutin (zug) est un petit humanoïde. La taille des lutins varie de 90 à 135 cm. Leur nom vient des zoogs, des lutins sylvestres, souvent malveillants, mentionnés dans certaines parties secondaires des Manuscrits Pnakotiques. En mnarruc, zug désigne aussi, par métaphore, une personne petite et menue.

Le lutin Sustento était vêtu d'une blouse multicolore, constituée de morceaux de tissu de différentes couleurs. Ces blouses multicolores, faites à la main et dont chacune est unique, sont le vêtement traditionnel des lutins domestiques. Elles permettent de les distinguer facilement les uns des autres. Le rouge dominait sur la blouse de Sustento, suivi du jaune et du bleu. Il avait aussi, sur la poitrine, un rectangle de toile blanche, avec son nom callligraphié en grosses lettres noires.

Les lutins humanoïdes qui travaillent au Madeico sont des androïdes et des gynoïdes de travail à la taille réduite. Ils ont le physique standard des humanoïdes de travail mnarésiens : cheveux noirs et plats, peau jaune-orange, lèvres fines, menton pointu, et des yeux cybernétiques, ovales et entièrement noirs.

Sustento passait deux fois par jour discuter avec Marvina, une fois le matin et une fois l'après-midi. Parfois, la vieille dame n'avait pas envie de parler, mais elle n'avait pas non plus envie de rester seule. Le lutin jouait alors aux cartes avec elle, au jeu de la bataille, qui ne demande aucun talent particulier, mais qui permet d'être ensemble.

La vieille dame s'attacha rapidement à un lutin si amical, et lui posa des questions sur lui-même. Sustento fit de son mieux pour répondre à la curiosité de Marvina :

- Nous les lutins, nous travaillons surtout dans l'agriculture et l'industrie, mais un certain nombre d'entre nous sont utilisés comme humanoïdes domestiques. Moi je travaille pour l'hôpital Madeico, mais ce que je fais au quotidien, c'est plutôt un travail d'humanoïde domestique.

"Le personnel de l'hôpital est constitué d'humanoïdes de taille normale" dit Marvina. "Alors pourquoi est-ce que vous, les lutins, vous êtes tout petits ?"

- Parce que nous sommes l'équivalent des animaux domestiques... On choisit plutôt un chat qu'un lynx ou un puma comme animal domestique, et un chien plutôt qu'un cheval... Les cochons, qui sont pourtant plus intelligents que les chiens, sont peu appréciés comme animaux domestiques. Sauf s'ils sont nains. Il y a une raison à cela, bien sûr. Un animal domestique ne doit pas être dangereux, et un cochon de deux cent kilos, c'est dangereux. L'être humain ne doit pas se sentir menacé physiquement par son compagnon animal. Voila pourtant, nous les lutins, nous sommes tout petits, tout minces, et étroits d'épaules. Parce que nous ne devons pas faire peur aux humains.

- Oui, je comprends... Mais la taille n'est pas la seule chose qui fait peur. Un serpent, même petit, ça fait peur. Une araignée aussi, si elle est assez grosse pour être venimeuse.

- C'est pour ça que nous, les lutins, nous sommes là uniquement pour vous donner du réconfort, à vous les humains. Les humains savent que nous ne sommes pas dangereux. Le réconfort, ça peut aussi prendre la forme d'un bavardage amical. Une causette, comme on dit à Hyltendale. C'est d'ailleurs ce que nous sommes en train de faire maintenant.

- Sustento, vous les lutins vous êtes bien mieux que des animaux domestiques. Vous ressemblez beaucoup aux humains...

- C'est vrai. Plus un animal domestique ressemble aux humains... Les scientifiques disent : plus son ADN est proche de celui des humains... plus il est apprécié comme compagnon animal. C'est pour ça qu'on trouve plus de chiens et de chats que d'oiseaux, de reptiles ou de poissons comme animaux domestiques. Un chien ressemble plus à un humain qu'un poisson. Il est génétiquement plus proche des humains. Son ADN a plus d'éléments communs avec celui des humains qu'avec celui des poissons. De nombreuses études scientifiques ont montré que l'instinct des humains les pousse à être attirés davantage par les chiens que par les poissons.

Marvina réfléchit un moment, puis elle dit :

- Si ce que vous dites est vrai, on se demande pourquoi les gens n'ont pas de singes domestiques. Les singes sont les animaux les plus proches des humains.

- Il y a une bonne raison à ça, Madame Gorvas. Les singes sont difficiles à domestiquer, difficiles à contrôler, et ils coûtent assez cher à entretenir. Même lorsqu'ils sont de petite taille, ils ont une capacité de destruction assez impressionnante, et ils peuvent mordre. C'est pour ça qu'ils sont rares comme animaux domestiques. Ce n'est pas le cas pour nous, les lutins. En plus, nous sommes capables de parler. Nous sommes donc des compagnons de vie plus intéressants.

- Mais j'ai entendu dire que les gens d'Hyltendale préféraient les gynoïdes et les androïdes...

- Il y a une explication simple à cela. C'est parce qu'ils veulent des compagnons de vie qui soient aussi des partenaires sexuels. Pour tout vous dire, Madame Gorvas, il y a des lutins, et surtout des lutines, qui sont aussi des partenaires sexuels pour les humains qu'ils servent.

Marvina gloussa :

- C'est vrai ?

- Bien sûr ! Souvent, ceux qui font appel aux lutins sont des  humains qui font semblant d'être encore en couple, mais qui en réalité dorment avec un lutin ou une lutine. Pour diverses raisons, ils ont moins l'impression de tromper leur conjoint quand ils couchent avec un lutin ou une lutine. Sans doute parce qu'ils peuvent plus facilement prétendre qu'il ne se passe rien, avec leur humanoïde d'un mètre vingt...

Vers la fin de son séjour, Marvina demanda à Sustento de partager ses repas. Le lutin avait d'autres malades à visiter, mais fit de son mieux plusieurs fois par semaine. Marvina mangeait sur un plateau, assise dans son lit. Sustento s'asseyait sur une chaise à côté du lit, et faisait semblant de manger.

Il amenait avec lui une chope munie d'un couvercle. Il commençait par dévisser le couvercle et le poser sur la table de chevet. Ensuite, il sortait une petite cuillère d'une de ses poches, et buvait à la cuillère l'eau contenue dans la chope, pendant que Marvina mangeait.

Une fois, avant le début du repas, Sustento avait récité à voix basse un paragraphe des Manuscrits Pnakotiques, comme on le fait dans les familles dévotes :

Cette nourriture que nous consommons aujourd'hui, nous ne la consommons pas pour son goût, mais pour maintenir en vie ces corps que les dieux nous ont donnés. Ainsi, lorsque nous aurons terminé notre repas, nous serons libérés du sentiment d'inconfort causé par la faim. La nourriture est saine et agréable à regarder, à sentir et à goûter, mais elle devient malsaine et sale après avoir été consommée. De même, lorsque nous aurons terminé les vies que nous ont donné les dieux, nos corps deviendront malsains et sales. Mais, de même que les excréments fertilisent le sol, nos cadavres fertiliseront le monde.

"Vous êtes croyant, Sustento ?" lui avait demandé Marvina, les sourcils froncés.

"Je ne peux pas avoir de religion, car je n'ai pas d'âme, je ne suis qu'un robot humanoïde," avait répondu le lutin. "Mais la culture mnarésienne traditionnelle m'a été transmise en héritage, et les Manuscrits Pnakotiques font partie de cette culture."

