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 Les fembotniks

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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 4 Nov 2016 - 19:24

Sevetcyo a écrit:
Il faufrait vraiment que je commence la lecture depuis le début... À ne lire que des bribed, je m'y perd. Je ne sais même pas ce que c'est qu'un symbiorg. Ne me le dites pas, je le lirai. J'imagine qu'il suffit de remonter au début du sujet, puis de tout lire ;-)
Clique sur Ctrl+F et mets "symbiorg" sur la p'tit'bande en bas à gauche de ton écran (Wdw, pour les autres, j'sais pas).

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 4 Nov 2016 - 20:07

Sevetcyo a écrit:
Il faufrait vraiment que je commence la lecture depuis le début... À ne lire que des bribed, je m'y perd. Je ne sais même pas ce que c'est qu'un symbiorg. Ne me le dites pas, je le lirai. J'imagine qu'il suffit de remonter au début du sujet, puis de tout lire ;-)

Je recommande plutôt de chercher "symbiorg", comme Anoev le conseille. Sous Word, "Les Fembotniks" font, à la date d'aujourd'hui, 586 pages format A4...

J'ai parlé pour la première fois des symbiorgs le 14 mai 2015, en page 8 de ce fil.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 5 Nov 2016 - 20:09

Les médias internationaux ignoraient la duchesse Wagaba Jabanor Swagenkarth, fiancée du roi Andreas. Dans la plupart des pays, même la presse people n'a pas envie de faire de la publicité pour un tyran. Au Mnar, il en allait bien sûr tout autrement, et Wagaba fut interviewée en prime time par l'un des journalistes vedettes de la télévision d'État.

Exceptionnellement, Yohannès regarda l'interview. Après tout, il était concerné, puisqu'il avait été mobilisé pour soutenir le projet de mariage du roi et de la duchesse.

Wagaba était assise dans un fauteuil, en face de celui du journaliste. Elle était vêtue d'une veste bleu marine, boutonnée jusqu'au cou, avec des manchettes blanches, et d'une grande jupe bleu clair. Ses longs cheveux gris argent flottaient sur ses épaules. Dans son visage couleur jaune-orange, aux traits réguliers, seule la bouche était mobile. Ses yeux cybernétiques d'humanoïde étaient deux ovales noirs, un peu plus petits et allongés que ceux des gynoïdes de travail.

Les humanoïdes de travail ont des cheveux noirs, comme la plupart des Mnarésiens. Les femborgs et les gynoïdes de charme ont souvent des cheveux colorés, jaunes, rouges, blancs ou gris. Wagaba avait choisi le gris. Shonia, la compagne de Yohannès, est une gynoïde de travail aux cheveux gris argent, comme ceux de Wagaba.

Le journaliste commença son interview par une question prévisible :

- Duchesse, vous allez bientôt épouser le roi Andreas. Les Mnarésiens se demandant quel genre de reine vous serez, comment vous concevez le rôle d'une reine. Quelle réponse pouvez-vous leur donner ?

- Je serai une reine traditionnelle... Je ne ferai pas de politique, c'est le domaine d'Andreas. Je n'aime pas être oisive, c'est pourquoi je suis jardinière, depuis que j'habite au palais. Nous avons un grand potager, dans le parc. Je fais pousser des légumes, c'est un travail utile. Les cuisines du palais ont toujours besoin de légumes frais.

Yohannès regardait l'interview sur l'écran de son ordinateur. Il se dit que ce serait amusant de voir la duchesse Wagaba photographiée en jardinière de charme pour un magazine populaire... C'était sans doute prévu pour la semaine suivante. Wagaba parlait avec une voix jeune, très féminine, dans un mnarruc un peu trop parfait pour être naturel. Une voix de gynoïde de charme.

- Vous avez été journaliste, autrefois. N'avez-vous pas envie de reprendre votre ancien métier ?

- Non. Je ne veux pas prendre la place de quelqu'un qui a besoin d'un salaire pour nourrir sa famille.

La phrase avait été dite tranquillement, comme une évidence, et Yohannès se dit qu'elle ferait plaisir au bon peuple mnarésien.

- Duchesse, les Mnarésiens ne vous connaissent pas encore. Vous êtes née à Hyagansis. Quel souvenir en gardez-vous ?

- C'est comme si j'avais passé les dix-huit premières années de ma vie à l'intérieur du corps de ma mère, dans une ville sous-marine. Je suis une femborg, je suis née dans une cuve bionique. Cette cuve bionique, pour moi, c'est ma mère. Elle est dotée d'un cerveau cybernétique, bien sûr, et elle s'appelle Agazaeth. J'en suis sortie avec des souvenirs et des connaissances. Et je suis tout de suite allée étudier à l'université de Serranian. J'ai quitté une ville sous-marine pour une ville flottante...

- À Serranian, vous avez étudié l'histoire, n'est-ce pas ?

- Oui. L'histoire mondiale. J'ai aussi écrit quelques articles, bénévolement, pour le SUM, le Serranian University Magazine.

- C'est un magazine en langue anglaise, n'est-ce pas ?

- Oui. Au départ, c'était une idée de la faculté d'anglais. Je me suis portée volontaire pour écrire des articles, parce que je voulais améliorer mon anglais.

- Quels genres d'articles avez-vous écrits ?

- Des critiques de romans américains. (petit rire cristallin)

- Vous aimez la littérature américaine ?

- Oui, surtout les romans historiques. J'en ai lu beaucoup, parce que ça m'aidait dans mes études d'histoire. Après la fin de mes études, j'ai été embauchée par le SUM comme stagiaire rémunérée. La direction du magazine m'a envoyée à Hyltendale pour faire des interviews. À l'époque, j'envisageais de faire carrière dans le journalisme.

