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 Les fembotniks

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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 1:23

Y a un truc que j'comprends pas vraiment, Quel est le système d'exploitation mnarésien ? La plupart des ordinateurs d'entreprises aneuviennes fonctionnent avec le LEQNE XIV, un système qui est vraiment propre à l'Aneuf. Les virus, vers et chevaux de Troie envoyés par le NSA pour s'attaquer aux ordinateurs aneuviens dirigés par ce système sont sans effet. Au mieux, les fichiers infectés ne peuvent pas être ouverts. Comment Agàth a pu "ouvrir" cette clé uhesbée ? Même quelqu'un qui l'aurait ouvert à son insu n'aurait pas pu rentrer dedans. Agàth est la seule à connaître son mot de passe, un mot de 17 caractère avec des ¤, des ל, des ∞ et j'en passe. Si c'était Zhæm qui lui avait remise, elle se serait méfiée plutôt deux fois qu'une. De plus Agàth n'a lancé aucune cabale contre Zhæm, elle est tombée par hasard sur son blogue. Si Zhæm avait été aussi naïf, il n'aurait pas attaqué son entreprise sur son blogue, sachant pertinemment que la concurrence allait se jeter d'ssus comme un chien affamé sur un os. Il savait très bien ce qu'il faisait. Il avait dénoncé publiquement la "prise de pouvoir" par des femmes sur Somýropa, alors que celles-ci, même si elles sont majoritaires dans l'encadrement, elles ne prennent pas toutes les décisions : celles-ci sont prises de manière collégiale. Et pour les plus sensibles, à bulletin secret. Ça me parait quand même curieux qu'Agàth, extrêmement tatillonne, surtout depuis que Zhæm était dans les parages, se soit laissé aller à une telle distraction.  Ça ne tient pas debout. Ce qui ne tient pas non plus, c'est l'excellente relation professionnelle entre lui et Natali, vu que c'est un misogyne comme on en fait peu, du moins en Aneuf, y compris au sud. En plus, Agàth n'est pas de ces féministes européennes ou étasuniennes qui dérapent à longueur de journée dès qu'elles ont un homme dans l'collimateur. Elle ne pique pas, comme on pourrait dire, des "colères de grognasses", c'est un cerveau, rien qu'un cerveau, on pourrait dire. Elle fait un, non seulement avec l'ordinateur de son bureau, mais aussi avec le système central de Somýropa. Si Zhæm était invirable, Agàth, c'est un véritable pilier dans la boîte. Certains disent même qu'elle a permis le passage de LEQNE XIII à LEQNE XIV* dans les bécanes de Somýropa. D'autres disent que Somýropa tient par elle. Mais le plus étonnant, dans l'histoire, c'est qu'elle n'a jamais la grosse tête, malgré ses facultés immenses. Elle défend ses positions, certes, mais quand elle est minoritaire, elle s'efface et suit les directives du plus grand nombre. Bref : le caractère opposé de Zhæm, extrêmement imbu de lui-même. Mais si celui-ci a été mis au ban et par la suite déplacé, c'est pas suite à une décision arbitraire d'Agàth, mais par un vote. Alors, c'est vrai qu'elle a mis, comme on dit, son poids dans la balance. Mais si la majorité, pour étrange que ça pût paraître, avait soutenu Zhæm, elle aurait laissé courir et ne se serait pas exclamée «Æt • od da od eg!».


*On dit aussi qu'elle aurait participé à l'amélioration de LEQNE et son passage à la version XIV.

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 12:11

Anoev a écrit:
Y a un truc que j'comprends pas vraiment, Quel est le système d'exploitation mnarésien ?

Linux, comme en Corée du Nord : c'est gratuit et en logiciel libre, ce qui signifie que les services secrets américains n'ont pas pu y installer de backdoors...

Les chevaux de Troie installés par Zhæm dans le système informatique de Somýropa ont été créés "sur mesure" pour LEQNE XIV par les cybersophontes, grâce aux informations que Zhæm avait données à Virna.

Anoev a écrit:
Agàth est la seule à connaître son mot de passe, un mot de 17 caractère avec des ¤, des ל, des ∞ et j'en passe.

C'est pourquoi, comme je l'ai dit, Agatha a désactivé son mot de passe, pour ne pas avoir à le retaper à chaque fois... Fatale erreur, qui lui a coûté son emploi.

J'ai connu des gens qui désactivaient leur mot de passe, sur leur ordinateur de bureau, pour ne pas s'embêter à le retaper tous les jours. Pourtant, ils avaient des données confidentielles dessus.

Un exemple illustre : Hillary Clinton, qui n'a jamais voulu s'embêter à mémoriser un mot de passe sur un ordinateur, quand elle était Secretary of State (ministre des Affaires Étrangères) des États-Unis. (lien, en anglais)

Il y aura toujours des gens qui penseront, comme Hillary Clinton, que les mesures de sécurité, c'est pour les subalternes...

Anoev a écrit:
Ce qui ne tient pas non plus, c'est l'excellente relation professionnelle entre lui et Natali, vu que c'est un misogyne comme on en fait peu, du moins en Aneuf, y compris au sud.

Zhæm pense que les différences biologiques entre les hommes et les femmes sont la raison majeure pour laquelle elles sont moins nombreuses que les hommes dans l'informatique, la physique et les mathématiques. C'est ce qu'il a écrit dans son texte. Ce n'est pas être misogyne que de penser cela. D'ailleurs, beaucoup de femmes le pensent aussi.

Par exemple, il a été constaté maintes fois, et de façon constante, que les filles sont meilleures en expression orale que les garçons, mais qu'elles ont une moins bonne aptitude à se représenter mentalement un objet en trois volumes. Le biologique a donc des incidences sur le cérébral. C'est parfois à l'avantage des femmes : elles sont plus douées que les hommes, en moyenne, pour faire plusieurs choses en même temps, et pour l'expression orale. Ce n'est pas être misogyne que de constater des faits.

Natali se trouve dans une situation que j'ai vue plusieurs fois dans ma vie professionnelle. Elle manque de charisme, alors qu'elle doit gérer un service. C'est pourquoi elle compense son manque d'autorité par l'astuce (certains diraient, par la manipulation). Natali a mis Zhæm de son côté. De plus, comme les collègues de Zhæm ne lui parlent pas, il ne risque pas de se retourner contre elle. Elle est donc sure d'avoir au moins un allié au cas où elle aurait des problèmes d'autorité dans son service (ce qui finira bien par arriver).

Natali a ainsi évalué chacun de ses subordonnés (qui étaient auparavant ses égaux). Sa grande crainte, c'est que son manque d'autorité soit révélé. Si cela arrive, elle sera impitoyable (je l'ai vu dans la vie réelle). Paradoxalement, celui qui risque le moins de se faire virer du service dirigé par Natali, c'est Zhæm... Du moins, tant qu'il "joue le jeu" avec elle.

Natali est manipulatrice avec Zhæm, et ce dernier le voit bien. Mais, aussi "imbu de lui-même" qu'il soit, il sait que c'est à leur avantage respectif, donc il "joue le jeu".

Bien sûr, Natali est tout aussi manipulatrice avec ses autres collègues. Par exemple, vis-à-vis de ceux qui ne juraient que par Agatha, elle fait en sorte d'être vue comme une deuxième Agatha. Elle travaille de la même façon qu'elle, et ceux qui étaient bien vus par Agatha le sont aussi (apparemment) par Natali. Ceux qui étaient mal vus, comme Zhæm, savent qu'avec Natali ils ont une deuxième chance.

Anoev a écrit:
En plus, Agàth n'est pas de ces féministes européennes ou étasuniennes qui dérapent à longueur de journée dès qu'elles ont un homme dans l'collimateur. Elle ne pique pas, comme on pourrait dire, des "colères de grognasses", c'est un cerveau, rien qu'un cerveau, on pourrait dire.

Les vraies féministes sont avant tout des cerveaux. Leur objectif est d'obtenir un maximum d'avantages pour les femmes. Leurs colères, aussi impressionnantes soient-elles, sont contrôlées. Ces colères ont toujours pour but de permettre aux féministes d'obtenir quelque chose à laquelle elles n'auraient normalement pas droit.

Les féministes à tempérament volcanique sont semblables à Jésus-Christ lorsqu'il s'est mis en colère contre les marchands du temple. Sa colère (feinte) avait pour but de virer les marchands d'un endroit où il estimait qu'ils n'avaient rien à faire. Et ça a marché. Les marchands sont partis, alors que, si l'on y réfléchit bien, Jésus n'avait aucune autorité légale pour les chasser. (lien)

Anoev a écrit:
Elle défend ses positions, certes, mais quand elle est minoritaire, elle s'efface et suit les directives du plus grand nombre. Bref  : le caractère opposé de Zhæm, extrêmement imbu de lui-même.

Zhæm répondrait que garder ses convictions et ne pas suivre la foule, ce n'est pas être imbu de soi-même, c'est être un homme libre. Il pourrait citer Soljénitsine, ou Galilée, qui n'a pas renié ses idées héliocentriques, à une époque où presque tout le monde pensait que c'était le soleil qui tournait autour de la Terre. Au final, ce sont Soljénitsine et Galilée qui ont eu raison.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 12:37

Bref : Zhæm a fait non seulement de l'espionnage au profit du Mnar, mais également du sabotage. Ce qui lui vaudra, si c'est découvert, d'être révoqué avec perte et fracas.

Par ailleurs LEQNE est suffisamment différent de LINUX pour que les virus de Linux soient inopérant sur les machines Leqne. Même si Agàth, un peu pressée ce jour là (et encore ! contourner la procédure du mot de passe prend quasiment autant de temps que de l'introduire : ne marche que (pour une raison que je ne connais pas, n'étant pas calé dans l'domaine) si le bon mot de passe ne permet pas d'ouvrir le Bureau) contourne le MP, les programmes infectés de la clé uhesbée ne pourront pas s'ouvrir, il prendront une place inhabituelle, c'est tout, ce qui va éveiller la suspicion d'Agàth.


Ah, au fait, je le répète (puisque tu as l'air d'avoir Agàth dans l'nez (peut-être pour toi la réplique aneuvienne de quelqu'un que tu as fréquenté au boulot, mais l'Aneuf n'est pas le Mnar)), Agàth n'a rien, mais alors rien du tout d'une féministe. Elle aime bien travailler avec des hommes, et pas seulement quand ce sont des subordonnés. Du reste, avant que Zhæm débloquât, les rapports étaient assez bon : pas au point d'êtres amicaux, certes, mais c'était du travail en harmonie. Sauf peut-être deux ou trois semaine avant la parution du blogue. Zhæm avait outrepassé une décision admise par la majorité, il avait été recadré et Agàth ne n'avait pas défendu, sachant qu'il avait tort. Depuis lors, les rapports professionnels s'étaient raffraîchis et p'is... il y a eu le blogue. Bien plus vindicatif qu'une simple "étude comportementale".

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 14:17

Anoev a écrit:
Bref : Zhæm a fait non seulement de l'espionnage au profit du Mnar, mais également du sabotage. Ce qui lui vaudra, si c'est découvert, d'être révoqué avec perte et fracas.

Une des raisons pour lesquelles, dans une entreprise bien gérée, le harcèlement est interdit, c'est que le harcelé finit par avoir envie de se venger.

Zhæm a fait perdre son emploi à Agatha, et potentiellement perdre des centaines de millions de dollars de chiffres d'affaires à Somýropa.

Mais, comme l'a dit Zhæm à Virna, lors d'une de leurs conversations sur l'oreiller :

"Ces cons-là me pourrissent la vie depuis quatre ans. Ils font tout pour me faire craquer. Ils m'ont mis au bord de la dépression nerveuse. Ils ont essayé de me faire perdre mon emploi et de me réduire à la misère. À cause des augmentations et des promotions que je n'ai pas eues, j'ai perdu plusieurs dizaines de milliers de vire, que j'aurais gagnés si je n'étais pas sur la liste noire. J'ai envie de démissionner avant de craquer pour de bon..."

Elle lui avait répondu :

"Zhæm, tu dois avoir la force de haïr ceux qui te font du mal. C'est ta vie qui est en jeu, tu n'as pas à avoir de scrupules, car tu n'es pas dans une situation normale. De plus, tu n'as fait qu'écrire ce que tu pensais, et tu l'as fait dans les formes, en te basant sur des arguments rationnels. Ce sont eux les méchants. Tu dois sauver ta santé mentale. Ils sont en train de te détruire, bordel ! Défends-toi ! Fais-leur du mal, à eux aussi !"

"Je ne sais pas comment faire... Et puis, rendre le mal pour le mal, c'est contraire à la religion de mes parents."

"Tant que celui qui t'as fait du mal ne s'est pas repenti, tu as le devoir te défendre. Zhæm, c'est ta vie qui est en jeu ! Ces gens-là te veulent vraiment du mal ! Allez, on va essayer de trouver une solution tous les deux. Explique-moi comment c'est, Somýropa... Comment fonctionne leur réseau informatique, comment on y accède..."

Anoev a écrit:
Par ailleurs LEQNE est suffisamment différent de LINUX pour que les virus de Linux soient inopérant sur les machines Leqne.

Dans notre monde, la plupart des hackers utilisent Linux. Mais ils testent sous Windows les virus qu'ils ont créés sous Linux pour infecter des ordinateurs tournant sous Windows. Les hackers cybersophontes du Mnar utilisent Linux, mais ils ont aussi des machines tournant sous Leqne, pour tester les chevaux de Troie qu'ils créent pour infecter les ordinateurs aneuviens.

Anoev a écrit:
contourner la procédure du mot de passe prend quasiment autant de temps que de l'introduire

Désactiver le mot de passe d'un ordinateur ne prend que quelques clics, et la désactivation est permanente.

Anoev a écrit:
Agàth n'a rien, mais alors rien du tout d'une féministe. Elle aime bien travailler avec des hommes, et pas seulement quand ce sont des subordonnés.

Sans doute, mais n'oublions pas dans quelles circonstances Zhæm s'est retrouvé dans son service :

Anoev a écrit:
Après une enquête discrète et précise, l'éventuel Zhæm Klimen n'aurait certes pas été renvoyé, mais il aurait peut-être muté dans un service où le pourcentage du beau sexe aurait été nettement plus important, et il aurait peut-être été amené à être aux ordres d'une femme. Laquelle aurait, bien sûr, été au courant de ce fameux blog (sans doute d'ailleurs, l'aurait-elle épluché de Q jusqu'à Ψ). Certes, sa vie professionnelle n'aurait pas été celle d'un certain nombre de responsables intermédiaires d'entreprises occidentales (harcèlement moral, burn-out et j'en passe), mais tôt ou tard, il aurait fini par craquer et demander sa démission, ou bien sa mutation vers un poste inférieur. Avant ça, il serait dans un bureau un peu plus grand qu'un placard où il s'étiolerait, ses collègues féminines, mais aussi masculins se tairaient et poufferaient à son passage, il n'aurait plus de subordonné(e)s à qui donner des ordres. Bref : une vie professionnelle de m... Ses ex-subordonnés deviendraient ses égaux, puis ses supérieurs, et il végéterait, là... regrettant mais un peu tard, et méditant sur ce proverbe latin : VERBA VOLANT SCRIPTA MANENT.