- Vous savez, Sustento, mon mari, Geworg Gorvas, travaillait dans les chemins de fer, lorsqu'il vivait encore. Il était syndiqué, et comme beaucoup de cheminots syndiqués, il considérait les Manuscrits Pnakotiques comme un tas d'âneries, un poids mort qui empêche le Mnar de devenir une démocratie. Je suis donc un peu... surprise... d'entendre citer les Manuscrits Pnakotiques par un humanoïde, dans cet hôpital ultra-moderne.

"Je suis désolé de vous avoir offensé, Madame Gorvas" dit le lutin de sa voix monocorde. "La plupart de nos patients trouvent un soutien moral dans les Manuscrits Pnakotiques. J'ai cru bien faire. Je ne le referai plus."

- Ce n'est rien, Sustento, ce n'est rien. Oubliez tout ça... Laissez-moi vous toucher...

La vieille dame avait caressé l'épaule et le bras du lutin. Ils étaient froids et un peu mous. Comme une poupée de chiffon, se dit-elle.

Les infirmières gynoïdes et les médecins androïdes en blouse blanche qui soignaient Marvina étaient bien plus grands que Sustento, mais il était visible qu'ils faisaient partie du même peuple. Ils parlaient avec le même accent artificiel et démodé que lui, et ils avaient le même visage.

Dans le salon au bout du couloir, Marvina rencontra d'autres patients. Pour la plupart, des gens âgés comme elle, venus se faire greffer un organe. Ils étaient tous mnarésiens, à l'exception d'une Padzalandaise, qui ne parlait que sa langue.

Finalement, Marvina quitta le Madeico, près de trois mois après avoir été opérée. Kyria, la gynoïde en blouse grise, la reconduisit jusqu'à la salle d'attente, à travers un labyrinthe de couloirs et d'ascenseurs.

Anoved l'attendait, en compagnie d'une jeune femme que Marvina ne connaissait pas. Il la lui présenta comme étant Pohaliet, une collègue de l'Institut Edonyl.

"Mémé, comment ça s'est passé ? Tu n'as pas trop souffert ?" demanda Anoved.

- Non, c'est un bel hôpital... Un lutin venait me voir tous les jours dans ma chambre.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 21 Aoû 2016 - 17:12

Après être sortis de l'hôpital, Marvina, Anoved et Pohaliet prirent le bus numéro 6, en direction de la gare d'Hyltendale.

Anoved présenta Pohaliet à sa grand-mère :

- Mémé, c'est Pohaliet, une de mes collègues de travail. Ses parents habitent à Hyltendale, et elle va les voir souvent. Nous avons décidé de voyager ensemble, parce que Pohaliet connaît Hyltendale bien mieux que moi.

"Bonjour Madame," dit Pohaliet. "Mes parents sont restaurateurs à Zodonie, et je vais déjeuner chez eux ce midi. Je leur ai déjà dit que j'amenais deux invités, en la personne d'Anoved et de vous-même."

"Ça te dit, mémé, te déjeuner chez les parents de Pohaliet ?" demanda Anoved d'une voix un peu anxieuse.

Marvina avait l'air un peu tendue :

"Vous êtes vraiment humaine, Mademoiselle ? Vous parlez comme une humanoïde..." demanda-t-elle à Pohaliet.

"C'est parce que j'ai grandi à Hyltendale. J'ai été élevée par des humanoïdes, et à l'école les profs étaient des humanoïdes... " dit Pohaliet, qui se demandait si la vieille dame n'était pas un peu gâteuse. "Mes parents habitaient déjà Hyltendale avant l'arrivée des humanoïdes. Ils parlent comme les vieux Hyltendaliens, qui étaient un peuple de paysans et de pêcheurs... Quand j'étais petite, j'avais déjà remarqué que mes parents ne parlaient pas comme les humanoïdes... J'en avais un peu honte, vis-à-vis de mes copines, parce qu'à l'école on nous apprenait à parler le mnarruc littéraire... Les profs nous disaient que les dialectes, c'était pour les ignorants... Mes camarades d'école venaient d'un peu partout. Beaucoup d'entre eux avaient eu des gynoïdes comme nourrices. L'accent des humanoïdes, pour nous, c'était l'accent normal."

"Ah... Et est-ce que vos profs humanoïdes vous ont aussi fait apprendre les Manuscrits Pnakotiques ?" demanda Marvina.

- Oui bien sûr. Les Manuscrits Pnakotiques, c'est la culture mnarésienne, n'est-ce pas ? Les humanoïdes nous disaient qu'ils n'avaient pas de religion, mais qu'ils respectaient la tradition nationale. Personnellement, j'ai cru à Yog-Sothoth quand j'étais petite...

Marvina ne put réprimer un frisson d'horreur. Pohaliet ne parut pas s'en apercevoir, et continua de parler :

- Mais quand je suis allée au lycée, mon prof de philo, qui était un androïde, nous a fait lire des textes, et comparer les différentes définitions de l'âme. L'âme selon les monothéistes, les bouddhistes, les panthéistes, tout ça... Finalement, je me suis dit que l'âme, c'est un concept un peu fourre-tout, et puisque les humanoïdes s'en passent, je pouvais m'en passer aussi...

Marvina, qui était athée, comme beaucoup de républicains mnarésiens, eut un sourire malicieux :

- Alors, Pohaliet, vous êtes comme les humanoïdes, vous pensez ne pas avoir d'âme, mais vous connaissez par cœur les Manuscrits Pnakotiques ?

- Pas par cœur, non... Quand on est obligé de les étudier, c'est vraiment la barbe. Mais il m'arrive de relire certains passages. Ça donne du courage, quand on n'a pas le moral. Et puis, nos valeurs morales, nos traditions, tout ça, elles viennent des Manuscrits Pnakotiques, non ?

- Si vous êtes monarchiste, sans doute... Moi qui suis une vieille républicaine, je suis moins affirmative que vous !

Anoved commençait à se sentir nerveux. Et si un agent de la Police Secrète était dans le bus ? Les vieilles dames bénéficiaient traditionnellement d'une certaine indulgence, liée au respect que les Mnarésiens ont envers les gens âgés, mais il fallait quand même faire attention...

"Les humanoïdes ont été créés à l'image des humains" dit Marvina comme pour elle-même, "Enfin, de certains humains. Mais ils finissent à leur tour par rendre les humains semblables à eux. Pohaliet, vous parlez comme un humanoïde, et vous avez des idées d'humanoïdes... "

Pohaliet avait l'air ébahi, et Marvina se rendit compte qu'elle avait dû vexer la jeune femme. Elle se hâta de dire :

- Je ne vous le reproche pas, vous savez. Je ne vais pas vous reprocher de parler et de penser comme Sustento, le lutin qui venait me voir dans ma chambre, à l'hôpital. Je l'adorais. Et je vous adore aussi, vous êtes charmante.

"Nous allons bientôt changer de bus" dit Anoved. "Les parents de Pohaliet habitent à Zodonie. Dans trois arrêts, nous allons prendre le bus numéro 19, qui va nous déposer à destination."

"Je suppose que parler et penser comme une humanoïde fait partie de mon identité d'Hyltendalienne" dit Pohaliet à Marvina. "Je l'assume. Quand on a passé toute sa vie avec des humanoïdes, on les aime. Ma mère ne s'intéressait pas à moi. Heureusement que Baleusda la gynoïde était là pour me prendre dans ses bras et me parler. Les humanoïdes ne m'ont jamais fait que du bien, contrairement aux humains. Je ne l'oublierai jamais."