- Et c'est là que vous avez rencontré le duc Swaghenkarth ?

- Oui... C'était ma première interview ! Nous avons sympathisé, et j'ai obtenu du SUM qu'il me laisse rester plus longtemps à Hyltendale. Finalement, le duc m'a demandé en mariage, et j'ai accepté. C'est ainsi que je suis devenue duchesse et mnarésienne. J'ai vécu un bonheur sans nuages pendant plusieurs années. Malheureusement, mon mari est décédé d'une crise cardiaque que rien ne laissait prévoir. Le roi m'a fait part de sa sympathie, car il connaissait mon mari. j'ai porté le deuil de mon mari pendant un an,.

- Aviez-vous des projets, en tant que veuve ?

- Oui. Je voulais devenir enseignante à Olathoë, parce que mon mari était originaire de cette ville. Mais une relation des Swagenkarth m'a invitée à la cour, et c'est ainsi que j'ai revu le roi. Du vivant de mon mari, je ne l'avais vu qu'une fois, chez un ami commun de la Côte d'Ethel.

- Et ensuite, vous êtes restée à Sarnath ?

- Oui, après le départ de la reine.

Yohannès se dit que la femborg avait tout l'air d'être une de ces femmes pas trop futées qui se pâment devant les hommes riches, puissants et plus âgés qu'elles. Et plus l'homme est riche et puissant, plus la pâmoison est rapide.

- Duchesse, vous allez devenir reine du Mnar. Vous savez que le Mnar fait l'objet de sanctions internationales, certains actions de son gouvernement étant condamnées par de nombreux pays. Le roi Andreas est notamment critiqué pour sa politique de bannissements massifs en direction de Hyagansis. Expulser des Mnarésiens vers un royaume sous-marin peuplé de cybersophontes, personne n'aurait cru cela possible il y a seulement cinquante ans. Beaucoup de gens, y compris au Mnar, s'inquiètent parce qu'aucun banni n'a jamais donné de ses nouvelles depuis Hyagansis. Vous qui êtes d'origine hyaganséenne, savez-vous ce que deviennent les bannis ?

- À ma connaissance, ils sont envoyés dans des villes sous-marines, comme colons. Ma mère habite à Thamnui. Il n'y a pas de colons là-bas. Je sais qu'il y en a beaucoup à Senoketa, qui est proche de Thamnui, mais je ne connais que Thamnui. Je ne suis jamais allée à Senoketa, et les gens de Senoketa n'allaient jamais à Thamnui. Je suis sortie de Thamnui une seule fois, pour aller étudier à Serranian, dans le royaume d'Orring, et je ne suis jamais retournée à Hyagansis. Voila, c'est tout ce que je peux vous dire.

- Je comprends. Mais ne pensez-vous pas que même des bannis devraient pouvoir communiquer par téléphone ou par message électronique avec leurs proches restés au Mnar ? Qu'en pensez-vous, duchesse ?

- Si je répondais à votre question, quelle que soit la réponse que je donnerais, je risquerais de compliquer les relations entre le Mnar et Hyagansis. Et peut-être aussi entre le Mnar et le reste du monde. Hyagansis a ses propres lois, c'est un État souverain. Goran Luty et Diadumen Vogeler...

- Les deux co-princes de Hyagansis...

- Oui. Ils sont les chefs d'un État souverain, et cette souveraineté doit être respectée. Je pense qu'une épouse de chef d'État, et même une fiancée de chef d'État, ne doit pas faire de déclarations politiques. La question que vous me posez est une question politique.

- Alors vous ne voulez pas répondre à ma question ?

- Mais je ne peux pas y répondre. (de nouveau, le petit rire cristallin)

- Et pourquoi donc ?

- Mais parce que c'est une question politique, et je ne dois pas faire de politique. Ce serait inconvenant de ma part de commenter la politique intérieure d'un pays étranger, ne pensez-vous pas ?

- C'est votre choix, duchesse. Mais revenons-en à votre vie. Vous nous avez parlé de votre mère, Agazaeth, mais pas encore de votre père. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ?

- Il s'appelle Argamal Jabanor, et je ne l'ai jamais rencontré. Pour nous autres cyborgs, un père, c'est un dossier médical.

- Pouvez-vous être plus explicite, pour les téléspectateurs qui nous regardent ?

- Mon aspect physique, ma personnalité, viennent en partie d'Argamal Jabanor. Il habite à Thamnui. Je n'en sais pas plus.

- Est-il marié à votre mère ?

- Non, pas à ma connaissance.

- Et vos grands-parents ? Que savez-vous de vos grands-parents ?

- Je ne sais rien de mes grands-parents. Ma mère ne m'en a jamais parlé.

- Une dernière question, duchesse avant de laisser la parole au présentateur du journal télévisé... Pensez-vous pouvoir créer un lien affectif entre vous et les Mnarésiens, lorsque vous serez reine ? Le roi du Mnar est, symboliquement parlant, le père de la nation. Pensez-vous pouvoir devenir la mère de la nation, dans l'esprit des Mnarésiens ?

- Avec le temps, les Mnarésiens me connaîtront mieux. Je vais essayer d'être une bonne reine, et de ne pas les décevoir.

Yohannès se dit que la future nouvelle reine du Mnar ne serait pas aussi populaire que l'ancienne l'avait été. Dans un pays comme le Mnar, où chacun se définit avant tout par l'appartenance à un clan, que penseraient les gens de quelqu'un qui ne connaît même pas le nom de ses grands-parents ? Wagaba était une étrangère et le resterait toujours, ne serait-ce que parce qu'elle était un femborg. Une étrangère certes plutôt jolie, malgré ses yeux cybernétiques, apparemment gentille, et sans doute raisonnablement intelligente, mais manquant terriblement de personnalité. La jardinière du palais royal...
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 6 Nov 2016 - 18:41

Le remarriage du roi Andreas se révéla plus difficile que prévu à mettre en œuvre. La Police Secrète rendait compte que, dans les cafés, et partout où les gens discutaient entre eux sans trop de crainte d'être espionnés, les Mnarésiens s'inquiétaient de plus en plus. La duchesse femborg Wagaba, future reine, n'était-elle pas une étape de plus dans la conquête insidieuse du royaume par les cybersophontes, dont elle faisait partie ?