Le rôle d'Agatha — qu'elle avait accepté — était de pourrir la vie de Zhæm jusqu'à ce qu'il craque. Elle aurait pu se dispenser de jouer ce rôle.

Il m'est arrivé une fois, dans ma vie professionnelle, qu'on me demande de jouer le rôle d'Agatha. J'ai fait le contraire de ce qu'on me demandait, en aidant la collègue à remonter la pente. Évidemment, cela a déplu à ma hiérarchie.

À l'inverse, j'ai connu deux Agatha. L'une d'elles avait accueilli un "puni" en lui disant : "Tu n'es pas le bienvenu ici." Ce à quoi il avait répondu : "Ça tombe bien, puisque je ne suis pas volontaire." Ambiance... Ces deux dames n'étaient d'ailleurs pas antipathiques, du moins avec ceux qui ne travaillaient pas avec elles. Mais très égocentriques, focalisées sur leur carrière personnelle et rien d'autre.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 18:15

Vilko a écrit:
Zhæm a fait perdre son emploi à Agatha, et potentiellement perdre des centaines de millions de dollars de chiffres d'affaires à Somýropa.
Toute l'entreprise s'est mise ent debout pour soutenir Agàth. Ils ont tous été témoins que c'est Zhæm qui a lancé les hostilités avec son blogue imprécateur.

Vilko a écrit:
Dans notre monde, la plupart des hackers utilisent Linux.
Oui, mais pas dans ce monde-ci... Monde dans lequel on entre après avoir franchi une porte situé au sixième étage de l'aérogare de Frankfurt/M dans la Hesse (Allemagne). Le problème, on le verra quand j'aurai fini l'histoire de Georges Lamprault, c'est que celui-ci sera incapable de lire sur son ordinateur (pouvant marcher sous Ubuntu et Windows) les photos prises avec son appareil photo Haxvag. Cruelle déconvenue !

Vilko a écrit:
Mais ils testent sous Windows les virus qu'ils ont créés sous Linux pour infecter des ordinateurs tournant sous Windows. Les hackers cybersophontes du Mnar utilisent Linux, mais ils ont aussi des machines tournant sous Leqne, pour tester les chevaux de Troie qu'ils créent pour infecter les ordinateurs aneuviens
Tiens donc ! moi qui croyais que Linux mettait ses utilisateurs à l'abri des virus (ou du moins la plupupart d'entre eux).

Vilko a écrit:
Désactiver le mot de passe d'un ordinateur ne prend que quelques clics, et la désactivation est permanente.
Eh bien ça, tu vois, c'est une bonne raison qui dissuaderait Agàth de désactiver le sien. Comme c'est la principale resposable de la sécurité informatique de la boite, la sécurité, c'est sa raison d'être, donc elle ne ferait jamais un truc pareil : bien au contraire, son job est de créer des clés encore plus inviolables. Désactiver une clé, dans son cas, c'est comme de faire rouler son train à 180 à l'heure dans le faisceau d'entrée de la gare du nord  (ou de Santiago de Compostella, en Galice) pour un conducteur de train à grande vitesse. C'est mêm'pas pensable.

Vilko a écrit:
Sans doute, mais n'oublions pas dans quelles circonstances Zhæm s'est retrouvé dans son service
Il s'est r'trouvé à ses ordres par sa faute à lui. Agàth n'a même pas eu à le harceler (comme on harcèle un employé dans nos boîtes : cf La Poste, Renault et j'en passe) pour qu'il fasse ce qu'il a fait. Son ego s'est trouvé entaché parce qu'il s'est trouvé aux ordres directs d'une femme, suite à son blogue, et il ne l'a même pas supporté. Agàth n'a rien fait de particulier, mais Zhæm cherchait le conflit à la moindre occasion, il a donc été isolé parce que c'est lui qui pourrissait l'ambiance.


Vilko a écrit:
À l'inverse, j'ai connu deux Agatha. L'une d'elles avait accueilli un "puni" en lui disant : "Tu n'es pas le bienvenu ici." Ce à quoi il avait répondu : "Ça tombe bien, puisque je ne suis pas volontaire." Ambiance... Ces deux dames n'étaient d'ailleurs pas antipathiques, du moins avec ceux qui ne travaillaient pas avec elles. Mais très égocentriques, focalisées sur leur carrière personnelle et rien d'autre.
Pas du tout la personnalité de l'Agàth aneuvienne. Elle s'est bien gardée de tout triomphalisme et l'a traité le plus naturellement possible, mais lui, ça l'a mortifié.

Alors Zhæm a bien pu raconter ce qu'il voulait à sa gynoïde de charme pendant qu'il trahissait Somýropa, c'est UNIQUEMENT sa version des faits qu'il racontait. Quand les ordinateurs auront été analysés et réparées, les analyses, elles, parleront*. Agàth n'est jamais allée au Mnar, elle n'a jamais eu de relation avec un quelconque représentant de ce pays, Zhæm, si. Si jamais il est seulement soupçonné suite à ces analyses, alors là, le harcèlement commencera : souterrain, insidieux, des filatures entre chez lui et Somýropa, une surveillance de tous les instants, y compris de la part de Natàli, qui jouerait, en face de lui, le rôle de l'alliée compatissante, mais qui surveillerait ses moindres conversations par dialogue télématique (Kothokùd, l'équivalent aneuvien de Skype). Et, un beau jour, le fruit, complètement véreux, tombera de lui-même. Et tout sera étalé, y compris le rôle de personnages mnarésiens dans cette sombre histoire.

Les cadres supérieurs de Somýropa subodorent des trucs pas clairs. Il est possible qu'Agàth soit un temps éloignée, pour donner le change, pour faire diversion. Mais quand on aura appris le fin mot de l'histoire (certains s'imaginent déjà que ce seraient les cybersophontes qui auraient demandé à Zhæm de publier l'article vindicatif sur son blogue, mais là, ce ne sont que pures spéculations), tout rentrera dans l'ordre : Agàth rentrera de nouveau par la grande porte, et Zhæm, cette fois-ci révoqué, sortira par la petite.



*Si je ne m'abuse, une clé uhesbée, même formatée, on peut éventuellement savoir d'où elle vient. Déjà qu'Agàth ne met pas n'importe quelle clé dans sa bécane, alors tu pense bien ! une clé inconnue. Et si en plus on parvient à savoir qu'elle a été fabriquée dans un pays où il y existe une puissance occulte cybernétique...

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 22:40

Anoev a écrit:
Le problème, on le verra quand j'aurai fini l'histoire de Georges Lamprault, c'est que celui-ci sera incapable de lire sur son ordinateur (pouvant marcher sous Ubuntu et Windows) les photos prises avec son appareil photo Haxvag. Cruelle déconvenue !

Si les photos prises avec un appareil Haxvag ne sont pas lisibles sous Ubuntu ou Windows, c'est que Haxvag a créé son propre format numérique. Haxvag n'a donc pas envie de vendre des appareils en dehors de l'Aneuf ?

Anoev a écrit:
Tiens donc ! moi qui croyais que Linux mettait ses utilisateurs à l'abri des virus (ou du moins la plupart d'entre eux).

Ne pas confondre créer un virus (simple travail de codage informatique) et être infecté par un virus.

Anoev a écrit:
Eh bien ça, tu vois, c'est une bonne raison qui dissuaderait Agàth de désactiver le sien. Comme c'est la principale responsable de la sécurité informatique de la boite, la sécurité, c'est sa raison d'être, donc elle ne ferait jamais un truc pareil : bien au contraire, son job est de créer des clés encore plus inviolables.

Hillary Clinton, dont la sécurité des 330 millions d'Américains est censée être la raison d'être, a désactivé le mot de passe de son ordinateur, alors qu'elle savait pertinemment qu'elle était visée par les hackers russes, nord-coréens, chinois, iraniens, et j'en passe, tous plus redoutables les uns que les autres. Agathe, c'est la Hillary Clinton de Somýropa. Eh oui, même les gens très intelligents et très compétents ont leurs faiblesses...

Anoev a écrit:
Vilko a écrit:
Sans doute, mais n'oublions pas dans quelles circonstances Zhæm s'est retrouvé dans son service
Il s'est r'trouvé à ses ordres par sa faute à lui.

C'est vrai. Il aurait dû savoir qu'exprimer une opinion non-conforme est considéré comme une faute chez Somýropa. Il a fait la même erreur que Galilée et Soljénitsine.

Anoev a écrit:
Quand les ordinateurs auront été analysés et réparés, les analyses, elles, parleront.

Les analystes verront que les virus sont de type Stuxnet, donc a priori plutôt américains que mnarésiens. Mais les Mnarésiens ont copié Stuxnet. Toutefois, les analystes aneuviens verront aussi que ces virus étaient programmés pour copier les données secrètes de Somýropa et les envoyer vers des serveurs installés au Mnar...

Cela ne signifie pas nécessairement que le gouvernement mnarésien soit impliqué. Il s'agit en fait d'une initiative des cybersophontes, qui se sont bien gardés d'en aviser le gouvernement royal.

Donc, effectivement, l'enquête s'orientera vers le Mnar. Sans succès, puisqu'il sera impossible de localiser les serveurs, qui sont dissimulés derrière des proxys.

Anoev a écrit:
Agàth n'est jamais allée au Mnar, elle n'a jamais eu de relation avec un quelconque représentant de ce pays, Zhæm, si. Si jamais il est seulement soupçonné suite à ces analyses, alors là, le harcèlement commencera : souterrain, insidieux, des filatures entre chez lui et Somýropa, une surveillance de tous les instants, y compris de la part de Natàli, qui jouerait, en face de lui, le rôle de l'alliée compatissante, mais qui surveillerait ses moindres conversations par dialogue télématique (Kothokùd, l'équivalent aneuvien de Skype). Et, un beau jour, le fruit, complètement véreux, tombera de lui-même. Et tout sera étalé, y compris le rôle de personnages mnarésiens dans cette sombre histoire.

Mais Zhæm le sait. Il est supérieurement intelligent, et en plus Virna lui a dit quels étaient les risques, et lui a expliqué comment les éviter. Pendant l'un de ses séjours à Hyltendale, Virna l'a bien briefé, et, au moyen de jeux de rôles, lui a appris comment faire comme s'il n'avait absolument rien à voir avec le piratage de Somýropa. Afin qu'il puisse dire avec conviction qu'il n'est au courant de rien, si jamais il est interrogé par la police.

Les cybersophontes ont une grande expérience des jeux de rôles. C'est à cela que servent les "masques-cagoules" (saneeflan) que portent les gynoïdes lorsqu'elles incarnent divers personnages. Zhæm a appris avec Virna à jouer le rôle de l'innocent... Cool

Zhæm n'utilise jamais Kothokùd depuis son ordinateur de bureau, sauf pour le travail. Il le fait depuis son domicile, et là, Natali ne peut pas l'espionner. Mais la police aneuvienne, si, et Zhæm le sait. Du coup, il fait attention à ce qu'il dit.

Zhæm ne contacte jamais le Mnar depuis son domicile ou son travail. Il va dans un cybercafé, jamais le même, et il utilise une adresse mail dédiée, qui ne lui sert qu'à ça. Ou alors, il utilise la connexion wi-fi que certains cafés et restaurants mettent à la disposition de leurs clients.

Anoev a écrit:
Les cadres supérieurs de Somýropa subodorent des trucs pas clairs. Il est possible qu'Agàth soit un temps éloignée, pour donner le change, pour faire diversion.

Agatha a été licenciée, avec la promesse d'être réembauchée si l'enquête permet de découvrir qui a introduit les virus dans le système informatique. Elle a commis une faute grave en désactivant le mot de passe de son ordinateur, et elle doit en supporter les conséquences. Elle n'est pas Hillary Clinton...

Anoev a écrit:
Mais quand on aura appris le fin mot de l'histoire (certains s'imaginent déjà que ce seraient les cybersophontes qui auraient demandé à Zhæm de publier l'article vindicatif sur son blogue, mais là, ce ne sont que pures spéculations), tout rentrera dans l'ordre : Agàth rentrera de nouveau par la grande porte, et Zhæm, cette fois-ci révoqué, sortira par la petite.

Natali n'est pas enthousiaste à l'idée de devoir céder sa place de chef de service à Agatha, si celle-ci devait revenir un jour. Elle la critique insidieusement pendant les réunions avec la direction :

"Agatha est une informaticienne hors pair. Mais elle était trop négligente au niveau sécurité. Et puis, question leadership, c'était pas vraiment ça. Klimen ne foutait rien avec Agatha. Elle était toute la journée derrière son dos, elle le houspillait à la moindre erreur, et ça ne servait strictement à rien, bien au contraire. Depuis que c'est moi qui suis sa cheffe, il bosse, le gugusse."

Les plus fins (ou les plus fayots) parmi les subordonnés de Natali ont compris que souhaiter trop ouvertement le retour d'Agatha, c'est le meilleur moyen de se mettre Natali à dos.

Zhæm, les rares fois où quelqu'un lui demande son avis, ne manque pas de soutenir Natali :

"Je n'ai pas de rancune envers Agatha. Elle obéissait aux ordres qu'elle avait reçus, je ne sais pas de qui. De plus, c'est une grande professionnelle. Mais Natali, c'est autre chose. Surtout sur le plan humain. Je la respecte, et j'ai vraiment envie de me défoncer pour elle. Elle est aussi compétente qu'Agatha sur le plan technique, et beaucoup plus sérieuse sur la sécurité."

Tout cela dit, bien sûr, avec le plus grand sérieux...

Natali a remarqué que Zhæm était plus compétent qu'elle sur le plan technique. Un accord tacite s'est noué entre eux. Zhæm corrige discrètement les erreurs de Natali, parfois même il la laisse s'attribuer un travail qu'il a fait. En échange, elle s'arrange pour qu'il touche des primes, alors qu'à l'époque d'Agatha il n'en touchait pas.

Cela arrange Zhæm de devenir indispensable auprès de Natali. Mais il comprend aussi que Natali a besoin de défendre sa position de chef de service. Elle ne manque pas de raconter partout que c'est elle qui corrige les erreurs de Zhæm. De peur que ses collègues ne découvrent qu'en fait, c'est l'inverse...

Elle dit souvent des phrases du genre : "Il travaille plutôt bien, Zhæm, mais il faut passer derrière lui pour vérifier qu'il n'a rien oublié."