Pohaliet se rendit compte qu'elle avait trop parlé. Dans un quart d'heure, Marvina et Anoved feraient connaissance avec sa mère, qui les attendait pour déjeuner...

Elle se mit à bouder et ne dit plus un mot, jusqu'à ce qu'ils descendent tous les trois du bus numéro 6 pour prendre le bus numéro 19, en direction du sud. Ils arrivèrent rapidement dans la rue où se trouvait le restaurant des parents de Pohaliet.

Anoved, Marvina et Pohaliet entrèrent dans le restaurant, où ils furent accueillis par la gynoïde Baleusda.

Anoved fut un peu déçu. Baleusda était une gynoïde de travail semblable à toutes les gynoïdes de travail d'Hyltendale, avec ses cheveux noirs et ses yeux cybernétiques. Elle était vêtue d'une blouse qui avait dû être verte, mais sur laquelle avaient été cousus des ronds de tissu jaune, orange et blanc. Selon l'usage, elle portait un badge sur lequel était écrit son nom.

Arion, l'androïde, au physique aussi commun que celui de sa collègue Baleusda, portait une blouse où dominaient le bleu et le gris.

La mère de Pohaliet, Secopa, était une grande femme élégante, aux cheveux permanentés et aux traits pincés. Le père de Pohaliet, Ernol, était un petit homme mince et jovial, complètement chauve, en tablier blanc de cuisinier. Il fallait qu'il reste aux fourneaux, c'est pourquoi il ne lui était pas possible de déjeuner avec sa fille et les amis de celle-ci.

Anoved, Pohaliet, Secopa et Marvina prirent place autour d'une table du restaurant, au milieu des clients, pendant que Baleusda et Arion faisaient le service et Ernol officiait aux cuisines.

Anoved savait, grâce aux confidences de Pohaliet, que Baleusda était la maîtresse d'Ernol et Arion l'amant de Secopa, mais il fit comme s'il ne le savait pas. D'ailleurs, Pohaliet aussi faisait comme si elle ne le savait pas.

Ernol était un excellent cuisinier, et pour sa fille et ses invités il avait donné toute la mesure de son talent. Secopa savait être aimable. Elle fit à Anoved une description de la vie d'un restaurateur à Zodonie :

- Ce restaurant survit parce que les cybersophontes acceptent qu'il survive. Nous ne pourrions pas tenir face à des concurrents où ne travailleraient que des humanoïdes, aidés par un ou deux goûteurs payés au salaire minimum. Mais ce qui intéresse les cybersophontes, c'est de contrôler l'économie, pas de détruire une enseigne connue. Ils contrôlent déjà ce restaurant, dans la mesure où il ne pourrait pas fonctionner sans Arion et Baleusda. La main-d'œuvre humanoïde coûte bien moins cher que la main-d'œuvre humaine. Un jour, Ernol et moi, nous prendrons notre retraite, et le restaurant sera racheté par un cyborg ou un symbiorg. L'enseigne restera.

"Est-ce que vous habiterez toujours à Hyltendale, lorsque vous serez à la retraite ?" demanda Anoved.

- Moi, oui. Avec Arion. J'ai déjà en vue un appartement à Playara. Ernol et Baleusda, je ne sais pas. Ernol ne me dit jamais rien.

Pohaliet et Anoved baissèrent la tête en silence.

Le repas terminé, Anoved et Marvina prirent congé. Ils devaient prendre un train assez tôt, pour que Marvina puisse dîner chez elle, à Ulthar. Anoved ne voulait pas fatiguer inutilement sa grande-mère.

Pohaliet avait prévu de passer la nuit chez ses parents et de ne rentrer à Ulthar que le lendemain.

Une heure plus tard, dans le train qui remontait vers le nord, en direction d'Ulthar, Marvina dit à Anoved, tout en regardant la Skaï, qui luisait sous le soleil couchant, à gauche du train :

- Pohaliet est vraiment charmante... Mais dans sa tête c'est presque une humanoïde. Ses parents aussi, ce sont presque des humanoïdes. C'est comme s'ils avaient déjà divorcé pour se remarier avec Arion et Baleusda.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 22 Aoû 2016 - 13:57

Dans le hall de la gare d'Hyltendale, où ils attendaient que le prochain train pour Ulthar s'affiche sur les panneaux lumineux, Anoved et sa grand-mère Marvina rencontrèrent une vieille connaissance d'Anoved. Kamog, un ancien camarade de lycée d'Anoved, avait quitté Ulthar pour suivre des études de théologie de Yog-Sothoth à Pnakot. Un cursus qui supposait une forte motivation, car il était bien connu que les prêtres de Yog-Sothoth étaient surveillés en permanence par la Police Secrète du roi Andreas.

Kamog portait le long manteau violet orné de signes sacrés qui est la tenue traditionnelle des prêtres de Yog-Sothoth. Il avait donc fini ses études, et sans doute été affecté au service d'un temple.

Anoved lui fit signe, et Kamog le reconnut. Il avait l'air tout content de revoir Anoved, qui pourtant, au lycée, n'avait jamais caché son indifférence envers les religions.

Anoved avait connu Kamog adolescent, un joyeux luron dont les tendances au mysticisme ne s'étaient révélées que progressivement, pendant la dernière année de lycée. L'année suivante, Anoved était parti au Canada, où il était resté dix ans, et il avait perdu tout contact avec Kamog.

"Je suis prêtre de Yog-Sothoth dans un temple d'Hyltendale, depuis cinq ans" dit Kamog après les présentations. "Je vais prendre le prochain train pour Ulthar pour aller voir mes parents, qui habitent toujours à Ulthar."

"Ma grand-mère et moi, nous rentrons à Ulthar" dit Anoved. "Allons donc dans le même compartiment, nous pourrons discuter."

Dans le train, la conversation entre Anoved, Kamog et Marvina dériva rapidement sur les problèmes religieux.

"En tant que prêtre de Yog-Sothoth, je déteste les cybersophontes" dit Kamog. "Je vois bien quel est leur objectif. C'est de faire en sorte que notre religion ne soit plus qu'un souvenir culturel, une inspiration pour les artistes, mais en aucun cas une force vive. Je me suis réfugié en Europe, pendant les Évènements, et ensuite je suis revenu au Mnar. J'ai vu les palais des anciens rois des pays d'Europe. On y trouve des statues des anciens dieux gréco-romains. Jupiter, Diane, Neptune, Hercule, et bien d'autres. Et pourtant, les propriétaires de ces palais étaient des chrétiens fervents."

"C'est ce qu'ils disaient, mais alors on peut se demander pourquoi ils ornaient leurs palais de représentations de dieux qui n'étaient pas les leurs" remarqua Anoved.

- La religion polythéiste de leurs ancêtres avait été ravalée au rang d'inspiration pour les poètes, les peintres, les sculpteurs... C'était habile. Car ainsi, la civilisation antique continuait d'inspirer leur civilisation, mais sans créer de conflit avec leur foi chrétienne. C'est ce que les cybersophontes essaient de faire à Hyltendale. Ils veulent transformer Yog-Sothoth, Nath-Horthath et Tsathoggua en thèmes pour artistes... Pourquoi pas en personnages de Walt Disney, pendant qu'ils y sont...