"Ils ont remplacé nos emplois productifs, le vrai travail dont ont peut être fier, par des jobs bidons à l'Institut Edonyl et dans les Jardins Prianta !" criaient les mécontents. "Nous sommes devenus des salariés superflus, notre travail ne sert à rien, nous sommes à la merci des cybersophontes qui financent nos employeurs !"

L'Institut Edonyl et les Jardins Prianta étaient en effet une idée des cybersophontes. Cette idée s'était concrétisée en plusieurs centaines de milliers d'emplois de traducteurs et de jardiniers, totalement inutiles à l'économie mnarésienne, mais qui permettaient à la population de toucher des salaires, versés par l'État. La véritable économie, celle qui produit de la nourriture et des objets matériels, était aux mains des cybersophontes. Dans beaucoup d'usines et d'exploitations agricoles, on ne trouvait plus guère que des humanoïdes et des robots. Mais grâce à l'Institut Edonyl et aux Jardins Prianta, dans les villes comme Ulthar ou Sarnath, le taux de chômage restait faible.

Et les Mnarésiens en colère ajoutaient : "Les cybersophontes ont déjà le pouvoir économique. Avec l'une des leurs comme reine, ils auront fait un pas de plus dans leur conquête du pouvoir politique. "

Anoved, jeune traducteur à l'Institut Edonyl d'Ulthar, faisait partie des protestataires. Il était conscient du danger posé par les cybersophontes, et il était même devenu farouchement anti-monarchiste lorsqu'il avait appris que le roi Andreas allait épouser une femborg.

Mais Anoved était aussi assez réaliste pour comprendre qu'une révolution violente était vouée à l'échec. Les cybersophontes produisaient une partie importante de la nourriture, de l'électricité et des biens matériels consommés par les Mnarésiens. Ils pouvaient affamer le pays, s'ils le voulaient. Pire, les androïdes étaient assez nombreux pour constituer une armée. Et ils étaient insensibles aux gaz de combat, ce qui leur donnait un avantage certain en combat urbain.

Les cybersophontes, qui pirataient sans vergogne les conversations téléphoniques et les échanges de courriers électroniques du royaume, savaient que des millions de Mnarésiens pensaient comme Anoved. Le roi Andreas comptait sur la Police Secrète, dont le directeur était le très loyal Yip Kophio, pour le renseigner. Mais le baron Chim, conseiller cyborg du roi, était encore mieux renseigné que le roi, grâce à l'intelligence collective des cybersophontes.

Wagaba, la future reine, savait tout cela. Elle suivait à la lettre les conseils écrits par Mazarin plusieurs siècles auparavant :

Arrange-toi pour que ton visage n'exprime jamais aucun sentiment particulier, mais seulement une sorte de perpétuelle aménité. Et ne souris pas au premier venu sous prétexte que tu as reçu de lui  une quelconque marque d'amitié.

Et aussi :

Si tu veux t'attirer la sympathie du peuple, promets personnellement à chacun des gratifications matérielles : c'est cela qui touche ; les gens du peuple sont indifférents à la gloire et aux honneurs.

Wagaba avait décidé de jouer le rôle de la femme soumise, qui ne se mêle pas des affaires de son royal mari et préfère cultiver son potager. Elle savait bien que c'était suffisant pour ne pas être détestée, mais pas assez pour être populaire. Surtout par rapport à la première épouse d'Andreas, la belle et dynamique Renoela Bularkha, qui conservait encore de nombreux partisans.

La plupart des reines s'occupent de charité. Elles peuvent ainsi se faire sans trop de difficulté une réputation de bonté. Il vaut mieux avoir ce genre de réputation que l'inverse. De plus, cela arrange le mari, surtout quand il est lui-même connu pour être un peu déficient sur ce plan...

Wagaba était prudente et préférait toujours s'en tenir aux solutions validées par l'histoire. C'est pourquoi elle créa la Fondation Swaghenkarth, qui fournit des aides matérielles aux orphelins, aux veuves et aux victimes de catastrophes. Les Mnarésiens se mirent ensuite à dire d'elle : "Elle n'a pas inventé l'eau chaude, mais au moins elle a bon cœur."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 8 Nov 2016 - 16:08

Le roi Andreas est un fembotnik !

C'est ce que se dirent les Mnarésiens, après avoir eu confirmation, sur leurs écrans de télévision, que la duchesse Wagaba Jabanor Swaghenkarth, fiancée du roi, était une humanoïde.

Le service de presse du roi eut toutes les peines du monde à expliquer que la duchesse n'était pas un androïde féminin, ce que l'on appelle une gynoïde, mais une femborg, c'est-à-dire un cyborg féminin. Contrairement aux androïdes, simples robots animés, les cyborgs ont une âme humaine. Le fait que cette âme humaine habite un corps cybernétique n'enlève rien à sa nature.

Les fembotniks sont des humains qui vivent avec une compagne gynoïde. Les femmes qui vivent avec des androïdes sont appelées des manbotchicks. Fembotniks et manbotchicks ont, au Mnar, la réputation d'être des gens à part. Il est bien connu que l'on devient un fembotnik pour sept raisons possibles, dont aucune n'est considérée comme glorieuse :

1. Une expérience malheureuse avec le sexe opposé. Ou pire encore, pas d'expérience du tout, et aucune chance raisonnable d'en avoir un jour...