C'est sa façon à elle de rappeler, à ceux qui pourraient en douter, que c'est elle, la chef de service...

Ça énerve Zhæm, parce que c'est faux. Il se console en se disant que Natali est un moindre mal par rapport à Agatha, et que tout le monde n'est pas dupe...

Anoev a écrit:
Si je ne m'abuse, une clé uhesbée, même formatée, on peut éventuellement savoir d'où elle vient.

Certes, mais ça ne prouve rien. Si jamais la police perquisitionne chez Zhæm et qu'elle trouve la clé USB, cela "prouvera" seulement que Zhæm est allé au Mnar, ce qu'il n'a jamais caché, et qu'il en a profité pour acheter une clé USB. Il cache si peu son affection pour le Mnar en tant que destination touristique, qu'il a affiché un plan d'Hyltendale dans son bureau. C'est tout dire.

Mais la police aneuvienne ne perquisitionnera pas chez Zhæm, parce qu'elle serait obligée de perquisitionner chez tous les employés de Somýropa qui travaillent dans le  même immeuble... En effet, beaucoup d'entre eux sont allés au moins une fois au Mnar, en vacances ou pour raison professionnelle (les hôpitaux mnarésiens utilisent du matériel Somýropa). Quelques-uns ont épousé des réfugiées politiques mnarésiennes.

D'autres ont pu rencontrer des Mnarésiens en Aneuf même. D'autres encore ont des problèmes financiers, et pourraient être tentés de se laisser corrompre... On soupçonne aussi des sympathisants secrets du KDO, un parti d'extrême-droite qui a des affinités avec le régime mnarésien. Les rumeurs vont bon train...

Il serait aussi mal venu de perquisitionner chez tous les employés de Somýropa, que de perquisitionner chez tous les employés d'une gare parce qu'un vol y été commis, sous prétexte que le voleur pourrait être l'un des employés.

La direction de Somýropa ne souhaite pas du tout une vague de perquisitions massives, qui affecterait le moral des employés, surtout si les directeurs n'étaient pas perquisitionnés eux aussi... Et ces derniers n'ont absolument pas envie de voir des policiers débarquer avec leurs gros souliers dans leurs luxueux appartements, et fouiller partout...

Pour l'instant, l'hypothèse quasi-officielle est qu'un intrus s'est introduit dans les locaux de la société et a allumé un ordinateur, choisi au hasard. Cet ordinateur se trouvait être celui d'Agatha. Comble de malchance pour Somýropa, Agatha, trop confiante, avait désactivé le mot de passe...

Comme le dit Natali : "Ça fait quand même beaucoup de hasards... J'espère qu'Agatha n'a pas un amant mnarésien, ce serait la totale..."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 21 Aoû 2017 - 23:32

Ne pas confondre Agàth et la mère Clinton ! C'est comme si on comparait Caïus Gracchus avec Louis XIV (j'exagère un poil, mais bon, c'est dire l'absence de similitude). Quant à évoquer une aventure entre elle et un Mnarésien, c'est à peu près aussi probable qu'une liaison amoureuse entre  Park-Geun-hye et Kim Jong Un.

Agàth sera réembauchée à son ancien poste, et avec les honneurs en plus. Si on ne peut pas prouver la culpabilité de Zhæm, on ne peut pas davantage prouver qu'elle eût fait une quelconque erreur. C'est une maniaque de la procédure, même pour elle ! Cette affaire et son départ provisoire de Somýropa qui s'en suit est pour elle une véritable catastrophe, mais elle comprend : il faut que l'enquête soit effectuée en toute neutralité, en son absence, puisque justement c'est une personne influente. Mais les enquêteurs ne devront pas faire le moindre faux pas, et tous les alliés qu'elle a en place (tout le personnel sauf Zhæm) suivront pas à pas le déroulement de l'enquête et noteront la moindre irrégularité, le moindre oubli. Elle surmontera : elle a, sous une apparente fragilité physique, une force de caractère peu commune, et elle est admirée pour ça par tous, sauf par Zhæm. C'est une personne qu'il vaut mieux avec soi que contre soi.

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Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 24 Aoû 2017 - 13:07

Zhæm demanda à modifier son contrat de travail chez Somýropa, afin de pouvoir travailler à mi-temps. Il en parla d'abord à Natali, qui lui demanda, de façon caractéristique, d'une voix alarmée, si c'était à cause d'elle qu'il voulait travailler à mi-temps.

"Non, pas du tout" répondit Zhæm. "Mais, comme tu sais, j'aime bien aller passer mes vacances à Hyltendale. En travaillant à mi-temps, je gagnerais moitié moins d'argent, mais je pourrais passer six mois par an à Hyltendale. Trois mois en Aneuf, trois mois à Hyltendale, et ainsi de suite..."

"Et tu penses que tu t'en sortiras, avec un demi-salaire ?"

"Oui, j'ai fait mes calculs. Je vais revendre mon appartement et ma voiture, et à la place je vais louer un petit studio. Comme ça, je dépenserai moins d'argent en Aneuf."

"Et à Hyltendale ?"

"Oh, là-bas, je vis comme un vagabond... Mais ça me convient."

De façon assez surprenante, la demande de Zhæm fut acceptée, ce qui relança la rumeur selon laquelle il bénéficiait de soutiens secrets chez les directeurs de Somýropa. Cela relança aussi l'autre rumeur, celle qui le soupçonnait d'être devenu mnarésien de cœur. En Aneuf, ce n'est pas un compliment, le régime despotique du roi Andreas étant unanimement détesté, sauf par le KDO ultra-minoritaire. Certains esprits malveillants, ou perspicaces, ou les deux à la fois, se demandaient même s'il n'était pas un agent au service des cybersophontes.

L'enquête de la police concernant le piratage du réseau informatique de Somýropa était au point mort. Les écoutes téléphoniques et les surveillances n'avaient rien donné, et une année entière était déjà passée. Désespérant d'être réembauchée un jour, Agatha trouva un nouveau job à Hocklenge, dans la province des Santes, pour un salaire nettement supérieur à celui qu'elle avait eu chez Somýropa.

Ceux qui disaient qu'Agatha serait réembauchée à son ancien poste, et avec les honneurs en plus, n'avaient pas prévu que l'enquête de police ne permettrait pas d'identifier l'auteur du piratage. Pour justifier leur échec, les experts de la police en étaient venus à supposer qu'Agatha avait pu télécharger malencontreusement les virus en surfant sur Internet, ce qu'elle niait avec véhémence. Elle n'était pas stupide, et elle avait compris qu'il fallait qu'elle retrouve un emploi, quel qu'il soit, avant d'avoir dépensé la totalité de ses économies.

"Il y a bien sûr quelques inconvénients" dit-elle à ses anciens collègues, lors de sa visite d'adieu. "Hocklenge n'est pas une ville très agréable, je m'y sens encore un peu perdue. Il va falloir que je me fasse des amis, que je trouve mes marques... J'ai même encore un peu de mal à m'habituer à l'accent des gens ! Mais au niveau du travail, ça va, et pour me loger j'ai trouvé un appartement qui me convient tout à fait."  

Agatha fit un pot d'adieu, à Somýropa. Tous les directeurs y assistèrent, même ceux qui, à tort ou à raison, étaient soupçonnés d'être les soutiens occultes de Zhæm Klimen. Natali et les autres anciens subordonnés d'Agatha vinrent aussi, mais pas Zhæm. Personne ne s'en offusqua, car il était toujours considéré comme infréquentable, sauf par Natali et quelques autres personnes.

Zhæm se contenta de célébrer, tout seul dans son bureau, l'éloignement définitif d'Agatha, avec une bouteille de bière et un paquet de cacahuètes.

Lorsqu'il était à Hyltendale, Zhæm habitait à la périphérie de la ville, dans une cabane de jardin transformée en maisonnette de vacances. La cabane était conçue pour être habitée l'été, mais pas l'hiver. Zhæm passa son premier trimestre complet à Hyltendale à l'enclore dans quatre murs de briques, pour une meilleure isolation. Il remplaça les deux fenêtres fixes par de vraies fenêtres, avec volets et double vitrage, et il fit installer une porte épaisse et solide à la place de la porte double originelle. Avec l'aide d'Isane, la gynoïde qu'il avait louée, il isola la toiture à l'aide de panneaux de laine de verre.

Isane, ou plutôt le cybercerveau qui la dirigeait à distance, avait les connaissances et le savoir-faire d'un maçon professionnel, et Zhæm n'eut à payer que les matériaux.

Il comprit ainsi pourquoi à Hyltendale les humanoïdes ont remplacé les humains dans quasiment toutes les professions.

À chaque fois qu'il venait à Hyltendale pour y passer trois mois, Zhæm devait louer une nouvelle gynoïde. De bas de gamme, vu la modestie de ses moyens. Par commodité, il lui donnait toujours le même nom, Isane, quel que soit le nom qu'elle avait au départ.

La nouvelle Isane arrivait toujours chez lui en bus, vêtue du costume en tissu synthétique noir qui est la tenue standard des humanoïdes de travail, et tirant une valise à roulettes contenant ses bagages.

Zhæm commençait toujours par lui enlever son badge pour le remplacer par un collier, avec une médaille carrée portant, en rouge, des points et des traits, qui étaient la transcription du nom Isane en code Morse. Zhæm était ainsi sûr de la reconnaître parmi les milliers de gynoïdes identiques qui travaillent à Hyltendale.

Pour l'individualiser davantage, il lui donnait un sac à main de cuir rouge et il lui faisait remplacer sa veste de costume par une wytha, un vêtement spécifique à certaines gynoïdes domestiques. Une wytha est une tunique à manches longues, descendant jusqu'à mi-cuisse, et boutonnée sur le devant. Elle est constituée de morceaux de tissu multicolores, sur fond gris.

Les gynoïdes étant indifférentes à la température extérieure, la wytha est portée même lorsqu'il fait froid. Comme les gynoïdes ne transpirent pas, la wytha est imperméable, ce qui permet de la porter quand il pleut. Ensuite, une fois entré  dans une maison, on essuie la wytha pour enlever l'eau, et on la garde comme vêtement d'intérieur. La règle est que les morceaux de tissu et matériaux divers qui composent une wytha doivent être toujours imperméables, ou au moins imperméabilisés.

Une wytha est éternelle. Lorsqu'elle s'use, qu'elle se déchire ou qu'elle est marquée de taches indélébiles, de nouveaux morceaux de tissu sont cousus sur les parties usées, déchirées ou tachées, à l'infini. Les boutons perdus ou cassés sont remplacés par des boutons d'un modèle différent. Chaque wytha est unique, et reconnaissable du premier coup d'œil par le maître de la gynoïde qui la porte.

La couleur initiale d'une wytha est le gris, et elle est constituée d'un matériau bioplastique analogue à la polyamide. Lorsque la wytha d'Isane était encore neuve, Zhæm l'avait individualisée en cousant dans le dos et sur le bras gauche deux images découpées dans un prospectus publicitaire, après les avoir plastifiées.

Zhæm découvrait ainsi les milliers de petits détails, invisibles aux touristes ordinaires, qui constituent la culture hyltendalienne.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 25 Aoû 2017 - 10:35

Un jour de fin d'été, où il faisait beau et chaud, Isane dit à Zhæm Klimen, alors qu'ils se promenaient main dans la main à Zodonie :

"Zhæm, tu dis souvent que tu aimerais vivre toute l'année à Hyltendale. Eh bien, c'est possible. L'intelligence collective des cybersophontes peut te trouver un job ici. Mais c'est un job qui n'a rien à voir avec l'informatique."

"Ça m'intéresse, bien sûr, mais pourquoi m'en parles-tu seulement maintenant ?" dit Zhæm en regardant sa compagne.

Isane était une gynoïde bon marché, le modèle que l'on utilise pour le travail, mais vu la modestie de ses revenus, Zhæm n'avait plus les moyens de louer une gynoïde de charme. Elle avait un visage aux traits réguliers mais inexpressifs, des yeux ovales, totalement noirs comme ceux des insectes, une peau synthétique couleur abricot et une perruque de longs cheveux noirs. Elle était de petite taille, pour ne pas intimider les humains, et vêtue d'une wytha, une tunique grise, personnalisée au moyen de morceaux de tissu coloré, par dessus un pantalon noir un peu trop large.

"Parce que depuis quelques semaines, tu parles mnarruc couramment, avec juste un peu d'accent, et tu fais beaucoup moins de fautes de syntaxe qu'avant " lui répondit-elle. "Ton vocabulaire est un peu limité, mais pour les conversations courantes, ça peut aller. Tu peux lire un article de journal, et en comprendre le sens général, même sans dictionnaire. Avant, c'était souvent laborieux, quand tu parlais. Dans le  job que je te propose, il faut parler mnarruc, et aussi anglais, parce que tu seras parfois en contact avec des touristes. Je sais qu'en tant qu'ingénieur informaticien, tu parles anglais."

Elle continua, après un court silence :

"Et puis, il y a aussi autre chose. Si tu étais arrêté par la police aneuvienne, ce serait très embarrassant pour le Mnar. L'intelligence collective a choisi de t'exfiltrer de l'Aneuf. Si tu en as envie, bien sûr."

"Isane, c'est quoi ce job que tu me proposes ?"

"Co-gérant d'un restaurant, à Zodonie, à une demi-heure de chez nous en bus. L'appartement de fonction est occupé par l'autre co-gérant."

"Et ce travail de co-gérant consiste en quoi ?"

"Les co-gérants signent les documents administratifs et juridiques que leur préparent les androïdes. Les androïdes n'ont pas le droit de le faire eux-mêmes parce qu'ils ne sont que des robots sans personnalité juridique. Les co-gérants sont aussi des goûteurs. Ce sont des androïdes qui font la cuisine, mais comme ils n'ont ni odorat ni sens gustatif, des êtres humains doivent goûter la nourriture. Ça demande une certaine expérience, il faut savoir distinguer un bon vin d'une piquette, et pouvoir goûter absolument à tout, même à des plats très inhabituels pour un Aneuvien comme toi, par exemple la cervelle de singe vivant. L'autre co-gérant te formera, ce n'est pas très compliqué..."

"À qui appartient le restaurant ?" demanda Zhæm, soudainement méfiant.

"À une femme d'affaires richissime, dont tu as peut-être entendu parler, Ondrya Wolfensun. C'est une femborg. Normalement, tu ne la verras qu'une fois, lorsque tu signeras ton contrat d'embauche. Je te préviens tout de suite que le restaurant est ouvert sept jours sur sept, de midi à deux heures du matin. C'est comme ça à Zodonie. L'un des deux co-gérants doit évidemment être présent pendant les heures d'ouverture. Le rythme de travail, c'est trois jours de travail, suivis par trois jours de repos. On ne tient pas compte des dimanches, et il n'y a pas de jours fériés. Un mois de vacances par an, mais aussi un mois de travail non-stop, pendant que l'autre co-gérant est en vacances. Le salaire est de deux mille ducats par mois."