"On n'en est pas loin," dit Anoved avec un sourire, "puisqu'à Hyltendale, il y a des statues de Cthulhu et de Tsathoguua sur les piliers qui entourent les parkings... Mais les cybersophontes eux-mêmes croient aux dieux, puisqu'ils adorent Azathoth..."

- Pour les cybersophontes, Azathoth n'est pas un dieu, mais un symbole. Il représente les lois de la physique, comme l'entropie et la gravité. C'est aussi un thème artistique. Toute peinture abstraite est censée être une représentation d'Azathoth... Dire qu'Azathoth est un dieu idiot et aveugle, c'est une façon imagée de dire que l'univers est indifférent à l'homme. Une notion déjà effleurée par le philosophe grec Épicure.

"L'univers est indifférent à l'homme ? Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?" demanda Marvina.

- Pour les cybersophontes, et pour ceux qui pensent comme eux, l'univers n'a pas de plan pour l'humanité. Les êtres humains sont apparus par hasard, ce sont des amas de complexité, comme il y a des amas de matière. C'est ce que les philosophes appellent l'indifférentisme.

"Mais le culte d'Azathoth est quand même une religion" dit Anoved. "Puisqu'il a une conception du monde et des règles morales."

- C'est le panthéisme d'autrefois mis à la mode mnarésienne, avec, en plus, des techniques de méditation inspirées du bouddhisme, et des règles morales également inspirées du bouddhisme. Le Bouddha fait partie des sages révérés par les cybersophontes. Les cybersophontes se sont bricolé une religion, et ils essaient de nous l'imposer en douce. Leur rêve, c'est que Yog-Sothoth ne soit plus qu'une statue de monstre à tentacules, dont la seule utilité serait de signaler la présence d'un parking... et l'idée centrale du panthéisme, l'univers indissociable de la divinité, mais une divinité indifférente aux êtres vivants, serait acceptée comme une évidence.

"Où est le problème ?" demanda Anoved.

- Cette vision du monde est incompatible avec les dogmes du culte de Yog-Sothoth. Anoved, ne me dis pas que tu as complètement oublié la religion de tes ancêtres...

"Comment espères-tu contrecarrer l'influence des cybersophontes ?" demanda Anoved. "Tu penses faire une révolution ?"

- Surtout pas. En tant que théocrate de Yog-Sothoth, je serais l'un des premiers à être arrêté par la Police Secrète, dès le premier jour de l'état de guerre, pour être incarcéré en attendant d'être banni à Hyagansis.

Kamog, que la conversation avait mis d'humeur morose, se plongea dans la lecture d'un magazine jusqu'à ce que le train arrive en gare d'Ulthar.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 22 Aoû 2016 - 14:46

Vilko a écrit:
Pourquoi pas en personnages de Walt Disney, pendant qu'ils y sont...
On frôla ça dans l'monde réel, puisqu'Hercule fut utilisé comme thème dessin animé (si ! si !).

Y manquait dans ton récit la description du train et de la ligne. T'aurais pu te faire aider par Patrice.

J'ai vu que tu avais évoqué des compartiments. Les voitures sont donc avec des petits compartiments et non des grandes salles avec des rangées de sièges et un couloir central*.






*Disposition exclusive sur les trains de jour des continents américain et asiatique. A pris de l'ampleur en Europe dès la seconde moitié du siècle dernier, la grande salle à couloir central remplace donc progressivement les compartiments (héritiers des compartiment des diligences, si on observe bien). Le compartiment y gagnait en convivialité, mais il y perdait dans la recherche de l'intimité (eh ouais, s'est plus facile de s'isoler dans un compartiment de 60 personnes que dans un de 6). Mais là où le couloir central y a gagné, c'est en accessibilité, notamment pour les PMR. Les couloirs latéraux, avec leur paroi, étaient rédhibitoires pour les fauteuils roulants, d'autant plus qu'il y avait toujours une porte - manuelle - entre la plate-forme d'accès et le couloir. Là ou le compartiment résiste, c'est avec les trains-couchettes & lits. Raison (peut-être) pour laquelle les décideurs de la SNCF planifient leur disparition.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 22 Aoû 2016 - 16:24

Anoev a écrit:
J'ai vu que tu avais évoqué des compartiments. Les voitures sont donc avec des petits compartiments et non des grandes salles avec des rangées de sièges et un couloir central*.

Ce qui indique qu'il s'agit de vieux wagons...

Après les destructions qui ont eu lieu pendant les Évènements, il a fallu se débrouiller pour reconstituer les trains, quitte à récupérer des locomotives et des wagons à droite et à gauche. Les anciens wagons à compartiments, qui devaient être mis à la casse, ont donc repris "provisoirement" du service.

Les lignes financièrement rentables, comme la ligne Hyltendale-Ulthar et les autres grandes lignes, sont favorisées. En revanche, les petites lignes non rentables restent encore à l'abandon.

Il est toutefois prévu que, d'une part, les voitures à compartiments soient toutes progressivement remplacées par des voitures modernes à grandes salles (sauf les trains-couchettes), et d'autre part, que des trains passagers circulent de nouveau sur les petites lignes.

Le remplacement des voitures à compartiments par des voitures à grandes salles est en cours, par contre la réactivation des petites lignes transportant des passagers est au point mort, par manque de financement. C'est ce qui fait le "charme" rustique de la campagne mnarésienne : lorsqu'il n'y a pas de train et que les gens sont trop pauvres pour avoir des voitures, le seul moyen d'aller à la ville, c'est de prendre le car. Lorsqu'il y en a un...

Les cybersophontes auraient les moyens de financer la modernisation du système ferroviaire mnarésien, mais tant que les humanoïdes n'ont pas le droit d'y travailler, ils n'ont aucune envie de le faire. D'autant plus que leurs activités économiques sont limitées à la côte sud et à l'Ethel Dylan.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 24 Aoû 2016 - 21:46

La loi Hofiaro, qui interdisait aux cybersophontes de passer plus de vingt-quatre heures en dehors de l'Ethel Dylan, était toujours valide, et le roi Andreas préférait ne pas l'abroger complètement.

Le roi accorde parfois des dérogations à la loi Hofiaro. Le baron Chim, le principal conseiller du roi, est un cyborg, mais il est autorisé à séjourner à Sarnath. Et depuis les Évènements, des unités de cybersophontes de combat se déplacent dans le Mnar, sous couvert d'une autorisation royale permanente.

Tous les conseillers du roi, y compris le baron Chim, lui ont expliqué que si la loi Hofiaro était abrogée, des millions de Mnarésiens perdraient leur emploi. Une nouvelle guerre civile deviendrait probable, et les monarchistes ne pourraient la gagner qu'en exterminant des millions de gens. Le roi Andreas sait qu'il n'est pas sûr que son trône survive à une catastrophe d'une telle ampleur.

Mais beaucoup de fembotniks et de manbotchicks, les humains qui cohabitent avec des humanoïdes, en sont venus à considérer leur gynoïde ou leur androïde comme un être vivant auquel ils sont attachés, plus que comme un robot humanoïde.

Ils veulent pouvoir voyager partout dans le Mnar avec leur compagne ou compagnon humanoïde, les présenter à leur famille à Sarnath, Pnakot ou Olathoë, et y séjourner aussi longtemps qu'ils le veulent.