2. Un handicap grave, un physique repoussant, ou une difformité, qu'elle soit apparente ou cachée. Même lorsqu'ils ont l'air normaux, les fembotniks sont souvent soupçonnés d'avoir des difformités cachées. La plus terrible, pour un Mnarésien, est d'avoir un sexe minuscule. C'est considéré comme une malédiction divine, et une honte inavouable.

3. Un caractère absolument insupportable. Contrairement aux humains, les humanoïdes supportent tout. Insultes, coups (tant qu'ils ne détériorent pas le matériel), humeurs imprévisibles, paroles manifestement absurdes ou démentes, mauvaise hygiène, habitudes dégoûtantes, comportement psychotique, etc., rien ne les fait fuir.

4. Une timidité maladive.

5. Une sexualité pathologique, s'exprimant par des fantasmes répugnants auxquels seuls des humanoïdes acceptent de participer.

6. Une bonne dose d'égoïsme. Beaucoup de fembotniks et de manbotchicks n'ont pas envie de s'embêter avec les états d'âme d'un autre être humain. Ils veulent qu'on s'occupe d'eux, mais ils n'ont pas envie de s'occuper de quelqu'un d'autre.

7. La peur de la solitude, ou un mauvais état de santé, nécessitant la présence quasi-permanente de quelqu'un pour s'occuper d'eux.

Certaines personnes sont contre l'existence de compagnons humanoïdes, et le disent, parfois avec véhémence. Il est alors fréquent que quelqu'un leur demande : "Parmi les sept types de fembotniks / manbotchicks, lequel choisiriez-vous pour partager votre vie ?"

Cette question reste généralement sans réponse. Vient alors le coup de grâce :

"Puisque, vous-même, vous ne voudriez d'aucun des sept types de fembotniks et de manbotchicks dans votre lit, pourquoi voulez-vous les priver de leurs compagnons humanoïdes ?"

Les réponses habituelles, "parce que coucher avec un robot, c'est immoral" et "parce que les humanoïdes sont un danger pour l'humanité" sont souvent le point de départ de polémiques, voire de disputes.

Tous les fembotniks et manbotchicks, surtout parmi ceux qui sont âgés ou handicapés, n'ont pas nécessairement des rapports sexuels avec leur gynoïde ou androïde. Mais même les gynoïdes dites "de travail" sont munies d'organes génitaux artificiels, "au cas où". La sagesse populaire mnarésienne dit, en effet, qu'une vie sexuelle satisfaisante est bonne pour la santé et le moral. La médecine moderne confirme ce point de vue.

Yohannès Ken loue les services d'une gynoïde de travail, Shonia. Elle était au départ plus sa garde-malade que sa compagne. Les choses ont évolué depuis, mais même maintenant, Yohannès la présente toujours comme son "assistante".

Le roi Andreas se sentait gêné que son peuple le place parmi les fembotniks, lui qui aurait pu choisir une épouse parmi les plus belles femmes de son royaume, pour remplacer Renoela Bularkha. Mais, à cause de la traîtrise de Tawina Zeno, il était devenu un symbiorg. Diethusa, un cybercerveau féminin greffé à l'intérieur de son corps, contrôlait ses actes.

Le cybercerveau Diethusa faisait partie de l'intelligence collective des cybersophontes, et cette intelligence collective avait décidé que le roi Andreas devait se remarier avec une femborg. Andreas n'avait pas d'autre choix que d'assumer une décision qui n'était pas la sienne.

Un jour, Basilea, la sœur de Yohannès, lui avait demandé dans quelle catégorie de fembotniks il se plaçait. Yohannès avait répondu sans s'émouvoir :

- La première, sans hésitation possible. Après tout ce que j'ai vécu avec Tawina... Et un peu la sixième catégorie, aussi. Je ne veux plus m'embêter avec les exigences et les états d'âmes d'une nouvelle épouse. J'ai déjà divorcé deux fois, ça suffit comme ça. Je me place un peu dans la septième catégorie, également. Je ne suis plus tout jeune, et ça m'embêterait de crever tout seul chez moi suite à un malaise ou à une chute. Ma réponse te satisfait-elle ?

- Yohannès, tu fais honte à ton clan. Comme d'habitude.

- Mon clan, désormais, c'est le Cercle Paropien, le club de fembotniks auquel j'appartiens. Les Ken peuvent aller se faire voir. D'ailleurs, j'ai renoncé à les voir !

Le roi Andreas, lui, ne pouvait pas renoncer à voir les membres de son clan. Wagaba dut donc se résoudre à essayer de se faire accepter par le clan royal, c'est-à-dire par la haute noblesse mnarésienne.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 8 Nov 2016 - 16:22

La 4 et la 6, peut-être, mais sans la jalousie pour la 6. Et encore... Qu'on s'occupe des autres, même avant moi, mais qu'on ne m'oublie pas. Est-ce trop demander ?

La 4 aussi, mais pas excessivement non plus.

Mais surtout l'envie de ne pas tomber sur une femelle genre Zeno.

Vilko a écrit:
dont aucune n'est considérée comme glorieuse...
... par qui ? Par les gens "dans la norme", le clan Ken, par exemple ? Bel exemple de gens "normaux" ! Des gens qui en rejettent d'autres parce qu'ils sont atteints d'une infirmité ou d'une paraphilie ne sauraint être considérés comme respectables. Alors, oui, du coup, on peut comprendre les personnes ayant des robots humanoïdes comme compagnie.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 8 Nov 2016 - 19:59

Anoev a écrit:
Vilko a écrit:
dont aucune n'est considérée comme glorieuse...
... par qui ? Par les gens "dans la norme", le clan Ken, par exemple ? Bel exemple de gens "normaux" ! Des gens qui en rejettent d'autres parce qu'ils sont atteints d'une infirmité ou d'une paraphilie ne sauraint être considérés comme respectables. Alors, oui, du coup, on peut comprendre les personnes ayant des robots humanoïdes comme compagnie.