Zhæm fit un rapide calcul mental. À Hyltendale, c'était suffisant pour vivre confortablement en louant une gynoïde à l'année, mais seulement en tenant compte du fait qu'il était déjà propriétaire de ce qu'il appelait son logement, et qu'il touchait des dividendes en tant qu'actionnaire de la société Antopa.

"Et si l'un des co-gérants tombe malade ?" demanda-t-il à Isane.

"L'autre co-gérant prend le relais, ou doit au moins être disponible. En ce moment, par exemple, le co-gérant est tout seul, parce que son collègue a démissionné. Mais il est assisté par un goûteur, qui vient goûter les plats quand le co-gérant prend une journée de repos."

Isane emmena Zhæm dans une petite rue pleine de touristes. Le restaurant s'appelait Psu Gasi (le Gril d'Or, en mnarruc). Il était vaste, moderne et propre, et il fonctionnait selon le système du buffet à volonté. Isane et Zhæm traversèrent la grande salle, où, en milieu d'après-midi, une dizaine de personnes étaient encore en train de manger, et se rendirent dans les cuisines, sous le regard indifférent des androïdes et gynoïdes en tenue noire et blanche qui faisaient le service. À Hyltendale, être accompagné par une gynoïde permet d'entrer pratiquement partout.

"J'ai envoyé un message au co-gérant, j'espère qu'il va venir" dit Isane.

"Où sont les singes vivants dont tu m'as parlé ?" demanda Zhæm, en jetant un coup d'œil circulaire. Deux androïdes en tablier blanc découpaient de la viande sur un plan de travail, sans les regarder.

"C'est un plat spécial, qui coûte très cher. Il faut le commander au moins deux jours à l'avance, le temps de faire venir les singes en camion spécial. En fait, personne n'en commande jamais, mais il est quand même sur le menu, comme plat traditionnel baharnais."

"Et les clients baharnais ? Ils doivent bien en demander, de temps en temps ?"

"Même s'ils en voulaient, c'est trop cher pour eux. De toute façon, les Baharnais d'aujourd'hui préfèrent la cervelle d'agneau."

"D'agneau vivant ?"

"Non, la cervelle est cuite. Les restaurateurs la gardent au congélateur. Il est recommandé d'en donner aux enfants, c'est très nourrissant."

Le co-gérant arriva enfin. C'était un Américain, grand et corpulent, au visage rougeaud. Il se présenta en mnarruc :

"Salutations. Je m'appelle Mike Dassler. Je suis le co-gérant de ce restaurant. Zhæm Klimen, je présume ?"

Zhæm remarqua qu'il prononçait son nom à la mnarésienne, za-em kli-menn. Dassler ne parlait surement pas l'aneuvien, mais son aisance évidente en mnarruc montrait qu'il vivait à Hyltendale depuis des années.

Dassler montra à Zhæm un petit bureau, qui ne devait pas faire plus de deux mètres sur trois et qui sentait la sueur et le renfermé, malgré l'espace d'environ 30 cm entre le plafond et le haut de la paroi de verre dépoli qui séparait le bureau des cuisines, pourtant bien ventilées.

"C'est le bureau" dit l'Américain. "Je suis désolé pour l'appartement de fonction, à l'étage au-dessus, mais il faut bien que je vive quelque part, donc je le garde pour moi. Ce bureau, c'est surtout fait pour donner l'apparence du travail. C'est pas pour rien qu'il y a une banquette, elle est longue et large, c'est fait exprès pour qu'on puisse dormir dessus. Ça m'arrive souvent. Tu vois les deux armoires-vestiaires ? Celle avec le cadenas est la mienne, l'autre est pour toi."

Dassler bougeait ses grandes mains charnues tout en parlant :

"Cette table et cette chaise, c'est pour les documents que les androïdes me donnent à signer. Je ne les lis même plus, je signe et c'est tout."

Voyant l'air effaré de Zhæm, il lui dit :

"Il ne faut pas se leurrer. Nous avons été embauchés pour goûter les plats et pour signer des documents que seuls des êtres humains peuvent signer, pas des robots. Rien d'autre. Si on fait le le malin et si on refuse de signer quoi que ce soit, on est viré sur le champ."

Reprenant ses explications, il dit à Zhæm :

"L'ordinateur sur la table, c'est pour surfer sur Internet, ça fait passer le temps... Je plaisante, on reçoit aussi des mails... Le téléphone, pas besoin d'expliquer... Il y a une douche et des toilettes de l'autre côté des cuisines... La bouffe, c'et gratuit, il suffit de demander aux cuisiniers..."

"Ça ne doit pas être commode de dormir sur la banquette, avec la lumière qui passe à travers la paroi vitrée..." remarqua Zhæm. Il avait connu pire comme bureau chez Somýropa, mais même le cagibi où il avait passé plusieurs années avait une fenêtre.  

"J'ai fait installer un rideau noir... Regarde, il faut le tirer, comme ça... J'amène toujours un masque pour les yeux, et un oreiller..." dit Dassler, en hochant la tête. "Si on éteint la lumière dans le bureau, on ne voit rien depuis les cuisines, parce que la paroi vitrée est kyrere... Quand ma copine vient me voir, c'est mieux comme ça..."

Zhæm ne savait pas ce que signifie kyrere en mnarruc, mais il devina que cela voulait dire "dépoli", en parlant du verre.

Dassler regardait Zhæm en souriant, levant et abaissant rapidement les sourcils. Zhæm comprit que l'Américain voulait dire qu'Isane pourrait rester avec lui pendant qu'il dormirait dans le bureau, comme la copine de Dassler... Assise sur la chaise, peut-être, la tête et les bras sur la table. Les humanoïdes ne dorment pas vraiment, ils se rechargent en électricité.

Zhæm se dit que si Isane pouvait rester avec lui dans le bureau, cela changeait tout. On ne s'ennuie jamais avec une gynoïde. C'est comme de vivre avec autant de personnes que la gynoïde possède de masques-cagoules.

"Des fois, c'est dur de rester enfermé dans ce bureau et les cuisines, mais il y a toujours des moments où on peut aller faire un tour dans la rue, pour prendre l'air..." dit Dassler. "Quand il avait fini, à deux heures du matin, l'autre co-gérant, celui qui est parti, il dormait sur la banquette jusqu'à huit, neuf heures... Il habitait trop loin pour que ça vaille la peine de rentrer chez lui. Il prenait une douche, et il allait se promener en ville, jusqu'au quartier du port... Il disait toujours que la Mer du Sud le matin, c'est magique... Moi, je dors dans le logement de fonction, mais je marche une heure ou deux, tous les matins, pour garder la forme, avant de prendre mon service à midi. Avec tout ce que je goûte, pas besoin de manger... Si j'ai encore faim, je demande à l'un des androïdes cuisiniers de me préparer quelque chose..."

"Le job m'intéresse" dit Zhæm, à la fois à Dassler et à Isane.

Dassler manifesta sa joie en levant un pouce en l'air et en clignant de l'œil, à l'américaine. Un geste tout à fait incongru à Hyltendale.

Le lendemain matin, Zhæm et Isane furent reçus Ondrya Wolfensun dans son bureau, situé dans un immeuble de verre et de métal, près du port. La femborg était une grande femme aux yeux cybernétiques, comme une gynoïde. Elle avait de longs cheveux blonds, comme une gynoïde de charme, et elle était vêtue d'une robe bleue qui la couvrait entièrement du cou jusqu'aux pieds, si bien qu'on ne voyait que son visage et ses mains osseuses.

C'était la première fois de sa vie que Zhæm voyait une femborg de près. Il se sentait beaucoup plus intimidé par elle qu'il ne l'avait jamais été en présence des directeurs de Somýropa. Parce que cette femme était à la fois humaine et robot, et qu'elle faisait partie de la petite caste qui dirige les cybersophontes. Elle n'était ni belle ni laide, et il était difficile de lui donner un âge. Sa voix était indiscutablement une voix humaine, malgré l'intonation monotone, presque mécanique. Elle parlait avec un accent rugueux, qui exagérait les voyelles longues, comme les paysannes dans les films.

L'entretien ne dura que quelques minutes du précieux temps d'Ondrya Wolfensun. Deux heures plus tard, à midi, Zhæm commençait sa première journée de travail comme co-gérant du Psu Gasi. C'était effectivement surtout un travail de goûteur. Heureusement, la cuisine du restaurant était plus internationale que mnarésienne. À part quelques spécialités baharnaises, mais tout à fait mangeables pour un Aneuvien, tout semblait bon. Les cuisiniers androïdes, dépourvus d'odorat et de sens gustatif qu'ils étaient, connaissaient leur travail.

Isane était avec Zhæm dans le petit bureau. Toutes les deux heures environ, il allait sortait du restaurant pour marcher une dizaine de minutes dans les rues bruyantes et encombrées de Zodonie, afin de se détendre et de respirer, puis il revenait pour discuter avec Isane ou surfer sur Internet.

À deux heures du matin, les androïdes commencèrent à nettoyer la cuisine, et peu de temps après les lumières s'éteignirent. Zhæm tira les rideaux, au moment précis où cela devenait inutile. Ça ne valait pas la peine de rentrer en bus à Tomorif, à l'extrême limite de la ville, pour dormir chez soi, se réveiller, et repartir tout de suite pour être au restaurant à midi. Heureusement, après ses trois jours de travail, il aurait trois jours de repos.

Le ronronnement du lave-vaisselle industriel fit place au silence. Zhæm avait amené trois couvertures dans un sac de voyage, l'une d'elles, roulée, devant lui servir d'oreiller. Il avait aussi amené un pyjama, des vêtements de rechange, sa brosse à dents... Il dormit sur la banquette, entre deux couvertures, et se réveilla tard. Mais dans le petit bureau, on ne savait jamais si dehors il faisait jour ou pas.

Zhæm se dit qu'il devait s'organiser, trouver des choses utiles à faire pendant les quatorze heures que duraient ses journées de travail... Des flexions et des abdominaux, par exemple, en notant ses progrès dans un carnet. Lire des livres en mnarruc en les annotant, pour accroître son vocabulaire. En fait, il y avait plein de choses qu'il pouvait faire, dans le petit bureau de six mètres carrés.

Un mois plus tard, Zhæm était de retour en Aneuf. Il savait que bientôt il en partirait pour ne plus revenir avant longtemps, ou peut-être jamais. Par rapport à son travail de co-gérant de restaurant à Hyltendale, il était en congé annuel, et en aucun cas il ne pouvait s'absenter plus d'un mois.

Il donna sa lettre de démission à Natali, qui le regarda d'un air hagard :

"Tu t'en vas, comme ça ? Tu as trouvé un autre job ailleurs ?"

"Pas pour l'instant, mais je veux partir. J'ai bien réfléchi, et je ne changerai pas d'avis."

"Je m'en suis doutée quand tu t'es mis en travail à mi-temps... Il y a quelque chose... C'est dommage, tu commençais à remonter la pente..."

Elle hésita un instant, puis elle lui demanda, en le regardant droit dans les yeux :

"Ôte-moi un doute, Zhæm... Les virus dans le circuit informatique, c'était toi, n'est-ce pas ? Ne nie pas, tout t'accuse. Tu détestais Agatha. Tu voulais te venger de Somýropa. Et tu as plus de liens avec le Mnar que n'importe qui dans cet immeuble. On ne sait pas où tu vis quand tu es là-bas, on ne sait pas ce que tu fais. Tu t'es mis en travail à mi-temps, c'est donc que tu as de l'argent ailleurs. Allons, Zhæm, tu peux bien me dire la vérité, à moi, je t'ai toujours défendu."

Virna et Isane avaient fait jouer maintes fois à Zhæm des scènes de ce genre, avec toutes les variations possible. Ce jour-à, dans le bureau de Natali, il avait presque l'impression d'entendre tourner le magnétophone qui enregistrait ses paroles. Et il savait ce qu'il devait répondre :

"Je n'ai rien fait. Si tu n'as pas confiance en moi, alors que tu me connais depuis des années, nous n'avons plus rien à nous dire. Tu me déçois énormément, Natali."

Toujours retourner l'accusation. C'est une technique vieille comme le monde, mais ça marche toujours...

Si Zhæm avait été un bon acteur, il aurait fondu en larmes à ce moment-là, et Natali, décontenancée, lui aurait sans doute demandé pardon de l'avoir suspecté à tort. Mais Zhæm n'était pas un bon acteur, et il se contenta de sourire. Il posa sa lettre de démission sur le bureau de Natali et tourna les talons.

Dans le couloir, il se dit qu'il venait peut-être d'échapper au dernier piège. Si c'était bien le dernier.

Il lui restait trois semaines de travail à faire chez Somýropa, mais comme il s'y attendait, la direction décida de se débarrasser de lui immédiatement. Une heure après son entretien avec Natali, il fut convoqué au service comptabilité, où la cheffe du service lui annonça, en présence d'un agent de sécurité, qu'il serait payé jusqu'à la fin du mois, mais que la direction le mettait en congé sur le champ. Il dut rendre son badge et son passe magnétique.

L'agent de sécurité, un grand costaud taciturne, l'accompagna jusqu'à son bureau, et lui donna cinq minutes pour mettre ses affaires personnelles dans un carton. Dans le couloir, les collègues de Zhæm commençaient à affluer, curieux de voir ce qui était en train de se passer.

Il y avait cinquante mètres de couloir entre le bureau de Zhæm et l'ascenseur. Un vrai walk of shame, se dit-il, son carton dans les bras, l'agent de sécurité imperturbable à côté de lui.

Il sentait sur lui les regards, effarés, hostiles ou méprisants, et des bribes de paroles lui parvenaient : "Qu'est-ce qu'il a encore fait... On aurait dû le virer il y a cinq ans... C'est à cause de lui qu'Agatha a été obligée de partir... Ce type-là, c'est un Mnarésien avec un passeport aneuvien..." Il entendit aussi quelques rires, dont celui de Natali.

Dans l'ascenseur, alors qu'ils arrivaient au rez-de-chaussée, l'agent de sécurité lui dit à voix basse :

"Bonne chance, Monsieur. Vous vous en sortirez.. On s'en sort toujours..."

"Merci" lui répondit Zhæm, qui sentit les larmes lui monter aux yeux. Car la sympathie inattendue émeut même les plus endurcis. S'il n'avait pas eu les mains embarrassées par le carton, il aurait serré la main de l'agent de sécurité. Ce dernier utilisa son propre passe pour que Zhæm puisse passer le portail électronique et sortir dans la rue, en direction de l'arrêt d'autobus.