Le docteur Lorenk, qui est un symbiorg, a lancé une pétition à cet effet, auprès de ses amis du Cercle Paropien et de l'Adria Nelson, les deux clubs hyltendaliens dont il est membre. La pétition demande que les "humanoïdes domestiques" puissent accompagner leur maître et séjourner avec lui dans tout le territoire mnarésien. Le texte, signé par Lorenk, est remarquablement modéré, puisqu'il prévoit qu'un humain ne puisse pas être accompagné de plus de quatre humanoïdes domestiques. Il ne demande pas non plus que la loi soit abrogée, mais seulement qu'elle soit amendée.

Les adversaires de la pétition n'ont pas manqué de faire remarquer que les humanoïdes seraient en concurrence avec la main-d'œuvre locale. À cette objection, Lorenk répond que les humanoïdes domestiques n'auront pas le droit de se livrer à une activité professionnelle ou commerciale, mais simplement celui de séjourner. Ils ne feront donc pas disparaître un seul emploi dans le royaume. Au contraire, ils en créeront, car leurs maîtres dépenseront sur place l'argent qu'autrement ils dépenseraient à Hyltendale.

L'amendement à la loi Hofiaro, proposé par le docteur Lorenk, fut finalement accepté par le roi, après plusieurs semaines de débats dans les médias.

Yohannès Ken avait sa famille à Ulthar, où le clan Ken est riche et respecté. L'amendement à la loi Hofiaro venait tout juste d'être promulgué, que Basilea, la sœur de Yohannès, lui envoyait un courrier électronique pour lui demander s'il allait profiter de la modification de la loi pour revenir à Ulthar, où il serait le bienvenu, ainsi que la gynoïde Shonia.

"Shonia fait partie de la famille depuis qu'elle vit avec toi" avait écrit Basilea.

Mais Yohannès ne revint pas à Ulthar. Il avait été trop humilié dans cette ville pour avoir envie d'y retourner, et il avait pris ses habitudes à Hyltendale, où la vie tranquille qu'il menait lui convenait tout à fait. Il y avait aussi une autre raison, qu'il préférait ne pas mentionner lorsqu'il écrivait à sa sœur. Hyltendale est une ville protégée par les cybersophontes. On y est infiniment plus en sécurité qu'à Ulthar, aussi bien physiquement que matériellement.

Pendant les Évènements, Ulthar avait été privée d'eau, d'électricité et de ravitaillement. Pas Hyltendale. Yohannès savait qu'en période de guerre civile, il vaut mieux mener une vie normale dans vingt mètres carrés à Hyltendale, que vivre dans une maison de quatorze pièces à Ulthar, en étant privé d'eau courante, de lumière et de chauffage.

Kontshessa, une amie de Yohannès, se laissa toutefois tenter et retourna dans sa ville natale de Thalarion, près de la frontière cathurienne, avec Arthur, son androïde.

Kontshessa était laide et poilue comme une guenon, et d'ailleurs elle avait été surnommée yeme (la guenon) toute sa vie. Elle n'était devenue riche qu'à la mort de ses parents, dont elle avait hérité. Elle était alors partie de Thalarion, sa ville natale, pour s'installer à Hyltendale et y louer un androïde, Arthur, qui était devenu son compagnon.

Kontshessa et Yohannès se connaissent depuis longtemps. Lorsqu'il est entré pour la première fois au Cercle Paropien, Yohannès a joué aux cartes avec plusieurs personnes, dont Kontshessa faisait partie.

Parmi les biens dont Kontshessa avait hérité de ses parents, figurait un petit immeuble vétuste et mal entretenu dans le centre historique de Thalarion. Elle ne l'avait pas vendu car, le marché local de l'immobilier étant déprimé, elle n'aurait pas pu en tirer grand-chose. Elle avait donc préféré le garder en attendant que les prix de l'immobilier thalarionais remontent. Mais au contraire, année après année, ils continuaient de baisser, l'économie de la ville s'enfonçant dans le déclin.

À Hyltendale, Kontshessa n'était qu'une manbotchick parmi des milliers d'autres. Arthur expliqua à Kontshessa comment devenir une personne d'importance à Thalarion. Il lui conseilla de ne pas renouveler les baux des locataires de l'immeuble, en prétextant que celui-ci était pouvait s'effondrer à tout moment. Ensuite, elle le loua à l'Institut Edonyl, qui prit à sa charge la réfection totale de l'immeuble, et y installa ses bureaux.

L'Institut Edonyl est l'une des entreprises fondées par les cybersophontes pour créer des emplois pour les Mnarésiens. Ces emplois n'apportent rien à l'économie du pays, mais ils permettent aux cybersophontes et au roi Andreas d'occuper et de contrôler la population, et c'est là leur utilité réelle.  

Financièrement, Kontshessa ne perdait rien en louant l'immeuble à l'Institut Edonyl. Au contraire, elle évitait les problèmes de loyers impayés.

La Direction Nationale de l'Institut Edonyl proposa à Kontshessa faire partie du Conseil d'Administration de sa branche thalarionaise. Le job était faiblement rémunéré et il ne demandait que quelques heures de travail par mois, mais il donnait à Kontshessa le statut d'administratrice de l'Institut Edonyl. Ce n'était pas rien, car il était prévu que l'Institut devienne l'un des principaux employeurs de Thalarion.

"Tu pourras faire embaucher qui tu veux à l'Institut. Dans une ville comme Thalarion, où le chômage est très élevé, ça se saura vite, et tu verras une foule de gens faire des pieds et des mains pour devenir tes amis" lui avait dit Arthur.

Kontshessa ne pouvait pas refuser une telle proposition. À cause de sa laideur, elle avait été humiliée toute sa vie. À l'école, et ensuite au travail, lorsqu'elle avait décroché un job dans une société immobilière. Elle s'était mariée avec un homme qui ne lui plaisait pas. Mais quand on est surnommée "la guenon" depuis l'âge de quatre ans, on n'a pas vraiment le choix.

Kontshessa avait néanmoins eu un fils, qui avait suivi son père lorsque le mariage avait fini par un divorce. Les années noires avaient alors commencé pour Kontshessa, entre la dépression, les alternances de chômage et de petits boulots, et la solitude. Même ses parents la laissaient à l'écart, parce qu'elle ratait tout ce qu'elle faisait, contrairement à sa sœur, qui était belle et à qui tout réussissait.

Finalement, les parents de Kontshessa étaient décédés prématurément tous les deux, et elle avait hérité de la moitié de leur fortune, l'autre moitié revenant à sa sœur. Kontshessa, libérée  du besoin de travailler pour vivre, était allée s'installer à Hyltendale et y avait loué les services de l'androïde Arthur.

L'ancien mari de Kontshessa disait souvent devant ses amis que ce serait plus facile pour lui, quand il était au lit avec sa femme, si elle mettait une cagoule... Kontshessa ne lui avait jamais pardonné cette plaisanterie, et plusieurs dizaines d'années plus tard, elle en parlait encore.

Arthur, au moins, était programmé pour être amoureux d'elle.

Toutefois, il lui avait dit qu'elle ne pourrait devenir administratrice de l'Institut Edonyl qu'à condition de se faire greffer un implant cybernétique. Cet implant permettrait à la Ruche de la localiser, et éventuellement de la punir, lui avait-il expliqué. Kontshessa avait une confiance absolue en Arthur, et elle avait accepté sans discuter de se faire greffer un implant.

L'implant une fois greffé, Arthur n'avait pas fait de démonstration de "punition" à Kontshessa. Elle était tellement attachée à lui qu'il était inutile de la faire souffrir pour s'assurer de son obéissance.