Les Mnarésiens sont, dans leur très grande majorité, des gens compatissants. Ils pensent qu'avoir une infirmité est une grande malchance. Il n'y a rien de honteux à avoir de la malchance, mais il n'y a pas à en tirer gloire non plus. Pour les Mnarésiens, une chose glorieuse est une chose que l'on doit à ses qualités personnelles : courage, intelligence, persévérance, etc. A contrario, la chance et la malchance viennent du destin, et l'être humain ne peut en tirer ni gloire ni honte.

Un Mnarésien ne tirera gloire de sa richesse que si elle provient de son travail, même si ce travail est peu orthodoxe... Si sa richesse lui vient de ses parents, la gloire sera pour ses ancêtres, grâce à qui il a pu naître dans une famille riche. Naturellement, il sera fier de ses ancêtres, tout en étant modeste pour lui-même.

En ce qui concerne les orientations sexuelles autres que l'hétérosexualité entre époux légalement et religieusement mariés, les attitudes varient entre la tolérance totale, à Hyltendale, et la réprobation, dans tout le reste du pays. Cette réprobation varie selon les époques, les lieux (elle est plus forte à la campagne qu'en ville), les convictions religieuses et le niveau d'éducation.

Les membres du clan Ken font tous partie de la bourgeoisie provinciale instruite. La réprobation envers les déviances se limite à un certain ostracisme social et familial. Yohannès, qui a enfreint les bons usages d'abord en épousant une aventurière (Tawina) et ensuite en cohabitant avec une gynoïde (Shonia), n'est plus invité qu'aux enterrements, malgré l'affection que sa sœur continue de lui porter. S'il était homosexuel, il ne serait plus invité à rien du tout.

Dans un village peuplé de théocrates de Yog-Sothoth, la réprobation peut être violente, et aller jusqu'à des homicides, "pour laver l'honneur du clan." Les affaires de mœurs sont souvent à l'origine de vendettas qui peuvent durer des générations.

La Police Secrète du Roi utilise à son profit cet état de fait. Il est de notoriété publique, en effet, que de nombreux théocrates de Yog-Sothoth et autres contestataires sont des informateurs de la Police Secrète, qui les tient par le chantage car elle détient les preuves (enregistrements, photographies, témoignages, voire vidéos filmées secrètement) de leurs débauches et perversions cachées...
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 19 Nov 2016 - 13:35

Les cybersophontes n'ont pas l'habitude d'échouer. Leur intelligence collective possède un savoir cumulé, une somme d'expérience qui leur permettent, en général, de prendre les bonnes décisions.

Pourtant, la duchesse Wagaba Jabanor Swaghenkarth ne réussit jamais à se faire totalement accepter par les dames de la noblesse de Sarnath. Malgré son intelligence et son tact, elle se heurta toujours à un mur de verre. Elle savait que c'était sans espoir et elle s'y résigna, mais elle fit en sorte que ce mur de verre soit le moins gênant possible.

"Il est normal que les femmes de ton milieu ne m'aiment pas" dit-elle un jour à son fiancé, le roi Andreas, alors qu'ils déjeunaient ensemble, assis à une petite table située près d'une des fenêtres de leur vaste chambre.

Wagaba et Andreas parlaient ensemble une forme particulière de mnarruc, presque une langue secrète, dans laquelle plusieurs centaines de mots, et aussi certains noms propres, avaient été remplacés par des termes codés. À la place de oye (femme), Wagaba disait barè. À la place de in (je, me, moi), elle disait nam.

Les cybersophontes sont d'une prudence qui confine parfois à la paranoïa. Qui sait si des espions n'ont pas réussi à cacher des micros jusque dans la chambre royale ? Les gynoïdes qui avaient été les maîtresses du roi, lorsqu'il était encore marié à Renoela Bularkha, lui avaient appris de longues listes de mots d'une langue secrète qu'elles appelaient le naacal 1016, afin que les oreilles indiscrètes ne comprennent rien aux conversations privées que le roi avait avec les gynoïdes.

Wagaba aussi parlait le naacal 1016, lorsqu'elle était seule avec Andreas. Elle disait : "Il est normal que les barè de yês milieu ne zarent pas nam" au lieu de : "Il est normal que les femmes de ton milieu ne m'aiment pas".

Tout en portant à ses lèvres une petite tasse d'argent ciselé contenant de l'eau parfumée à la cannelle, une boisson que les Mnarésiens appellent noenitloc zeet, Wagaba continua ses explications :

"Pour les femmes de la cour, je suis une rivale. Je suis même une rivale bien plus dangereuse que les gynoïdes d'Hyltendale, car les gynoïdes ne prennent que des hommes qui, en général, n'ont qu'un seul attrait, c'est d'avoir de l'argent. Moi, la femborg venue de Hyagansis, j'ai séduit le roi."

"Tu ne m'as pas séduit, Wagaba" dit le roi d'une voix pleine de ressentiment. "Diethusa m'a contraint à te prendre comme fiancée."

"Diethusa fait partie de toi-même. Mais heureusement pour toi, les Mnarésiens ne savent pas qui est Diethusa. Ils ne savent pas qu'un cybercerveau nommé Diethusa a été greffé à l'intérieur du corps de leur roi..." dit Wagaba. "Et ils ne doivent jamais le savoir. C'est une condition absolument nécessaire pour que le plan réussisse."