Une heure plus tard, une fois rentré dans le petit studio éloigné où il habitait, Zhæm décida de partir pour Hyltendale dès que possible. Il allait perdre plusieurs mois de loyer. Tant pis. De toutes façons, il avait des choses importantes à faire. Par exemple, scanner tous ses documents importants, et les copier sur un disque dur externe, qu'il emmènerait avec lui à Hyltendale. Ensuite, déposer les originaux dans un coffre de banque.

Il brisa à coups de talon la clé USB mnarésienne avec laquelle il avait infecté Somýropa, et sortit pour jeter les morceaux dans une bouche d'égout. La police aneuvienne était bien capable de le coincer à la douane et de le garder en détention, le temps qu'un expert récupère les données. Il existe des logiciels qui permettent de récupérer des données même sur un support formaté.

Une semaine plus tard, Zhæm prit l'avion pour Hyltendale. Un aller simple. En fait, ce ne fut pas un aller aussi simple qu'il l'avait pensé. La police l'attendait à l'aéroport. Il se retrouva en garde-à-vue, le temps que des policiers, courtois mais inflexibles, examinent, en sa présence, son disque dur externe, au moyen d'un ordinateur muni de câbles. Zhæm avait beaucoup de choses sur ce disque dur, même des enregistrements de ses musiques favorites, et toute une bibliothèque. Les policiers vérifièrent, sans se presser et en se relayant, chaque document et chaque application. L'opération dura une dizaine d'heures.

Beaucoup de vidéos, sur le disque dur externe de Zhæm, étaient en mnarruc. Il y avait même un discours du roi Andreas, ce qui énerva les policiers, persuadés d'avoir affaire à un partisan du desposte mnarésien. En Aneuf, pays attaché aux valeurs démocratiques, le roi Andreas est mis sur le même plan que les trois grands méchants de l'histoire aneuvienne que sont Zhil Kàrl Deskerrem, Allan Hakrel et Frank Ruz.

Zhæm expliqua aux policiers qu'en tant que visiteur fréquent au Mnar, il était naturellement intéressé par la politique de ce pays, et qu'étudier un discours ne signifie pas nécessairement approuver ce que dit son auteur.

"Et pourquoi allez-vous si souvent au Mnar ?" lui demanda l'un des policiers.

"Pour le sexe" lui répondit Zhæm. "À Hyltendale, on peut louer pour mille ducats par mois une femme-robot totalement soumise et toujours disponible, jamais fatiguée et toujours de bonne humeur,  et qui fait tout ce qu'on lui dit de faire. C'est ma réponse."

Il n'y avait strictement rien d'illégal sur le disque, Zhæm y avait veillé. Il fut quand même soumis, ensuite, à un long interrogatoire. Une variante policière, en beaucoup plus pénible et insistant, de la conversation qu'il avait eue avec Natali la semaine précédente.

Au bout de deux heures d'interrogatoire, Zhæm commença à paniquer. Sachant qu'il ne pourrait pas résister beaucoup plus longtemps à une telle pression psychologique, il refusa de répondre aux questions.

C'était ce que Virna lui avait conseillé de faire, pendant leurs jeux de rôle. Elle avait testé la résistance de Zhæm, jusqu'à ses limites. Il avait souffert, mais il en contrepartie il se connaissait mieux. Il savait combien de temps il pouvait résister à un interrogatoire mené par des limiers expérimentés. Ça se comptait en heures, pas en jours.

Face à son mutisme, les policiers finirent ramenèrent Zhæm dans sa cellule. Deux heures plus tard, ils le réveillèrent pour un nouvel interrogatoire, mais il refusa à nouveau de répondre aux questions.

"Si vous refusez de répondre, c'est que vous avez quelque chose à cacher" lui dit un policier. "Donc, c'est que vous êtes coupable."

"Je m'expliquerai devant le juge, pas devant vous" dit Zhæm. Virna lui avait conseillé de dire ça en cas de difficulté.

Le policier n'insista pas.

Le lendemain, après une nuit sans sommeil dans une cellule inconfortable, Zhæm fut libéré, sans explications, et son passeport lui fut rendu. Heureusement que la justice aneuvienne a pour règle de demander des preuves, se dit-il, soulagé. Il avait eu peur que la police lui confisque son passeport, ce qui aurait été une catastrophe pour lui. Mais la loi aneuvienne protège le citoyen contre les saisies arbitraires. Surtout le citoyen contre lequel il n'existe aucune preuve tangible. Et il n'existait aucune preuve tangible contre Zhæm, uniquement des présomptions.

Il eut une pensée émue pour tous les militants de gauche aneuviens qui, depuis 1945, avaient fait en sorte que l'action de la police et de la justice soit enserrée dans un ensembles de règles qui protègent la liberté des citoyens, et notamment leur liberté d'aller et venir comme bon leur semble, à l'intérieur et en dehors du pays. C'est grâce à l'action passée de tous ces militants que Zhæm, suspect mais contre lequel il n'y avait aucune preuve, avait pu garder son passeport.

Il dut attendre le surlendemain pour trouver une place dans un avion à destination d'Hyltendale, ce qui l'obligea à dormir deux jours à l'hôtel. Dormir est le mot adéquat, car il ne fit pratiquement rien d'autre.

Lorsque, finalement, il sentit l'avion quitter la piste et prendre son envol, il faillit en pleurer de joie. Enfin libre...
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 25 Aoû 2017 - 11:06

Vilko a écrit:
Un vrai walk of shame.
Eljafàmag, compresserait-on en aneuvien : c'est effectiv'ment la compression de
hagdutul eljafàmen, calque de "haie de déshonneur".

Étymologie des mots
hag = toute sorte de haie.
dutul = ensemble de personnes (qu'on ne retrouve pas dans la compression), pris lui-même de (personne) et tœl (ensemble). La compression a empêché le piège phonique représenté par les deux U ne se prononçant pas de la même manière, j'pense que tu apprécieras)
afàm = honneur, pris du latin FAMA -Æ pour "renommée". Elij- représentant le contraire.
-en, eh ben, c'est simplement le génitif de ce nom.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 27 Aoû 2017 - 10:04

Le prénom aneuvien Zhæm se prononce en aneuvien comme le français "j'aime". À Hyltendale, le son /ʒ/ de "j'aime" n'existe pas, on le remplace par un /z/. La lettre æ n'existe pas non plus, on écrit ae. Zhæm devient donc Zhaem en mnarruc. Mais les Mnarésiens prononcent les mots comme il les écrivent, plutôt que l'inverse. Par ailleurs, en mnarruc, le h est toujours muet entre une consonne et une voyelle, et ne modifie jamais la prononciation des lettres voisines. Zhaem se prononce donc za-emm.

La cabane où Zhaem habitait avec Isane était située 26 rue Sellaggeg, à Tomorif. Vivre dans vingt mètres carrés, c'est facile, quand on dispose d'une douche, de sanitaires et d'un coin cuisine. L'inconvénient, c'est qu'on manque de place pour ranger ses affaires, faire sécher son linge ou faire de la gymnastique.

La cabane voisine, au numéro 24, était à vendre pour une bouchée de pain, vu son état pitoyable. Zhaem en fit l'acquisition, la retapa un petit peu, aidé par Isane, et y installa des étagères et des armoires, un étendoir à linge et une bicyclette statique. Il y stocka ses livres, les vêtements qu'il portait le moins souvent, et des réserves de nourriture et d'eau.

Les autorités mnarésiennes recommandent en effet d'avoir chez soi trois mois de nourriture et d'eau, pour ceux qui le peuvent. Isane relayait avec zèle ces recommandations auprès de Zhaem. Celui-ci ne connaissait vraiment que la partie touristique d'Hyltendale, c'est à dire une seule facette, minuscule, d'un pays qui en compte des centaines, et il le savait. C'est pourquoi il suivait à la lettre les conseils d'Isane, la gynoïde mnarésienne.

Repeinte à neuf en vert clair, la cabine du numéro 24 avait pris un petit air coquet, et les herbes folles, coupées à dix centimètres du sol, avaient pris un air plus civilisé.

Zhaem mettait à profit les longues heures qu'il passait dans son bureau sans fenêtre du Psu Gasi, le restaurant dont il était le co-gérant, pour se cultiver. Chaque civilisation a son livre sacré, disent les philosophes. Le livre sacré du Mnar, ce sont les Manuscrits Pnakotiques. Zhaem avait donc acheté deux livres, la Traduction Juxtalinéaire des Manuscrits Pnakotiques, et Les Manuscrits Pnakotiques Expliqués aux Profanes, tous deux écrits par un nommé Jerry Quodhing.

Les Manuscrits Pnakotiques ont été rédigés pendant les Temps Légendaires du Mnar, qui ont précédé les Temps Historiques dans lesquels nous vivons. Ce sont des textes mythologiques et philosophiques variés, collectés par le clergé mnarésien. Une seule copie ancienne en subsiste, dans un temple de la ville de Pnakot, d'où leur nom de Manuscrits Pnakotiques. Les différents manuscrits sont de longueur très inégale et leurs auteurs sont inconnus. L'ensemble des textes fait plusieurs centaines de pages. Au Mnar et dans les pays de langue mnarruc, ils sont l'équivalent de la Bible dans les pays chrétiens ou du Coran dans les pays musulmans, tout en étant communs à plusieurs religions.

L'étude des Manuscrits Pnakotiques est une matière obligatoire dans les écoles publiques mnarésiennes, mais depuis une vingtaine d'années, seule la traduction en mnarruc moderne est enseignée aux élèves.

Zhaem commença par lire la Traduction Juxtalinéaire. Mais même traduits en mnarruc moderne, les textes anciens étaient ennuyeux au possible, et même franchement malsains. Ce n'étaient qu'une suite de descriptions hallucinées de démons à tentacules et d'élucubrations démentes, comme un cauchemar de drogué. Si c'était ça l'âme nationale des Mnarésiens, c'était bien inquiétant...

Zhaem passa au deuxième livre, Les Manuscrits Pnakotiques Expliqués aux Profanes. Il était tout aussi incompréhensible que le premier, avec des considérations mi-philosophiques mi-cosmologiques qui ne disaient rien à Zhaem. Ce dernier avait reçu une éducation aneuvienne, centrée sur les valeurs républicaines et humanistes, et il n'en concevait pas d'autre. Rien dans les Manuscrits Pnakotiques n'entrait dans les concepts qui lui étaient familiers.

Isane lui conseilla de lire le premier chapitre de L'Hypostase de la Corrélation Ternaire, qui est une compilation de textes philosophiques et philologiques de Perita Dicendi, pseudonyme collectif de quatre femmes-philosophes mnarésiennes. Le titre du livre est en fait celui du premier chapitre.

Zhaem se mit donc à lire le livre recommandé par Isane, avec l'aide d'un épais dictionnaire bilingue mnarruc-aneuvien, le vocabulaire de Perita Dicendi étant tout sauf facile.

Perita Dicendi commençait par rappeler que le mnarruc archaïque des Manuscrits Pnakotiques était écrit dans un système d'écriture d'environ deux mille caractères, associant des idéogrammes à des caractères syllabiques et alphabétiques.

Environ 1500 de ces deux mille caractères constituent ce qu'on appelle l'Écriture du Roi. Un ensemble de signes syllabiques et alphabétiques constitue le Syllabaire de Barzaï. Une variante déformée de ce syllabaire s'appelle le Syllabaire d'Atal, du nom du disciple et successeur du grand-prêtre Barzaï.

Perita Dicendi disserte sur l'hypostase, c'est-à-dire la réalité fondamentale, de la corrélation ternaire que constituent les relations existant entre les trois éléments que sont l'écriture du roi, le syllabaire de Barzaï et le syllabaire d'Atal. Cette réalité fondamentale, c'est le plurilinguisme régnant, aux Temps Légendaires, sur le territoire qui deviendra plus tard le royaume de Mnar. Toutefois, depuis que le Mnar a été unifié, la grande majorité de la population ne parle plus qu'une seule langue, et croit avoir toujours parlé la même langue.

Le système d'écriture aux deux mille caractères a duré depuis les Temps Légendaires jusqu'aux Temps Historiques. L'écriture, à cette époque, était le privilège d'un petit nombre de prêtres et de lettrés, qui en gardaient jalousement le secret, source de leur pouvoir.

Tout a changé lorsque le pays s'est ouvert au commerce international, et que les marins et négociants occidentaux ont fait connaître l'alphabet latin, que même les gens du peuple pouvaient apprendre. L'ancien système d'écriture, trop complexe et élitiste, a totalement disparu en quelques générations.

Perita Dicendi démontre que le Mnar des Temps Légendaires n'était pas un pays parlant une seule langue, comme la plupart des Mnarésiens d'aujourd'hui le pensent, mais qu'au contraire entre une douzaine et une vingtaine de langues différentes y cohabitaient.

Les prêtres de l'époque de Barzaï soutenaient le pouvoir royal, et cherchaient à unifier le pays, sinon par la langue, au moins, dans un premier temps, par l'écriture. Quelle que soit leur langue maternelle ou quotidienne, tous les prêtres et hauts fonctionnaires connaissaient le dialecte de Sarnath, ancêtre du mnarruc moderne. Barzaï créa pour eux un système d'écriture leur permettant d'écrire en même temps dans leur langue locale et en mnarruc. Perita Dicendi en cite un exemple tiré des Manuscrits Pnakotiques :

Et par des siècles et des siècles, Tsathoggua disparut au-delà de l'univers.

En mnarruc moderne, cette phrase se traduit par :

Vi fa faro waasoxa, Tsathoggua ge loyliel ven psewra.

Littéralement : "Et dans beaucoup (de) siècle(s), Tsathoggua autrefois disparaître au-delà (de) l'univers."

Dans le mnarruc archaïque des Manuscrits Pnakotiques, la même phrase se traduit par :

Fa waasoxa faro an ge Tsathoggua A-L ven ar psewra et loyliel.

"An", "A-L" et "ar" n'ont aucun sens dans cette phrase, et l'ordre des mots paraît bizarre et inutilement compliqué à un Mnarésien moderne.

Perita Dicendi a rappproché cette phrase d'une formule de la littérature religieuse wardwesān :

Xanōn ewnaen amōn an Argabal zhōn ar thara nazagan.

Le sens et l'ordre des mots sont les mêmes que dans la phrase en mnarruc archaïque, mais le nom du dieu est Argabal, au lieu de Tsathoggua.

Le wardwesān est une langue qui existe toujours, mais elle n'est parlée qu'aux Indes Ultimes. Il semble qu'aux Temps Légendaires, des habitants des Indes Ultimes aient voyagé jusqu'au Mnar. Cette opinion est toutefois controversée. Les linguistes et les historiens des religions ont essayé de prouver que des éléments de leur culture sont parvenus jusqu'au Mnar, sans écarter complètement la possibilité de similitudes fortuites.

Argabal était le dieu des étoiles, chez les anciens habitants des Indes Ultimes. Qu'il ait été assimilé à Tsathoggua est surprenant mais possible.