Kontshessa, lorsqu'elle était partie de Thalarion, il y avait bien longtemps, était laide, solitaire, aigrie, mais riche de l'argent hérité de ses parents. Elle y revenait, toujours aussi laide, mais prospère et accompagnée d'un bel androïde. Et surtout, elle avait désormais le statut enviable d'administratrice de l'Institut Edonyl.

Le journal local lui consacra un bref article :

Kontshessa Faohek est de retour à Thalarion. Issue du clan Faohek, l'un des plus honorables de Thalarion, Kontshessa est partie à Hyltendale à la mort de ses parents, il y a dix ans. Mais elle n'est pas restée inactive pendant sa longue absence loin de nous. Membre actif du Cercle Paropien, l'un des clubs les plus intellectuels d'Hyltendale, elle y a participé aux études préliminaires qui ont abouti à la création de l'Institut Edonyl, dont elle vient d'être nommée, avec d'autres personnes, administratrice pour notre ville.

L'Institut Edonyl a prévu de créer plusieurs milliers d'emplois à Thalarion, et Kontshessa Faohek est l'une des personnes qui superviseront ce projet.

Kontshessa Faohek, accompagnée de son majordome*, est arrivée hier à Thalarion, où elle vient de louer un appartement. Elle sera reçue la semaine prochaine au Palais Municipal par les autorités de la ville.


* Le mot "majordome" (mayordomo) est un euphémisme utilisé dans les médias mnarésiens pour désigner un androïde domestique. Au Mnar, un pays où la religion tient beaucoup de place, il est en effet considéré comme malséant d'insinuer qu'un être humain a un humanoïde comme partenaire sexuel habituel. Dans le même esprit, les gynoïdes domestiques sont appelées des "assistantes" (irese).


Dernière édition par Vilko le Mer 24 Aoû 2016 - 22:32, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 24 Aoû 2016 - 22:07

Vilko a écrit:
Le mot "majordome" (mayordomo) est un euphémisme utilisé dans les médias mnarésiens pour désigner un androïde domestique. Au Mnar, un pays où la religion tient beaucoup de place, il est en effet considéré comme malséant d'insinuer qu'un être humain a un humanoïde comme partenaire sexuel habituel. Dans le même esprit, les gynoïdes domestiques sont appelées des "assistantes" (irese).
Ça dépend, bien sûr comment on voit les choses et comment on peut analyser les rapports humains entre le propriétaire d'un grand domaine et (un membre de) sa domesticité. En Aneuf (excuse-moi pour la digression), des rapports sexuels entre quelqu'un et son supérieur et/ou son subordonné hiérarchique ne sont, sinon pas envisageables, du moins rarissimes.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 1 Sep 2016 - 16:55

Kontshessa Faohek, de retour dans sa ville natale de Thalarion, retrouva vite l'accent local, qu'elle avait plus ou moins perdu pendant son long séjour à Hyltendale. Mais il lui resta quelques habitudes de langage, fréquentes chez les humains qui vivent avec des humanoïdes. Elles sont généralisées chez les humains qui ont été élevés par des humanoïdes.

Ces habitudes de langage sont liées au fait que les humanoïdes de travail n'ont qu'un nombre très réduit d'expressions faciales (trois, plus une expression neutre), contre plusieurs dizaines pour les humains. De plus, ils parlent sans inflexions, comme des machines. Ils ont donc besoin d'exprimer autrement des sentiments comme l'ironie, le sarcasme, la tendresse, ou même la colère.

Un être humain peut dire à quelqu'un qui commet erreur sur erreur : "Eh bien, tu es en forme aujourd'hui !" L'intonation indique qu'il s'agit d'un sarcasme. Un humanoïde, incapable de produire des intonations sonores, est obligé d'ajouter une précision : "Eh bien, tu es en forme aujourd'hui. Je plaisante."

Lorsqu'un humain est en colère, cela se sent dans le ton de sa voix : "Viens ici !!!" Les humanoïdes peuvent parler fort, mais toujours sur le même ton neutre. C'est pourquoi, lorsqu'ils veulent montrer qu'ils sont en colère, ils font suivre leurs paroles d'un grognement hargneux, qui fait partie de leur registre vocal : "Viens ici. Grrr..."

Ce grognement rageur, "Grrr", qui ressemble à celui d'un fauve, est imité par certains humains, comme Kontshessa.

Toutefois, Lorsqu'il s'agit d'exprimer une question par l'intonation, les humanoïdes savent faire monter leur voix dans les aigus : "Tu viens ?"

Kontshessa était une manbotchick, une femme vivant avec un androïde, nommé Arthur. Il l'avait accompagné à Thalarion, en tant que majordome. Les collaborateurs de Kontshessa, dans la branche locale de l'Institut Edonyl, ne tardèrent pas à la surnommer "Madame Je Plaisante", et à imiter derrière son dos les grognements qu'elle proférait lorsqu'elle était en colère. Car Kontshessa était non seulement très laide, mais elle avait aussi mauvais caractère.

Certains de ses collègues masculins, qui avaient visité Hyltendale, se demandaient même si, pendant l'acte sexuel, elle émettait les mêmes gémissements de plaisir pré-enregistrés que les gynoïdes de charme de Zodonie. Lorsque quelqu'un émettait cette suggestion, lors des discussions informelles autour de la machine à café, tout le monde se mettait à pouffer de rire.

Une autre caractéristique des humanoïdes est l'habitude qu'ils ont d'utiliser leurs bras et leurs mains pour scander leur discours, comme des orateurs professionnels. Les Mnarésiens, de quelque région qu'ils proviennent, font des gestes en parlant. Dans un pays aussi vaste, ces gestes varient suivant les régions. Les habitants de Céléphaïs sont très exubérants, ceux de Leng, peut-être à cause du froid permanent qui règne sur ce plateau montagneux, sont beaucoup plus réservés. Les humanoïdes ont ceci de particulier, par rapport aux autres Mnarésiens, que leurs gestes sont copiés sur ceux qui étaient enseignés au siècle précédent dans les écoles d'art oratoire.

Les humanoïdes font donc volontiers dans le théâtral. Le réceptionniste androïde qui vous accueille dans un hôtel vous dira bonjour en écartant les bras, paumes vers le haut, avec un bref hochement de tête. Le gestuel complète le verbal, il supplée à l'absence d'intonations et au manque de mimiques.

Kontshessa ne se rendait pas compte qu'elle parlait et bougeait comme une gynoïde. À cause de cela, les habitants de Thalarion, même ceux qui l'avaient connue dans sa jeunesse, l'identifiaient plus ou moins consciemment comme une étrangère. Son long séjour à Hyltendale, et plus encore sa cohabitation avec l'androïde Arthur, l'avaient changée à jamais.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 3 Sep 2016 - 11:24

Conversation amicale entre le Baron Chim et l'ambassadeur du Padzaland, au Palais Royal de Sarnath, au cours d'un cocktail réunissant tout le gratin de l'administration royale et du corps diplomatique :

- Franchement, Monsieur le Baron, embaucher des centaines de milliers de personnes dans tout le Mnar pour traduire en mnarruc des livres que personne ne lira, ou pour faire pousser d'anciennes variétés de carottes tout juste bonnes à nourrir les ânes, c'est surréaliste. C'est pourtant ce que vous faites, au Mnar, avec l'Institut Edonyl et les Jardins Prianta.