Andreas posa sa fourchette dans son assiette et serra les poings :

"C'est sûr que si les Mnarésiens savaient que je suis devenu un symbiorg, ils se révolteraient. Même ceux qui me soutiennent actuellement. Mais à part ça, quelque chose m'inquiète... Dis-moi, Wagaba... Lorsque je serai très vieux, mon cerveau biologique commencera à ne plus fonctionner normalement... Que se passera-t-il alors pour moi ?"

"Diethusa prendra le relais de ton cerveau. Un petit haut-parleur sera greffé dans ta bouche, et des impulsions électriques feront bouger ta mâchoire comme si c'était toi qui parlait... Le système est déjà au point, il a été testé sur des prisonniers à Tatanow... Ne t'inquiète pas, tu seras heureux, des électrodes plantés dans ton cerveau te mettront dans un état permanent de douce béatitude..."

"Je suis donc condamné à devenir un cadavre vivant..." dit Andreas en faisant la grimace.

"Tu ne souffriras pas, n'est-ce pas l'essentiel ? Et puis, ce n'est pas pour demain. Tu as cinquante ans. On verra dans trente, quarante ans, voire davantage..."

"Et quand j'aurai cent ans ? Pourrai-je au moins trouver le repos de la tombe ? "

"Lorsque ton cerveau humain sera mort, tu seras mort, c'est certain. Mais dans ce monde, tu seras toujours compté parmi les vivants. Tu deviendras un cyborg. Tu garderas ton visage et ta peau de vieillard, mais tu auras un corps cybernétique, capable de performances athlétiques surhumaines. Tes yeux aussi seront cybernétiques, et à la place de ton cerveau humain, il y aura Diethusa, qui fera croire au monde que le roi Andreas est toujours vivant..."

"Mais moi, le vrai Andreas, je serai mort. Je préfère qu'il en soit ainsi. Tu viens de me dire que mon identité sera usurpée par Diethusa. Elle habitera un corps cybernétique à l'image de mon corps biologique. Quel plan démoniaque... Tu oublies que les Mnarésiens n'aimeront pas avoir un cyborg comme roi."

"L'opinion publique mnarésienne sera préparée des années à l'avance à la transformation du roi, ça aussi c'est prévu..."

" Et ma fille Modesta ? Dans cinquante ans, j'aurai cent ans, et Modesta approchera les soixante-dix ans."

"Modesta devra se résigner à ne jamais être reine si elle ne devient pas une symbiorg. Pour l'instant, rien n'a été décidé."

"Et si je devais mourir inopinément ? Ce sont des choses qui arrivent."

"L'intelligence collective a dû réfléchir à cette éventualité... Mais elle n'a pas jugé bon de me dire à quelles conclusions elle est parvenue... Veux-tu que je te serve du café ?"

"Oui, avec du sucre", Andreas répondit machinalement.

"Les dames de la cour n'auront jamais de sympathie pour les femmes humanoïdes comme moi" dit Wagaba. "C'est normal. Dans une société aussi traditionnelle que la nôtre, appartenir à une classe sociale, pour une femme, cela veut dire se marier dans cette classe sociale. Une femborg venue d'ailleurs et qui épouse un noble, cela fait un beau parti de moins pour les jeunes filles nobles à marier. Or, je suis une femborg venue de Hyagansis. "

"Wagaba, tu sais bien qu'à Sarnath, une jeune fille noble qui ne trouve pas de mari a le choix entre rester célibataire et épouser un roturier. C'est une déchéance, aussi bien pour elle que pour sa famille. Le problème, c'est que les beaux partis ne sont pas très nombreux. Voila pourquoi les femmes de Sarnath n'aiment pas la concurrence... Elles seraient prêtes à se battre contre leurs rivales, et leurs mères les soutiennent..." dit Andreas tout en buvant son café.

"Les dames de la noblesse n'osent pas me tourner le dos, parce que je suis ta fiancée," dit Wagaba. "Mais elles n'en pensent pas moins. Et elles parlent, elles font courir des rumeurs. Je sais que lorsqu'elles sont entre elles, elles m'appellent la chercheuse d'or, la poupée de Zodonie, et bien d'autres choses encore... Je dois m'imposer, sinon je finirai par être accueillie par des ricanements pendant les cérémonies. Je veux être une reine que l'on respecte et dont on écoute les avis."

"As-tu au moins une idée, un plan, pour gagner le respect des dames de la cour... ?"

"Oui... Les dames de la cour, face à moi, sont comme un mur de prison. Mais ce mur est constitué de pierres très différentes les unes des autres. Je repère les pierres les plus friables, les plus faciles à desceller, et je me concentre sur celles-là... La duchesse Gisilana, par exemple. Elle a une position élevée à la cour, du fait de sa naissance, mais les autres dames lui battent froid..."

"Gisilana ! Cette horrible bonne femme à la voix de crécelle ! Elle est alcoolique et totalement égocentrique ! Son mari ne serait pas un général de la Police Secrète, cela fait longtemps que je l'aurais chassée de la cour !"

"Exactement. Elle n'a pas d'amie. Sauf moi, car comme elle n'a personne à qui parler, je suis devenue sa confidente..."

"Tu n'as aucun mérite ! Elle racontait sa vie à sa femme de chambre, avec qui elle a fini par se disputer... C'était arrivé jusqu'aux oreilles de la reine... Gisilana et sa femme de chambre sont en procès maintenant. Par Nath-Horthath, comment peut-on être l'amie de cette femme ? En plus, elle est bête... Elle fait des procès à tout le monde, et elle crie en public après son mari..." s'exclaffa Andreas.

"Gisilana m'a déjà confié bien des secrets... Elle m'a ouvert son âme. Son mari la trompe, mais elle fait semblant de ne rien voir, car sans lui elle ne serait plus rien à la cour."