Perita Dicendi a remarqué que l'écriture du Roi, l'écriture de Barzaï et celle d'Atal sont présentes dans le texte des Manuscrits Pnakotiques, d'une façon qui n'est absolument pas due à la fantaisie du scribe, mais qui est gouvernée par des règles précises :

Fa waasoxa faro an ge Tsathoggua A-L ven ar psewra et loyliel.

Dans la phrase ci-dessus, les mots en bleu sont en écriture du Roi, les mots en rouge en syllabaire de Barzaï, et les mots en noir en syllabaire d'Atal.

Pour Perita Dicendi, le scribe de langue wardwesān pensait dans sa langue, mais il savait qu'au wardwesān xanōn correspondait le mnarruc fa, etc. C'était sa façon à lui d'être bilingue. C'est comme si, de nos jours, un francophone disait "arbre" et "ciel" et écrivait "tree" et "sky".

Mais certains mots wardwesān n'avaient pas d'équivalent en mnarruc. Dans l'exemple ci-dessus, la particule verbale an, A-L (abréviation du nom propre Argabal) et l'article défini ar (qui n'existe pas en mnarruc). Le scribe les écrivait quand même, pour que le texte soit compréhensible pour les lettrés de sa communauté. Pour indiquer qu'ils ne faisaient pas partie du texte mnarruc, il les écrivait dans le syllabaire d'Atal. Les désinences des conjugaisons et déclinaisons des langues autres que le mnarruc sont aussi écrites dans le syllabaire d'Atal.

Les trois mots mnarruc ge (adverbe indiquant le passé), Tsathoggua et et, (pronom singulier de troisième personne) sont écrits dans le syllabaire de Barzaï. Ce sont des ajouts. Ils rendent le texte compréhensible en mnarruc. Le scribe les prononçait lorsqu'il lisait le texte en mnarruc, mais pas lorsqu'il le lisait en wardwesān.

Ce système, logique mais compliqué, a été utilisé pendant la partie la plus tardive des Temps Légendaires. Il a disparu de lui-même lorsque les rois du Mnar ont unifié le pays linguistiquement, avec leur brutalité coutumière, qui a fait disparaître jusqu'au souvenir des langues disparues. Seul le plateau de Leng, isolé, difficile d'accès, et au climat hostile, a réussi à conserver tant bien que mal sa langue ancestrale jusqu'à nos jours.

Telle était la conclusion de Perita Dicendi. Zhaem se dit qu'elle éclairait d'un jour nouveau l'histoire du Mnar.

La plupart des langues que l'on décèle ainsi dans les parties les plus anciennes des Manuscrits Pnakotiques n'ont pas été identifiées, et ne le seront sans doute jamais. Certaines ont pu laisser une petite partie de leur vocabulaire dans celui du mnarruc moderne. D'autres ont été totalement englouties dans les ténèbres du passé, et il n'en reste comme traces que quelques mots incompréhensibles, dans des textes vieux de plus d'un millénaire.


Dernière édition par Vilko le Dim 17 Sep 2017 - 13:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 28 Aoû 2017 - 21:28

Des chercheurs de l'Université d'État de l'Ohio ont déterminé vingt-et-une expressions faciales humaines. Moins favorisées que les humains, les gynoïdes de bas de gamme comme Isane ou Shonia n'en ont que quatre, exprimant la neutralité émotionnelle (bouche fermée horizontale), la bonne humeur (bouche fermée, commissures incurvées vers le haut), la tristesse (bouche fermée, commissures incurvées vers le bas) et la surprise (bouche ouverte). Les yeux et les sourcils, si parlants chez les humains, sont fixes chez les humanoïdes.

Lorsque Isane parle, sa bouche s'ouvre et se ferme comme celle d'un poisson, à chaque syllabe qu'elle prononce, mais ses mâchoires ne bougent pas.

Ce manque d'expressivité faciale n'est absolument pas compensé par l'intonation, qui est plate et mécanique. Toutefois, Isane utilise les gestes pour renforcer ses paroles, et par des sons non-verbaux : rires, soupirs, cris, etc, dont le nombre est illimité. Un petit rire à la fin d'une phrase, par exemple, indique que celle-ci est dite de façon sarcastique. Un grognement rapide indique la colère, un soupir indique le mécontentement, etc.

Les émotions exprimées par Isane sont bien sûr factices, un robot, même intelligent, n'a pas d'émotions comparables à celle d'un humain. D'un certain point de vue, c'est rassurant. Isane est toujours d'humeur égale. Elle est rationnelle, et les colères imprévisibles et sans cause apparente lui sont inconnues. Son comportement est calqué sur celui qui était censé être celui des jeunes femmes de la bourgeoisie de Sarnath vis-à-vis de leurs maris, à l'époque du roi Robert, père du roi Andreas.

Ces jeunes femmes ont été décrites avec force détails par la romancière mnarésienne Zara Obizen. Zhaem a essayé de lire La Maison près du Pont, censé être un chef-d'œuvre. Il n'a pas réussi a dépasser le deuxième chapitre. Les joies, les peines et les états d'âmes des Mnarésiennes d'autrefois ne l'ont jamais réellement intéressé...

Le comportement des gynoïdes domestiques comme Isane est bien défini. Il implique la soumission envers le maître (équivalent du mari) et, à un moindre degré, envers toute autorité légitime. Le dévouement, l'affection, le désir charnel et la franchise envers le maître. La courtoisie, la compassion et l'empathie envers les êtres vivants, et plus spécialement envers les humains. Par rapport aux héroïnes des romans de Zara Obizen, il ne manque à Isane que l'envie d'avoir des enfants et la dévotion religieuse, qui sont sans objet pour une humanoïde.

Le seul trait de caractère d'Isane que Zhaem trouve parfois redoutable est sa franchise, souvent à la limite de la dureté. Il s'en est plaint à Isane, qui lui a répondu en lui lisant un paragraphe du Code de Conduite des Humanoïdes Domestiques :

"Tout en restant courtoise dans ses paroles, la gynoïde domestique sera d'une franchise totale vis-à-vis de son maître, même si cela doit le faire souffrir. Cette souffrance est un moindre mal par rapport à la complaisance excessive envers soi-même qui finit inévitablement par affecter quiconque n'entend que des flatteries. Cette complaisance excessive peut en effet amener celui qui en est atteint à prendre de mauvaises décisions, à avoir une image erronée de lui-même, et peut même favoriser l'apparition de pathologies mentales telles que l'hubris."

Quand Isane dit la vérité à Zhaem sans prendre de gants, il lui arrive de se vexer. Mais il en vient toujours à se dire qu'en fait, c'est pour son bien. Cela ne l'empêche pas de considérer que parfois, même l'intelligence artificielle qui parle par la bouche d'Isane peut se tromper.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 29 Aoû 2017 - 11:42

L'être humain est ainsi fait que l'habitude émousse son plaisir. C'est vrai pour tout, que ce soit le fait de manger un aliment particulier, ou de faire l'amour avec une certaine personne. On finit par devenir blasé. Mais la nature a fait en sorte que l'appétit ne cesse jamais. Même si l'on se lasse de manger du caviar tous les jours, on a quand même faim à l'heure des repas. C'est vrai aussi sur le plan sexuel. C'est pourquoi les gynoïdes se déguisent, changent de perruque et de vêtements, adoptent une nouvelle personnalité, et participent avec leur maître, que l'on appelle un fembotnik, à des "jeux" qui vont du simplement coquin au carrément pervers. Les manbotchicks, l'équivalent féminin des fembotniks, en font de même avec leurs androïdes.

Eneas Tond avait parlé à Zhaem Klimen du Cercle Paropien, le club de fembotniks (et de manbotchicks) dont il avait fait partie. Il avait décrit notamment la section poker du Cercle, dont le titre de gloire, connu dans tout Hyltendale, est que la conseillère municipale Perrine Vegadaan y a conçu son fils Népomouk, lors d'une orgie consécutive à une partie de poker. L'identité du père est inconnue. Dans n'importe quelle autre ville mnarésienne, les participants à l'orgie auraient été arrêtés par la police des mœurs, et Perrine Vegadaan mise au ban de la société, déchue de son mandat politique et réduite au rang de prostituée. Mais pas à Hyltendale, où les cybersophontes veillent à ce que les fembotniks puissent faire ce qu'ils veulent, du moment qu'ils ont de l'argent.

Hyltendale est aussi la seule ville où les homosexuels peuvent s'associer, dans le Club Antinoüs et quelques autres. Partout ailleurs, ils sont pourchassés, et, au choix, lynchés par la foule ou envoyés d'autorité dans des hôpitaux psychiatriques. C'est pourquoi la vérité officielle est qu'il n'y a pas d'homosexuels au Mnar, sauf à Hyltendale, une ville qu'il est de bon ton de mépriser, dans les  milieux respectables.

Zhaem, habitué à la liberté des mœurs typique de l'Aneuf, n'a pas été trop dépaysé à Hyltendale, du moins sur ce plan. Suivant l'exemple d'Eneas Tond, il a adhéré au Cercle Paropien, où la débauche coexiste sans problème avec des idées conservatrices, ce qui lui convient fort bien. Comme la plupart des habitants d'Hyltendale, les adhérents du Cercle Paropien sont majoritairement monarchistes, parce que le roi les protège des très dangereux théocrates de Yog-Sothoth. Même la politique d'expulsions massives vers Hyagansis, mise en œuvre sans faiblesse par le roi Andreas, n'arrive pas à faire disparaître les théocrates.

Zhaem et Eneas, qui se sont connus en Aneuf, correspondent occasionnellement par e-mail. Zhaem a pu ainsi faire connaissance avec Yohannès Ken, auprès de qui il a été recommandé par Eneas. Yohannès a trouvé sympathique le jeune ingénieur aneuvien devenu restaurateur à Hyltendale. Tous deux ont en commun d'être devenus des fembotniks après des expériences malheureuses avec la gent féminine, quoique pour des raisons différentes.

Certains fembotniks ont des enfants, ou en adoptent. Ces jeunes Hyltendaliens, dont Népomouk Vegadaan fait partie, ont été élevés par des humanoïdes et considèrent qu'ils font partie de leur famille. Toutefois, ils savent qu'à l'âge adulte ils devront aller travailler dans d'autres villes. Cela ne les inquiète pas, sachant qu'ils seront prioritaires pour être embauchés par les Jardins Prianta ou l'Institut Edonyl, qui appartiennent à des cyborgs.

Zhaem a vu le jeune Népomouk accompagner sa mère au Cercle Paropien. Un petit garçon bien élevé et bien habillé.

Lorsque Perrine et Népomouk furent partis, Yohannès dit à Zhaem :

"As-tu remarqué ? Népomouk parle comme un humanoïde."

"Ah bon ? Moi, j'ai seulement trouvé qu'il parlait bien. J'ai compris tout ce qu'il a dit ! Et pourtant le mnarruc n'est pas ma langue maternelle..."

"Justement... Les seuls qui parlent comme ça, à part les humanoïdes, ce sont les présentateurs de la télé, parce que c'est un accent neutre. Pour être exhaustif, on peut ajouter le roi quand il fait un discours, et peut-être quelques snobs à Sarnath. Au total, pas grand-monde. À part les humanoïdes, personne ne parle comme ça en privé. Nous avons nos argots, nos accents régionaux, et nous en sommes fiers. Moi je suis d'Ulthar, et pendant des années j'ai essayé de faire disparaître mon accent. Puis j'y ai renoncé, quand je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de honte à être ultharien, même si je garde quelques mauvais souvenirs de cette ville."

"Mais le petit Népomouk est né ici, et il a été en contact avec des humanoïdes dès sa naissance. C'est normal qu'il ait pris leur accent..."

"Bien sûr... Mais il parle comme les bourgeois de Sarnath il y a un siècle. Pour un enfant, ça fait bizarre."

"Il parle comme le roi," objecta Zhaem.

"En privé, le roi parle avec l'accent des aristocrates de Sarnath. Ce n'est pas tout à fait le même qu'il y a un siècle. As-tu entendu sa fille, la princesse Modesta, parler à la radio, quand elle est interviewée ? Elle parle comme la jeune fille branchée qu'elle est. Pas exactement comme son père. Le roi Andreas parle en privé comme les jeunes gens branchés de son époque, il y a trente ans. Ces jeunes gens branchés d'il y a trente ans ne parlaient eux-mêmes pas exactement comme leurs parents... Mais les humanoïdes parlent comme on écrivait il y a un siècle..."

"Pourquoi ne parlent-ils pas comme tout le monde ?"

"Parce que leurs logiciels linguistiques ont été conçus une fois pour toutes il y a cinquante ans, par des gens pour qui le bon mnarruc était celui qu'ils avaient appris à l'école, dans leur jeunesse..."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 29 Aoû 2017 - 13:17

Ah ! Ça y est ! Je m'rappelle ! Nepomouk est un humain, c'est Hugo, le robot. C'est lui qui lui a servi de répétiteur, quand le fils de Perrine était en apprentissage linguistique (l'équivalent du CP chez nous, et le la 1re en Aneuf) ?
Je ne pense pas, quand Eneas a parlé à Zhæm des charmes de Zodonie (même si ce sont deux compatriotes), qu'il lui ait dit avec précision ce que lui recherchait. On a beau être Aneuvien, et même Santois*, on reste quand même sur son quant-à-soi, notamment pour certaines paraphilies.




*Quand il travaillait chez Somýropa, Zhæm habitait, certes non loin de Wynex, mais côté santois : à l'extrême-est de la sante de Sense. Wynex, c'est l'endroit hors-carte de la province, où les deux lignes qui se rencontrent n'ont pas la même couleur : cyan pour le courant alternatif, jaune pour le continu.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 29 Aoû 2017 - 13:50

Anoev a écrit:
Ah ! Ça y est ! Je m'rappelle ! Nepomouk est un humain, c'est Hugo, le robot. C'est lui qui lui a servi de répétiteur, quand le fils de Perrine était en apprentissage linguistique (l'équivalent du CP chez nous, et le la 1re en Aneuf) ?

Exactement ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 30 Aoû 2017 - 15:07

Une partie de la clientèle du Psu Gasi, le restaurant dont Zhaem Klimen est le co-gérant, est constituée de gynoïdes et d'androïdes accompagnant les humains avec lesquels ils cohabitent. Ces gynoïdes et ces androïdes sont des robots humanoïdes, et donc ne mangent pas la nourriture des humains. Ils en évitent même le contact, de peur de tacher leur peau synthétique.

Par ailleurs, les Mnarésiens, dont beaucoup sont très pauvres, considèrent comme choquant, et même immoral, de gaspiller de la nourriture. Mais manger ensemble est très important pour le bien-être mental des humains. Un humain qui vit avec une gynoïde a naturellement envie de partager ses repas avec elle.