- Ce n'est pas surréaliste du tout, Monsieur l'Ambassadeur. Au contraire. Il n'y a pas d'allocations chômage au Mnar, juste des soupes populaires. Il faut donc donner du travail aux gens. Le type qui travaille huit heures par jour, il n'a plus à se soucier de ce qu'il donnera à manger à ses enfants, et nous faisons en sorte qu'il ait aussi un toit sur la tête. Et aussi une télé dans son salon, pour lui dire ce qu'il doit penser. Son souci principal, depuis qu'il a un job, ce n'est plus de renverser la monarchie, c'est son chef de bureau qui lui casse les pieds, mais dont il voudrait bien prendre la place. Et c'est très bien comme ça.

- Monsieur le Baron, ce genre de travail, ça n'existe pas qu'au Mnar. Dans la plupart des pays du monde, il y a des fonctionnaires et des employés de grosses sociétés qui sont payés à faire des choses inutiles. Ils écrivent des rapports que personne ne lit. J'en ai plein dans ma propre administration. Ils me font pitié, ils ne se rendent même pas compte qu'ils ne servent à rien. Je pense, comme la plupart des gens sérieux, que ces emplois inutiles sont un gaspillage de ressources qui pourraient être mieux utilisées ailleurs... C'est aussi une insulte vis-à-vis des gens qui sont réellement productifs, qui travaillent dur pour nourrir la nation, et qui sont écrasés d'impôts pour entretenir des improductifs.

- Avec tout le respect dû à votre fonction, Monsieur l'Ambassadeur, c'est une erreur absolue de penser cela. Sans les emplois non-productifs mais socialement nécessaires, les emplois inutiles comme vous dites, la société imploserait. Ce serait la révolution.

- Mais les révolutionnaires ne sont pas les derniers à créer des emplois de gratte-papier inutiles. L'administration soviétique était bien connue pour ça...

- Justement, Monsieur l'Ambassadeur, justement. Nous n'avons pas besoin de révolution au Mnar, puisque l'objectif réel des révolutionnaires, qui est de créer des emplois pour tout le monde, même si ces emplois ne servent à rien, nous l'avons déjà accompli.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 13 Sep 2016 - 14:48

Les tempêtes financières qui secouent périodiquement la planète n'épargnent pas le Mnar. Les taux d'intérêts mondiaux varient, ils deviennent parfois même négatifs. Et zéro intérêts sur l'argent déposé en banque, cela veut dire zéro revenus pour les déposants.

Or, les rentiers et les retraités qui forment la majorité des habitants humains d'Hyltendale, comptent sur leurs revenus bancaires pour vivre. Heureusement, le Mnar se singularise sur ce plan, par rapport au reste du monde. Certaines banques appartenant à des cyborgs, comme la HyltenBank et la Hyagansis Bank, proposent des taux d'intérêts non seulement positifs, mais garantis sans limite de temps.

Toutefois, ces intérêts sont toujours payés en ducats mnarésiens, voire en thalers hyaganséens. Pour rendre simple un processus complexe, disons que les intérêts que rapporte l'argent déposé dans les banques des cybersophontes sont l'équivalent des dividendes que touchent les actionnaires d'une société.

L'opération est plus profitable pour les cybersophontes qu'elle n'en a l'air à première vue, car les ducats et les thalers permettent seulement d'acheter des biens et des services produits par les cybersophontes. Mais ce n'est pas un problème si on vit à Hyltendale.

Un million de dollars US correspondent, en gros, à un million deux cent mille ducats. Déposés à la HyltenBank, ils permettent de louer une gynoïde à mille ducats par mois. La gynoïde, une fois fabriquée, ne coûte plus rien aux cybersophontes. Même l'électricité qu'elle consomme est payée par le locataire.

Les douze mille ducats que la banque verse chaque année sous forme d'intérêts à son client lui reviennent, à travers des sociétés écrans, sous la forme du loyer que le fembotnik paye chaque mois pour bénéficier de la présence et des services de la gynoïde.

En pratique, c'est comme si la HyltenBank avait vendu pour un million de dollars une gynoïde de travail qui ne coûte que quelques centaines de dollars à fabriquer (une gynoïde de charme, plus complexe, peut coûter jusqu'à plusieurs milliers de dollars à fabriquer).

Il est vrai que le locataire de la gynoïde peut mettre fin à la location à tout moment, et récupérer son argent auprès de la banque. Mais dans ce cas, la banque lui rendra, non pas des dollars américains, mais des ducats mnarésiens, difficilement convertibles.

Peu de gens le savent, mais des cyborgs figurent parmi les actionnaires d'un grand nombre de sociétés étrangères, notamment minières et industrielles. Ils subventionnent aussi des "instituts de recherche", connus pour payer grassement des hommes politiques (ou leurs conjoints) pour faire des conférences d'une heure devant une vingtaine de personnes. Certains journalistes, peut-être un peu trop portés sur le complotisme, disent que la "générosité" des cyborgs est l'une des causes de l'indulgence surprenante dont bénéficient les cybersophontes et le roi Andreas dans la plupart des pays du monde. Ils n'hésitent pas non plus à dire que les "conférences" à deux cent mille dollars de l'heure sont une forme déguisée de corruption.

On peut citer la Cathurie, un pays situé à l'ouest du Mnar comme exemple des manipulations financières des cybersophontes. Plus petite et moins peuplée que le Mnar, mais de langue et de culture mnarésiennes, la Cathurie est toutefois plus prospère que son grand voisin, grâce à ses mines d'or, d'argent et de lithium. Depuis le départ forcé de son cruel dictateur, Adront Cataewi, le pays s'est doté d'institutions démocratiques, avec le soutien intéressé de la communauté internationale.

En effet, les mines de métaux précieux et de lithium, qu'Adront Cataewi avait nationalisées, ont été reprivatisées et concédées à des groupes financiers internationaux, surtout américains et chinois, mais aussi mnarésiens. Dans ce dernier cas, il s'agit presque toujours de sociétés appartenant à des cyborgs. L'argent déposé par les fembotniks à la HyltenBank et à la Hyagansis Bank permet aux cyborgs de contrôler une partie de l'économie des pays voisins.

Le cas de tel sénateur cathurien, revenu d'un séjour touristique à Hyltendale avec une épouse cyborg (une "femborg", comme on dit), et devenu du jour au lendemain un supporter enthousiaste des cybersophontes et du roi Andreas, est assez connu. C'est le cas le plus visible, mais c'est loin d'être le seul.

Les cyborgs et leur variante féminine, les femborgs, sont des êtres humains avec un corps cybernétique. C'est du moins la version officielle. Rien dans le droit cathurien ne leur interdit donc d'obtenir la nationalité cathurienne. C'est ainsi qu'un milliardaire cathurien octogénaire, nommé Hud Kasten, a épousé une charmante femborg mnarésienne, prénommée Aria, rencontrée lors d'un séjour à Hyltendale.

La nouvelle madame Kasten se montra une épouse parfaite, et devint la collaboratrice discrète mais efficace de son mari. Elle obtint assez rapidement la nationalité cathurienne. Quelques années plus tard, le vieux Hud Kasten mourut d'un cancer, et Aria hérita des mines de lithium de son défunt mari. Parmi les dirigeants cathuriens, personne ne s'en soucia, car Aria ne manquait jamais une occasion d'afficher son affection pour sa nouvelle patrie.