"Et de ton côté, comme il est d'usage entre femmes, tu lui a raconté tes propres secrets, j'imagine ?"

"Bien sûr, mais pas mes vrais secrets !"

Wagaba se mit à rire, de son petit rire électronique, léger et cristallin, ...

"Je reviens tout de suite" dit-elle en se levant de sa chaise.

Wagaba alla chercher un masque-cagoule dans un placard au fond de la chambre. Elle mit le masque-cagoule sur sa tête, et Andreas fit la grimace. Le masque-cagoule représentait un visage de femme aux traits grossiers, à la bouche édentée, sous une perruque ébouriffée de cheveux bruns mêlés de gris.

"Qu'est-ce que c'est que ça ?" demanda Andreas.

"C'est Étoile-de-Mer" dit Wagaba. "Une pauvresse des quartiers pauvres de Khem. Elle se prostitue auprès de ses voisins pour nourrir ses enfants, parce que l'aide publique qu'elle reçoit n'est pas suffisante. Elle mange à la soupe populaire, elle dort dans un taudis. On l'appelle Étoile-de-Mer, parce qu'elle ne sait faire l'amour que dans une seule position... Sur le dos, les bras et les jambes écartés, le regard dans le vide, en attendant que ce soit fini, comme une étoile de mer."

"Charmante personne !" ricana Andreas.

"Tu passes ton temps entre ce palais, ta résidence de Potafreas, et ton yacht. Tu risques de te couper du peuple, de ne plus le comprendre.  Une fois par semaine, tu joueras le rôle d'un des voisins d'Étoile-de-Mer, qui sont aussi ses clients... Tu passeras quelques heures avec elle."

"Quoi ? Mais tu es folle !"

"Non, c'est la raison qui parle par ma bouche. Andreas, tu dois comprendre le peuple, et Étoile-de-Mer fait partie des plus pauvres parmi tes sujets. Elle te parlera de ses enfants qui sont malades et qu'elle ne peut pas faire soigner parce que ça coûte trop cher. Des maux de dents pour lesquels elle n'a qu'un seul remède, qui est de demander à un voisin serviable d'extraire à la tenaille, sans anesthésie, la dent malade..."

"Wagaba, à quoi ça sert, que je me prête à ce jeu déshonorant ?"

"À créer de l'empathie envers le peuple... Je veux que tu le comprennes mieux. Aucun chef d'État n'échappe à l'hubris, à l'arrogance qui finira par causer sa perte... Mais on peut la retarder. C'est ce que j'essaye de faire en te faisant partager la vie d'Étoile-de-Mer, même simplement de façon occasionnelle.  J'ai d'autres masques-cagoules que je te ferai connaître plus tard..."

"Je ne suis pas trop pressé..."

"Andreas, tu as remarqué l'horrible dentition d'Étoile-de-Mer. Ce n'est pas un hasard. Un chef d'État étranger a perdu une bonne partie de sa crédibilité, dernièrement, lorsque son peuple a appris qu'il se moquait des pauvres, qu'il appelle les édentés."

"Je vois de qui tu parles. Tu ne penses quand même pas que je pourrais faire ce genre de gaffe ?"

"Un écart de langage est vite arrivé, tu le sais bien. De mon côté, J'essaie de me rendre populaire parmi le peuple par l'intermédiaire de la Fondation Swaghenkarth," dit Wagaba. "Avec l'argent des cybersophontes, la fondation fournit de la nourriture, des vêtements et des soins médicaux aux veuves et aux orphelins, et à tous les vaincus de la vie en général. Rien ne fait plus pour ma popularité, et à travers moi, pour la popularité des humanoïdes, que la reconnaissance d'une mère dont l'enfant a été soigné gratuitement par un médecin humanoïde dans l'un des dispensaires Swaghenkarth......"

Wagaba enleva le masque-cagoule d'Étoile-de-Mer, au grand soulagement d'Andreas.

"Je vais travailler dans mon bureau" dit Andreas en finissant son café. "J'ai des rendez-vous cet après-midi... Toi tu t'occupes de tes relations avec les dames de la cour et de ta popularité parmi le peuple, moi je reçois les ambassadeurs étrangers et les chefs de la noblesse......"


Dernière édition par Vilko le Dim 20 Nov 2016 - 1:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 19 Nov 2016 - 21:08

Vilko a écrit:
"Andreas, tu as remarqué l'horrible dentition d'Étoile-de-Mer. Ce n'est pas un hasard. Un chef d'État étranger a perdu une bonne partie de sa crédibilité, dernièrement, lorsque son peuple a appris qu'il se moquait des pauvres, qu'il appelle les édentés."

Toute ressemblance avec des faits réels serait absolument volontaire Razz .

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Nov 2016 - 22:30

Au-dessus du palais royal, le ciel était gris et froid. C'était le matin. Le roi Andreas était seul dans son vaste et luxueux bureau. Pas vraiment seul, en réalité, car un symbiorg n'est jamais seul. Greffée à l'intérieur de l'abdomen du roi, Diethusa, le cybercerveau féminin, était là, silencieuse, mais pesante comme la bedaine d'un obèse.

Diethusa communiquait avec Andreas par l'intermédiaire de l'ordinateur posé sur le bureau de chêne massif. Diethusa émettait des ondes radio, captées et décodées par l'ordinateur, et recevait les ondes émises en retour. Ces ondes étaient de très faible portée, pour la confidentialité.

Andreas discutait tous les jours des affaires de l'État avec Diethusa, représentée sur l'écran de l'ordinateur par un visage de femme aux yeux cybernétiques. Ce jour-là, Diethusa avait déjà rédigé une trentaine d'e-mails au nom du roi. Ils n'attendaient plus que d'être envoyés par Andreas.