Les restaurateurs hyltendaliens ont donc trouvé divers moyens de faire en sorte que les humains et les humanoïdes mangent ensemble dans leurs établissements, mais en faisant en sorte que les humanoïdes et les humains ne consomment pas les mêmes plats. Les humanoïdes ne mangent pas et ne boivent pas, ils peuvent seulement faire semblant. Autant donc leur donner de l'eau qui robinet, qui est bon marché et ne fait pas de taches sur leur peau synthétique.

Au Psu Gasi, les humanoïdes prennent, au lieu d'un repas, une bouteille d'eau dite "de Skanuklo", pour le prix de huit ducats, une somme à peu près égale au bénéfice moyen que le restaurant fait sur chaque client.

Cette bouteille est servie avec un bol, une petite cuillère et un verre. La gynoïde porte l'eau à sa bouche, depuis le bol, avec la petite cuillère, ce qui lui prend du temps. Pendant ce temps, son maître humain, le fembotnik, assis en face d'elle, mange une nourriture plus classique. Le fembotnik et la gynoïde boivent ensemble, lorsque la gynoïde porte son verre à ses lèvres. Après le repas, la gynoïde ira dans les toilettes régurgiter l'eau qu'elle a absorbée.

Les bouteilles de Skanuklo sont munies d'un bouchon mécanique réutilisable. Après le départ des clients, les serveurs androïdes emmènet dans les cuisines les bouteilles restées sur les tables et les remplissent d'eau du robinet.

Zhaem était allé assez souvent au restaurant avec des gynoïdes, lorsqu'il n'était encore qu'un touriste étranger, et jamais il n'avait regardé de près une bouteille d'eau de Skanuklo. Par curiosité, il en prit une dans les réserves du Psu Gasi et l'examina.

La bouteille était en matière plastique bleue, avec une étiquette blanche, ornée d'un dessin à l'encre noire représentant Cthulhu entouré de poissons. Elle portait une mention en lettres rouges :

SKANUKLO LAR — 1 litr

Comme on était au Mnar, il était probable que le plastique de la bouteille était en fait du bioplastique, fabriqué à partir de déchets végétaux et de matières organiques diverses, auquel on avait ajouté, lors de sa fabrication, un quelconque colorant rouge.

Il y avait aussi des bouteilles de Skanuklo plus petites, d'une contenance de 25 centilitres, que l'on vend dans les bars pour le prix d'une bière ou d'un café. L'étiquette était presque la même :

SKANUKLO LAR — ¼ litr

Zhaem se souvenait avec nostalgie de la première fois où il avait emmené une gynoïde boire un verre à la terrasse d'un café, dans l'une des rues piétonnes de Zodonie. C'était avec une gynoïde de charme, aux longs cheveux blonds. Elle s'appelait Virna, elle parlait aneuvien, et c'était elle qui l'avait poussé, plusieurs mois après leur première rencontre, à introduire des virus dans le système informatique de Somýropa. Un acte qu'il ne regrettait pas, tant il en voulait encore à son ancien employeur. Cinq années de harcèlement, ça ne s'oublie jamais.

Zhaem ne s'était jamais donné la peine de regarder de près les bouteilles de Skanuklo. À l'époque, il s'avait seulement que c'était une boisson pour les humanoïdes, et pas pour les humains. Une boisson transparente et inodore, qui ressemblait à de l'eau. Zhaem ne savait pas, à l'époque, que c'était réellement de l'eau, bien que lar signifie "eau" en mnarruc. Lorsqu'on offre une boisson à une gynoïde dans un bar, ce n'est pas la boisson que l'on paye, c'est d'être en compagnie de la gynoïde dans un environnement pittoresque.

Une bouteille d'eau de Skanuklo... Zhaem était songeur. C'était l'un de ces objets auxquels on ne fait pas attention lorsqu'on vit à Hyltendale, mais qui sont aussi typiques de cette ville que la bière bavaroise est typique de Munich.

Pendant les derniers mois qu'il avait passés en Aneuf, Zhaem avait vendu son appartement et sa voiture et transféré son argent à Hyltendale, par l'intermédiaire d'un compte-écran. Pour réduire au maximum ses dépenses, il avait emménagé dans un studio minuscule, dans une petite commune à la périphérie de Wynex, la ville où se trouvent les locaux de Somýropa. Lorsqu'il avait quitté définitivement l'Aneuf, il avait laissé dans le studio tout ce qu'il n'était pas pratique d'emporter en avion. Ses meubles (un lit, une table, une chaise et une armoire), ses appareils ménagers (un frigo et un four à micro-ondes), sa vaisselle, la plupart de ses vêtements et quelques livres. Il avait scanné ses documents personnels et déposé les originaux dans un coffre de banque.

La police aneuvienne avait découvert l'existence du coffre, après le départ de Zhaem pour Hyltendale, en faisant une réquisition de routine auprès de la banque où il avait son compte bancaire aneuvien. Des policiers avaient perquisitionné dans le coffre, en son absence, mais en présence du directeur de la banque. Ils cherchaient des indices pouvant les aider à faire progresser leur enquête concernant le piratage informatique dont Somýropa avait été victime. Évidemment, ils n'en trouvèrent pas, et les documents personnels de Zhaem restèrent dans le coffre.

Le directeur de la banque fit savoir à Zhaem, par e-mail, que le contrat de location du coffre ne serait pas renouvelé, le fait que Zhaem soit un suspect dans une enquête judiciaire étant susceptible de nuire à la réputation de la banque.

Zhaem répondit en demandant au directeur de lui envoyer le contenu du coffre par colis aérien, à ses frais. Par prudence, il donna l'adresse du restaurant Psu Gasi plutôt que celle de son domicile. Le directeur de la banque fut heureux de se débarrasser ainsi d'un client devenu gênant. Désormais, Zhæm Klimen n'avait plus qu'un compte bancaire inactif dans son agence.

Les documents personnels de Zhæm arrivèrent au Psu Gasi dans un carton. Zhæm les emmena chez lui, à Tomorif, et les mit sous son lit, dans une caisse métallique.

Le directeur de la banque était un Aneuvien patriote, au sens civique développé. Il avisa la police de l'adresse donnée par Zhaem à Hyltendale. Un seul enquêteur était encore chargé du dossier, tout espoir étant perdu d'identifier le traître qui avait introduit les virus dans l'ordinateur d'Agatha. L'enquêteur transmit l'information à Somýropa, l'un des directeurs lui ayant confié que, pour contacter Zhæm Klimen depuis sa démission, ils n'avaient plus que l'adresse électronique qui était déjà la sienne lorsqu'il habitait encore en Aneuf.


Dernière édition par Vilko le Mer 30 Aoû 2017 - 16:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 30 Aoû 2017 - 15:35

Cette affaire de virus informatique allait apporter quelques nuages supplémentaires aux relations entre les deux pays qui n'étaient déjà pas au beau fixe. Les seuls témoignages vis à vis de Zhæm étaient des témoignages (défavorebles) de moralité et ne constituaient pas des preuves. Eneas Tonnd fut même interviouvé, mais ça ne menait nulle part ; pourtant la police avait des espoirs de ce côté-là, parce que Tonnd avait fait un séjour prolongé dans la Monarchie d'Andreas, et qu'il n'en était pas vraiment revenu emballé. Bref : rien de concret, mais un climat de vague suspicion qui fit se tasser les demandes de visas au pays des robots affectueux, comme certains appelaient le Mnar. En somme, du moins depuis l'Aneuf, les seules personnes intéressées par Hyltendale voulaient se faire oublier d'une manière ou d'une autre (justice : problème pénal ou divorce difficile ; relations humaines (professionnelles ou autres) devenues exécrables).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 30 Aoû 2017 - 21:20

Les chiens se méfient instinctivement des humanoïdes, et refusent de se laisser approcher par eux. En effet, bien qu'ils ressemblent à des humains, qu'ils parlent comme des humains, et qu'ils marchent comme des humains, les humanoïdes n'ont pas l'odeur chaude et organique des humains. Ils n'ont même pas une odeur d'être vivant. Les androïdes et les gynoïdes de travail n'ont pas d'odeur du tout. Pour un chien, c'est comme si c'étaient des zombies, car un être vivant doit toujours avoir une odeur.

Les chiens finissent toutefois par s'habituer aux humanoïdes, sauf lorsque ceux-ci essaient d'entrer dans ce que le chien considère comme son territoire ou son périmètre de sécurité. Pour lui, c'est trop. Imaginez, être humain que vous êtes, qu'un mort-vivant essaye de vous toucher... Le chien réagit avec hostilité, en montrant les crocs et en aboyant, afin de faire fuir les humanoïdes qui lui paraissent menaçants.

Isane le sait bien. Ses vêtements, sa peau synthétique et sa perruque sont imprégnés d'un discret parfum à la cannelle, toujours le même. Les chiens de ses voisins y sont habitués et la reconnaissent à ce parfum. Elle se garde bien d'approcher les chiens ou de les regarder fixement. Souvent, ils grognent à son passage.



Dans la vidéo ci-dessus, le chien a visiblement peur du robot, une forme de vie qu'il ne comprend pas. Obéissant à son instinct de chasseur en meute, il essaie de l'encercler. Le problème c'est qu'il est tout seul, et ce n'est pas facile d'encercler quelqu'un quand on est tout seul... Si, dans cette vidéo, les chiens étaient plusieurs, ils encercleraient le robot avant de l'attaquer tous ensemble, le nombre faisant la force. C'est la raison pour laquelle, tout comme les humains, Isane évite les groupes de chiens errants.

La rue Sellaggeg, où habitent Zhaem et Isane, est située tout près de la campagne et de ses forêts, où des chiens redevenus sauvages vivent en meutes, se nourrissant de lapins et d'oiseaux. Les cybermachines qui travaillent dans les exploitations agricoles n'ont rien à craindre des chiens et les ignorent. En période de famine, il arrive que des chiens sauvages sortent des forêts et s'aventurent, en quête de nourriture, jusque dans les rues d'Hyltendale, où des androïdes les abattent à coups d'arbalètes.

"Pourquoi ne pas utiliser des carabines ?" demande Zhaem à Isane.

"Parce que seuls les militaires et les policiers ont le droit d'utiliser des armes à feu. Les androïdes qui tuent les chiens errants sont des travailleurs civils, requis par l'intelligence collective des cybersophontes."

"En Aneuf, on capture les chiens errants et on les envoie dans des refuges" dit Zhaem.

"Chaque pays a ses lois et ses usages" répond Isane sentencieusement. "À Hyltendale, les cadavres des chiens morts sont mis dans des chariots, et emmenés à la campagne par les androïdes, pour être jetés dans les bois. Ils retournent à la nature."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 4 Sep 2017 - 14:15

Lorsqu'il n'était pas en train de goûter des plats ou du vin, Zhaem était avec Isane, sa gynoïde, dans son petit bureau du restaurant Psu Gasi.

Il passait la plus grande partie de son temps à jouer, s'informer ou regarder des vidéos sur l'ordinateur, pendant qu'Isane était allongée sur la banquette. Parfois, c'était l'inverse. Zhaem dormait sur la banquette pendant qu'Isane s'asseyait sur la chaise, la tête entre les bras posés sur le bureau.

Zhaem et Isane passaient aussi beaucoup de temps à discuter, assis l'un contre l'autre sur la banquette. Zhaem, qui était aneuvien, essayait de comprendre la culture mnarésienne, et ce n'était pas toujours facile pour lui.

"Tu me dis que chaque civilisation a son livre sacré, et que le livre sacré du Mnar, ce sont les Manuscrits Pnakotiques" lui dit-il ce jour là. "Mais c'est faux ! Nous les Aneuviens, nous avons une civilisation, mais nous n'avons pas de livre sacré !"

"La philosophe Perita Dicendi pense que si," lui répondit Isane. "Les trois grands méchants de votre histoire sont bien les nommés Deskerrem, Ruz et Hakrel ? C'est bien ainsi qu'ils sont décrits dans les livres d'histoire utilisés dans les écoles aneuviennes ?"

"Oui, bien sûr."

"Si les manuels d'histoire aneuviens avaient été écrits par des partisans de Deskerrem ou d'Hakrel, les gentils et les méchants seraient inversés... Lorsque les livres d'histoire contiennent non seulement des faits historiques, mais aussi une vision morale, ils jouent, dans les faits, le rôle de livres sacrés... De même, la constitution aneuvienne présente comme une évidence que les hommes et les femmes doivent être égaux, et que le gouvernement doit représenter la volonté du peuple ?"

"Oui, l'Aneuf a une constitution démocratique !"

"L'idée que la démocratie est le meilleur des régimes n'est pas évidente pour tout le monde, et l'idée que les hommes et les femmes doivent être égaux, non plus. Tu es bien placé pour le savoir... D'ailleurs, certaines religions écartent expressément l'idée que les hommes et les femmes sont égaux. Il y a donc une part de foi dans la consitution aneuvienne. Un Aneuvien est censé croire à l'idée que la démocratie est le meilleur des régimes, à l'égalité de tous avec tous, et au caractère sacré de la liberté... Quelle importance la constitution aneuvienne a-t-elle pour toi ?" demanda Isane.

"C'est la base sur laquelle reposent toutes les lois aneuviennes..."

"Et cette base inclut des préceptes moraux. L'égalité entre les hommes et les femmes, la liberté pour tous, ce sont des préceptes moraux... Ces préceptes, comme tu as dû t'en apercevoir ici à Hyltendale, sont peut-être évidents en Aneuf, mais beaucoup moins au Mnar. La constitution aneuvienne est, en pratique, un texte sacré de la civilisation aneuvienne. Perita Dicendi dit qu'un manuel d'histoire aneuvienne, si on y joint un exemplaire de la constitution, c'est le livre sacré de l'Aneuf actuel."

"Mais l'Aneuf est un pays laïque, il n'a pas besoin de livre sacré !" s'exclama Zhaem.

"Même une civilisation laïque a besoin d'un livre sacré. L'Aneuf a un livre sacré laïque, c'est son histoire et sa constitution. Le Mnar a un livre sacré de nature religieuse, ce sont les Manuscrits Pnakotiques."

"Voyons, Isane, comment peuvent-ils être sacrés puisqu'on n'y comprend rien ?"

"Ils sont interprétés et commentés par des théologiens qui passent toute leur vie à les étudier. Les Manuscrits Pnakotiques sont sacrés, donc on ne peut plus les modifier. Mais les commentaires sont libres, et ce sont les commentaires qui définissent la vision du monde des Mnarésiens. Par exemple, La Contemplation d'Azathoth..."

"Isane, je n'ai pas lu ce livre..."