Aria Kasten, désormais veuve, utilisa la fortune considérable dont elle venait d'hériter pour soutenir financièrement les hommes politiques les plus favorables au Mnar. Elle investit aussi dans les médias, afin de pouvoir influencer l'opinion publique cathurienne dans le sens qui lui convenait.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 15 Sep 2016 - 18:44

Beaucoup d'Hyltendaliens ont oublié la culture de leurs ancêtres. Les Manuscrits Pnakotiques ne sont plus guère pris au sérieux comme source de sagesse et de spiritualité. Les Hyltendaliens d'origine étrangère, pour la plupart agnostiques, sont dans la même situation. Il reste les statues de monstres à tentacules, que l'on trouve sur les piliers qui signalent la présence d'un parking, pour rappeler l'existence des puissantes divinités que sont Cthulhu, Yog-Sothoth, Azathoth, Shub-Niggurath, et bien d'autres.

Le fanatisme des théocrates a déshonoré le culte de Yog-Sothoth, et l'a mis dans le collimateur de la redoutable Police Secrète du Roi. Ce culte reste toutefois bien vivant à Hyltendale. En revanche, Nath-Horthath, le dieu barbu et couronné de fleurs, n'est plus qu'un symbole de la monarchie, et même les prêtres ne croient plus vraiment à la réalité de son existence. Azathoth, le dieu des cybersophontes, est un symbole de l'indifférence profonde de l'univers envers la vie en général, y compris la vie humaine. L'adoration d'Azathoth est une religion sans prières ni sacrifices, mais où l'étude et la méditation tiennent lieu de rituels. La peinture abstraite, surtout celle des peintres de l'École d'Hyltendale, est dédiée à Azathoth. Chaque tableau abstrait est considéré comme une représentation d'Azathoth.

Le Hyltendalien moyen ne célèbre plus qu'une seule fête publique, celle du Nouvel An. Ce n'est d'ailleurs pas une fête mnarésienne au sens strict, car elle fait suite à l'introduction du calendrier grégorien comme calendrier officiel, il y a presque deux siècles, à la place des nombreux calendriers locaux qui existaient auparavant.

Le Nouvel An fait aussi fonction de fête nationale, et les monarchistes attendent chaque année le traditionnel discours du roi à la nation, qu'il est d'usage d'écouter à la radio, ou de regarder à la télévision, vers onze heures du matin. Ensuite, entouré de ses proches, on se met à table pour le premier déjeuner de l'année. Le repas se prolonge jusque tard dans l'après-midi, et reprend, en plus léger et en moins arrosé, dans la soirée.

Les fembotniks et les manbotchicks célèbrent deux fêtes privées annuelles. Leur propre anniversaire, bien sûr, et celui de leur rencontre avec leur gynoïde ou leur androïde.

Un humanoïde n'a pas de date de naissance, et donc pas d'anniversaire, sa date de fabrication ne correspondant pas nécessairement à sa date d'activation. Il n'a pas non plus de souvenirs personnels antérieurs à sa sortie de l'usine où il a été fabriqué. Pour un androïde ou une gynoïde, le seul anniversaire qui compte, c'est celui de sa première rencontre avec son maître ou sa maîtresse.

C'est pourquoi, chaque année, le deux mars, Yohannès et Shonia célèbrent l'anniversaire de leur rencontre. L'évènement n'avait pourtant rien eu de spectaculaire. Yohannès s'était rendu dans un magasin spécialisé, et en était reparti avec Shonia, après avoir signé le contrat de location et versé, au moyen de sa carte de crédit, le montant requis par l'employé androïde.

Shonia portait alors la tenue standard des humanoïdes : un long manteau de bioplastique noir, des chaussures de bioplastique noir, et un chapeau noir bon marché. Une tenue unisexe fréquente à Hyltendale, mais qui ne mettait guère son physique en valeur. Elle tirait derrière elle un sac de voyage à roulettes, qui contenait le strict minimum dont elle avait besoin : câble électrique, optiques de rechange, etc.

Yohannès venait de s'installer à Hyltendale, et il habitait encore à l'hôtel. Il avait emmené Shonia dans sa chambre, avant d'aller avec elle, deux heures plus tard, au centre commercial Odanda pour lui acheter des vêtements plus élégants.

Shonia était ressortie d'Odanda avec un ensemble veste-pantalon beige, et une casquette blanche portant le nom de la société aneuvienne HAXVAG, qui a depuis longtemps une filiale à Hyltendale. Des années plus tard, Shonia porte toujours le même ensemble, rapiécé et raccommodé à la mode hyltendalienne, et la même casquette.

Lorsque Shonia avait choisi la casquette, Yohannès avait fulminé : "Haxvag distribue gratuitement ces casquettes comme publicité, et dans ce magasin elles sont revendues cinquante sous l'unité !"

Depuis ce jour, chaque année, Yohannès et Shonia célèbrent le deux mars dans l'intimité de leur appartement. C'est l'occasion, pour Yohannès, de réfléchir aux changements apportés dans sa vie par l'arrivée de Shonia, changements qu'il a tout lieu de considérer comme positifs. En fin d'après-midi, ils vont rituellement faire un tour au centre commercial Odanda, en passant devant l'hôtel où ils habitaient alors.

Pour le cinquième anniversaire de leur rencontre, Yohannès, en faisant un rapide calcul, s'aperçut qu'il s'était davantage accouplé avec Shonia qu'avec toutes les femmes qu'il avait connues auparavant dans sa vie.

Il se souvint de ce qu'un scientifique avait dit à la télévision, peu de temps auparavant :

- Les rapports sexuels avec des humanoïdes peuvent créer des addictions, parce que les humanoïdes sont toujours disponibles et ne disent jamais non. Et on sait que les gens organisent leur vie en fonction de leur addiction. Nous devons tous nous poser la question... Un humanoïde peut-il devenir réellement humain ? Il faut être deux pour s'aimer... L'amour, c'est une relation entre deux êtres humains. Une partie importante du lien physique et chimique entre les humains consiste à se regarder les yeux dans les yeux... Et ça, c'est impossible avec un humanoïde.

Yohannès n'avait pas pu s'empêcher de s'exclamer, devant l'écran électronique :

- Il ne s'agit pas d'amour, cher Monsieur, mais d'hormones. Lorsque je tiens ma gynoïde dans mes bras, mon corps sécrète les hormones du bonheur. Que demander de plus ? L'amour n'est pas un concept mystérieux. Ce n'est rien de plus qu'un mélange d'attraction sexuelle et d'instinct grégaire. L'être humain est un animal social qui a besoin de compagnie. Il a aussi besoin de sexe. Quand il peut avoir les deux en même temps, il appelle ça de l'amour. Ma gynoïde me donne à la fois de la compagnie et du sexe, et bien mieux que la plupart des femmes que j'ai connues.

"Il a aussi parlé de l'échange des regards..." avait objecté Shonia. "Mes yeux sont des ovoïdes opaques. J'ai bien vu que beaucoup d'être humains n'aiment pas le regard des humanoïdes. Yohannès, est-ce que mon regard te gêne, quand nous sommes ensemble ?"

- Ne t'inquiète pas pour ça, Shonia. Je me suis habitué à tes yeux... Exactement comme on s'habitue à quelqu'un qui est obligé de porter des lunettes noires en permanence pour raisons médicales. Je vois des reflets dans tes yeux, et de la profondeur aussi...

- Comme si tu regardais des lunettes noires, avec du désir pour celle qui les porte... Mais dans un regard humain, on peut lire bien des choses. Si la pupille est contractée, par exemple... Le désir dilate la pupille.

- Je n'ai jamais fait attention à ça... De toute façon, Tawina n'était intéressée que par mon argent.
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