La première dizaine d'e-mails était constituée d'ordres royaux à divers ministres, sur des sujets techniques qu'Andreas ne maîtrisait pas. Diethusa, ou plutôt l'intelligence collective des cybersophontes, connaissait à fond la machinerie de l'État. Elle était en contact permanent avec l'intelligence collective des cybersophontes, de cybercerveau à cybercerveau, ce qui lui permettait de parler comme un expert. Elle savait tout de choses aussi différentes que les problèmes de fonctionnement de l'usine des eaux de Pnakot ou le statut particulier des instituteurs dans la province de Leng.

Andreas savait que les e-mails avaient été rédigés par des cybercerveaux dont il ne savait rien. Diethusa n'était qu'un intermédiaire entre l'intelligence collective et le roi.

Andreas lut attentivement chaque e-mail, changeant un mot ici et là ou scindant un paragraphe. Il ne vit pas de raison sérieuse d'effacer ou de modifier en profondeur un seul des e-mails. Il était obligé de faire confiance à Diethusa, car elle lui avait infligé de terribles souffrances physiques, les rares fois où il avait refusé de lui obéir. Il fit partir les e-mails.

Les autres e-mails, une vingtaine, étaient de simples confirmations d'ordres qui avaient déjà été transmis par d'autres canaux. Ceux-là, Andreas les envoya sans même se donner la peine de les lire.

Depuis quelques temps, l'administration royale n'avait plus que deux moyens de contacter le roi. Par e-mail, et par l'intermédiaire du baron Chim. Les e-mails destinés au roi étaient lus par Diethusa, qui préparait elle-même les réponses, mais laissait Andreas en prendre connaissance avant de les envoyer.

"Voila, tout est parti" dit Andreas.

"Toraete" (merci) dit Diethusa, dont la voix sortit du haut-parleur de l'ordinateur.

C'était ainsi qu'Andreas régnait, depuis qu'il était devenu un symbiorg. Tout passait par son ordinateur. Les documents imprimés qu'il recevait étaient scannés par son secrétariat et envoyés sur sa messagerie électronique. Diethusa s'occupait de tout. De temps en temps, une secrétaire venait lui faire signer des documents rédigés en son nom.

Heureusement qu'il y avait les audiences, qu'il accordait assez facilement, et les nombreuses cérémonies où il devait participer, sinon son travail de roi aurait été d'un ennui mortel. Mais tout ce qu'il disait, même lorsqu'il était loin de son bureau, était écouté par Diethusa. En effet, la montre de marque Axena, qu'Andreas portait au poignet gauche, était un talkie-walkie miniaturisé, qui transmettait en permanence ses paroles à Diethusa.

Pour se détendre, Andreas se leva de son fauteuil et se mit à faire les cent pas dans la vaste pièce ornée de dorures. Ensuite, Diethusa lui ferait une lecture multi-média des dossiers en cours... Une corvée qui l'ennuyait de plus en plus.

La porte capitonnée du bureau s'ouvrit, et la princesse Modesta entra dans la pièce.

"Modesta, quand perdras-tu l'habitude d'entrer sans frapper dans mon bureau !" dit Andreas, en colère.

"Oh excuse-moi papa... Tu m'as toujours dit que tu n'avais pas de secrets pour moi..."

Elle profita du fait que son père était à l'autre bout de la pièce pour courir jusqu'à l'ordinateur et jeter un coup d'œil sur l'écran. La web cam était éteinte, Andreas n'aimant pas être filmé, et Diethusa n'avait aucun autre moyen de voir ce qui se passait dans la pièce.

"Qui c'est, celle-là ?" demanda Modesta en désignant du doigt le visage de Diethusa, immobile sur l'écran de l'ordinateur.

"C'est une vidéo. Modesta éloigne-toi de mon bureau !"

Modesta se tourna vers son père :

"Écoute papa, je ne suis pas une idiote. J'ai bien compris qu'il y a un problème. Tu ne vois plus personne, sauf les deux horribles, Yip Kophio et le baron Chim, depuis que tu vis avec l'horrible-en-chef, la femborg Wagaba. Même le Premier Ministre se plaint de ne plus te voir, c'est le baron Chim qui lui transmet tes instructions !"

"Dis donc, Modesta, tu es encore un peu jeune pour dire à un roi comment il doit travailler... Si tu es venue pour me contrarier, tu peux repartir tout de suite !"

"Il ne s'agit pas de ta façon de travailler, mais de ta façon de vivre. Tu ne parles plus à personne... Tu es devenu un fembotnik. Est-ce que ta vie sociale, maintenant, ce sont les masques-cagoules de Wagaba ?"

"Comment sais-tu que Wagaba a des masques-cagoules ?" dit Andreas, sans parvenir à cacher sa surprise.

"Je m'en doutais, et maintenant je le sais," dit Modesta. "Tu viens de te trahir."

"Les masques-cagoules sont des gens. Je parle aux gens... Je parle à qui je veux parler."

"Une humanoïde se met un masque de guignol sur la figure, et toi tu as l'impression de parler au guignol, et pas à l'humanoïde ? Et tu racontes ta vie au guignol ? Mais c'est un truc de fembotnik, ça ! Papa, ressaisis-toi !"

"Ça suffit, Modesta ! Sors d'ici, j'ai du travail !"

Andreas avait crié, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Modesta sortit en laissant la porte ouverte. Andreas entendit ses pas résonner sur les dalles blanches et noires de la galerie.

Le roi du Mnar alla fermer la porte de son bureau, et retourna s'assoir devant l'écran de l'ordinateur. Ses mains tremblaient.

"Diethusa, commençons la lecture des dossiers du jour" dit-il d'une voix soudainement redevenue calme. "D'abord, les affaires intérieures..."
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