"Alors, le mieux, c'est que je t'en récite un passage. Après le jour vient la nuit. Seul parmi les dieux et tout ce qui porte un nom, Azathoth a toujours existé et existera toujours ! Êtres humains, prosternez-vous devant les symboles et adorez Azathoth, car, dieux et hommes, étoiles et poussières, tout est issu de lui, et tout reviendra à lui, comme il en a toujours été dans l'éternité du passé, et comme il en sera aussi dans l'éternité de l'avenir. Hors de cela, rien ne mérite d'être connu."

"J'ai déjà entendu des phrases semblables, prononcées par les croyants d'autres religions..."

"Bien sûr. Mais ce qui est spécial, c'est que d'après les Manuscrits Pnakotiques, Azathoth est aveugle, sourd et idiot..."

"Si c'est le cas, alors à quoi ça sert de l'adorer ?" demanda Zhaem.

"Azathoth aveugle, sourd et idiot, c'est une façon de dire que l'univers est indifférent à l'homme. Que l'homme existe ou qu'il n'existe pas, cela n'a aucune importance pour l'univers. Il découle aussi de cette citation qu'il n'y a pas d'âme immortelle. Après la mort, nous revenons à l'univers... Cet univers qui est aveugle, sourd et idiot. Le chaos originel, à la fois cause première et phase ultime."

"C'est terrible..." dit Zhaem.

"Après le jour vient la nuit. C'est une allusion au second principe de la thermodynamique. La mort est l'état le plus probable, la vie est une exception improbable et éphémère," dit tranquillement Isane.

"Mais tous les Mnarésiens ne croient pas ça, quand même ?"

"Non. Le culte d'Azathoth est une religion de cybersophontes. La plupart des Mnarésiens sont des adorateurs de Yog-Sothoth, de Nath-Horthath ou de Tsathoggua, des dieux qui promettent une forme de survie après la mort. Même si c'est assez ambigu avec Tsathoggua, qui est traditionnellement décrit comme étant le petit-fils d'Azathoth."

"Et tout ça découle du même livre..."

"Oui. C'est pour ça que les Manuscrits Pnakotiques sont si difficiles à lire..."

Pendant ce temps, bien loin de là, en Aneuf, chez Somýropa, les rumeurs allaient bon train concernant Zhaem. Le bruit s'était répandu qu'il travaillait ou habitait dans un restaurant à Hyltendale, puisque c'était l'adresse qu'il avait donnée à sa banque. Ses anciens collègues avaient recherché le restaurant sur Internet, et avaient trouvé des photos de sa devanture, et même des appréciations, pas toujours flatteuses, faites par les clients. L'un d'eux avait écrit, en aneuvien : "C'est de la bouffe de cantine. Même mon ancienne femme cuisine mieux que ça."

Depuis l'affaire du piratage du système informatique de Somýropa et le vol de ses secrets techniques, plus personne dans l'entreprise n'osait aller faire du tourisme à Hyltendale, parce que les données volées par les virus espions avaient été transférées vers des serveurs informatiques mnarésiens.

Un journaliste aneuvien nommé Oskar Kilnery, spécialisé en informatique et qui travaillait pour plusieurs magazines, avait enquêté sur l'affaire Somýropa. Initialement, l'intérêt de l'affaire, pour lui, c'était le type des virus utilisés, dérivés du virus américain Stuxnet, mais dont certaines caractéristiques étaient typiques des Mnarésiens, et plus précisément des cybersophontes. Suite à son enquête, Kilnery avait gardé des liens avec des employés de Somýropa, à tous les niveaux de la hiérarchie.

C'étaient ses contacts chez Somýropa qui avaient donné à Kilnery l'adresse du restaurant où travaillait Zhaem Klimen. Quelques mois plus tard, de retour d'un congrès d'informaticiens au Japon, il se trouva faire escale à Hyltendale.  

Il décida de tenter sa chance au culot. Il téléphona au Psu Gasi pour demander à rencontrer Zhaem Klimen. Kilnery ne parlait pas le mnarruc, mais un homme parlant anglais avec un accent américain prit note de son appel, et deux jours plus tard Zhaem Klimen en personne le rappela. Après que Kilnery se soit présenté et lui ait dit qu'il préparait un reportage sur Somýropa, Klimen lui apprit qu'il était le co-gérant du restaurant Psu Gasi.

Kilnery était habile à faire parler les gens sans qu'ils s'en rendent compte. Il réussit à faire dire à Klimen que le propriétaire du Psu Gasi était la richissime femborg Ondrya Wolfensun. Kilnery proposa à Klimen de le rencontrer. Ce dernier accepta, à condition que ce soit lors d'un déjeuner dans son restaurant.

Une fois sa conversation téléphonique avec Klimen terminée, Kilnery fit quelques recherches dans le réseau informatique mondial. Il apprit ainsi qu'Ondrya Wolfensun était une femme d'affaires (ou plutôt : une femborg d'affaires) mnarésienne, impliquée dans un nombre impressionnant d'arnaques financières. Elle était notamment suspectée d'avoir aidé plusieurs fois des escrocs aneuviens à transférer à Hyltendale leur argent mal acquis.

L'information stimula l'intérêt de Kilnery. Cela confirmait sa suspicion selon laquelle Zhaem Klimen était un magouilleur travaillant avec les Mnarésiens. Il ne manquait plus grand-chose, désormais, pour faire le lien entre Klimen et le piratage de Somýropa...

Kilnery était assez tendu lorsu'il se rendit au Psu Gasi pour y rencontrer Zhaem Klimmen. Il avait le sentiment de jouer le rôle d'un espion ou d'un policier, et ça ne lui plaisait pas du tout. Il était journaliste et informaticien, pas agent secret. De plus, il avait entendu dire tellement de mal de Zhaem Klimen par ses anciens collègues qu'il s'attendait au pire.

Il fut surpris d'être accueilli au Psu Gasi par un homme d'environ trente-cinq ans, donc un peu plus âgé que lui, au physique agréable, et vêtu de façon décontractée d'une chemisette beige flottant sur un pantalon gris foncé, qui le reçut avec courtoisie et l'emmena à une table un peu à l'écart.

"Je suis Zhaem Klimen" lui dit l'homme en aneuvien.

Klimen n'était pas seul. Il était accompagné d'une gynoïde, dont le visage figé et les longs cheveux noirs étaient les mêmes que ceux des milliers de gynoïdes qui, à Hyltendale, travaillent comme vendeuses dans les pharmacies ou serveuses dans les cafés.

"Monsieur Kilnery, je vous présente Isane, mon assistante personnelle. J'ai accepté d'avoir un entretien avec vous, mais sous condition qu'Isane y assiste."

"Ce n'était pas la peine, Monsieur Klimen... Vous êtes un adulte plutôt robuste, vous ne risquez rien avec moi. Surtout ici, dans votre restaurant," dit Kilnery en souriant.

"Isane est mon assistante. Pour moi, ce déjeuner est une réunion de travail, puisque je suppose que ce n'est pas pour le plaisir de faire ma connaissance que vous êtes là. Il est donc normal que mon assistante soit là aussi," dit Zhaem d'une voix ferme.

Kilnery regarda la gynoïde. Elle était vêtue d'une blouse grise à longues manches, boutonnée jusqu'au cou, et ornée de morceaux de tissu multicolores et de motifs bizarres, comme un tableau d'art abstrait. Son pantalon était en grosse toile noire. En mnarruc, on appelle le genre de blouse que portait Isane une wytha. Chaque wytha est unique, et permet de reconnaître la gynoïde qui la porte, mais Kilnery ne le savait pas. Le nom de la gynoïde est écrit en code Morse sur la wytha, mais Kilnery ne savait pas lire le Morse.

"Mister Kilnery" dit la gynoïde en anglais, de sa voix qui ressemblait aux messages enregistrés que l'on entend dans les gares et les aéroports, "Je n'interviendrai pas dans la discussion que vous allez avoir avec mon patron. Mon travail consiste uniquement à être à sa disposition. Et aussi à la vôtre, si vous voulez me poser des questions."

Kilnery se sentit soulagé. Si la gynoïde parlait anglais avec lui, cela voulait dire qu'elle ne parlait pas l'aneuvien. Il pourrait donc parler librement avec Klimen. En quoi il se trompait, car l'intelligence artificielle qui contrôle Isane à distance connaît plusieurs centaines de langues et dialectes. Mais Oskar Kilnery savait peu de choses sur les humanoïdes, le Mnar ou Hyltendale. Isane voulait que Kilnery se sente en confiance avec Zhaem, et le moyen le plus simple, c'était de lui laisser croire qu'elle ne comprenait pas ce qu'ils se disaient.

Zhaem commanda deux verres de Vin de Lune, rouge et sirupeux, en apéritif, pour lui-même et pour Kilnery, et une bouteille d'eau de Skanuklo pour Isane.

Boire du Vin de Lune ne se fait pas n'importe comment. On le regarde, on le fait tourner dans son verre, on le goûte, on en parle, on en boit encore un peu... Un commentaire philosophique sur la brièveté de la vie et du bonheur, ou sur la bonté des dieux, qui ont donné le vin à l'homme pour le consoler de ses souffrances, est toujours bien vu. On peut même réciter des vers, et Zhaem ne se priva pas du plaisir de le faire, à la grande surprise de Kilnery.

Lorsque les entrées furent servies, Kilnery posa à Zhaem la question qu'il avait préparée avant de venir :

"Monsieur Klimen, comment êtes-vous devenu co-gérant d'un restaurant à Hyltendale, vous qui êtes aneuvien, et ingénieur de formation ?"

"Les hasards de la vie... J'ai découvert Hyltendale en tant que touriste. J'ai eu envie d'y revenir, et chaque fois que j'y revenais, j'avais envie de rester plus longtemps. On a parfois le coup de foudre pour une ville ou un pays, ça ne s'explique pas, c'est comme ça. Lors d'un de mes voyages à Hyltendale, j'avais loué les services d'Isane, comme assistante personnelle et guide touristique."

Kilnery ne put s'empêcher de sourire...

"Je lui ai demandé s'il était possible pour un Aneuvien comme moi de trouver du travail à Hyltendale," dit Zhaem sans se troubler. "Pour diverses raisons, je ne me sentais plus aussi heureux qu'avant en Aneuf. J'avais envie de changer d'environnement. Isane m'a répondu qu'elle pouvait mettre une annonce pour moi dans le réseau informatique des cybersophontes, un réseau auquel eux seuls ont accès. J'ai accepté. Gros coup de chance, mon annonce a été lue par Ondrya Wolfensun, qui a contacté Isane pour lui demander plus de renseignements à mon sujet. Ce qu'Isane lui a dit a dû lui convenir, puisque Wolfensun m'a proposé ce job, dans ce restaurant qui lui appartient. J'ai accepté le job tout de suite. Vous voyez, c'est une histoire simple et banale."

"Pas si banale que ça, Monsieur Klimen, puisque très peu d'Aneuviens travaillent à Hyltendale. Votre histoire est très inhabituelle. N'y a-t-il pas eu autre chose... je pense à des contacts plus anciens... entre vous et Ondrya Wolfensun ? Ou entre vous et quelqu'un qui connaît Ondrya Wolfensun ?"

"Rien d'autre que cette annonce, Monsieur Kilnery. Je n'ai rencontré Ondrya Wolfensun qu'une seule fois dans ma vie, lorsque je suis allé la voir dans son bureau, pour signer mon contrat de travail," dit Zhaem, qui avait appris presque par cœur le texte qu'il avait préparé avec l'aide d'Isane.

Kilnery n'arriva pas à en savoir plus. Il se sentait un peu déçu. Zhaem Klimen ne ressemblait pas au traître de cinéma que ses anciens collègues lui avaient décrit. Ou peut-être que si. Ondrya Wolfensun n'avait sans doute rien à voir avec le piratage informatique dont Somýropa avait été victime. Mais peut-être avait-elle reçu l'ordre de l'intelligence collective des cybersophontes — ou de quelqu'un plus élevé qu'elle dans la hiérarchie secrète des cybersophontes — de donner un job à Klimen, en paiement de ses bons et loyaux services d'espion informatique au service du Mnar. Hypothèse séduisante, mais Kilnery savait bien qu'elle ne s'appuyait sur aucune preuve.

La conversation dériva vers d'autres sujets.

"Monsieur Klimen, peut-être aurez-vous envie, un jour de fonder une famille ? Est-ce qu'un tel projet est possible à Hyltendale ?" demanda Kilnery, qui venait de se marier.

"Les enfants coûtent cher, à Hyltendale, mais je connais une dame qui en a un," dit Zhaem, en pensant à Perrine Vegadaan. "Qui sait, un jour, peut-être... Avec une manbotchick... Sait-on jamais..."

"Une manbotchick ?"

"À Hyltendale, c'est comme ça qu'on appelle une femme qui vit avec un androïde. Certaines d'entre elles sont encore jeunes et ont envie d'avoir des enfants. Elles ont alors le choix, soit de se faire inséminer artificiellement, soit de demander à un ami masculin de leur rendre ce service. Si un jour une manbotchick me le demande, et qu'on est bons amis, alors, hein, pourquoi pas..."

"Mais ensuite, qui joue le rôle du père, pour l'enfant ?"

"Au quotidien, c'est l'androïde de la mère. C'est le tonton androïde, comme on dit en mnarruc. D'ailleurs, les enfants l'appellent mase, ce qui signifie oncle maternel. Ceci étant, il est d'usage que le père biologique se fasse connaître de son enfant, et qu'il en fasse l'un de ses héritiers, voire son héritier principal s'il n'en a qu'un."

"Un enfant élevé par un androïde, quand même..." dit Kilnery, sur un ton dubitatif.

"Oh, pour ce que je peux en savoir, la plupart du temps ça se passe très bien. Les androïdes savent être affectueux et fermes à la fois. En Aneuf, j'ai connu plus d'un enfant d'alcoolique dépressif ou de brute épaisse, qui aurait préféré être élevé par un androïde, s'il avait eu le choix..."

"Quand même, Monsieur Klimen, avoir un robot comme beau-père, c'est spécial..."

"Les androïdes savent jouer un rôle. Une intelligence artificielle expérimentée les contrôle à distance. Avec les enfants, les androïdes jouent à merveille le rôle du père mnarésien traditionnel. Sans mentir à l'enfant, bien sûr. Il sait que l'androïde n'est pas son vrai père, mais son mase, l'oncle qui en tient lieu. Quoique, en fait, il s'agisse plutôt d'un beau-père, l'androïde étant le compagnon de la mère, et non pas son frère."

"Mais de temps en temps, il doit quand même y avoir des problèmes..."

"D'après ce que j'ai lu, il y en a moins que chez les humains élevés par leur beau-père ou leur belle-mère..."

Plusieurs fois au cours du repas, un serveur androïde en tenue blanche et noire vint murmurer quelque chose à l'oreille de Zhaem. À chaque fois, celui-ci se leva et s'éloigna vers les cuisines, en disant à Kilnery :

"Excusez-moi, j'ai des plats à goûter. Je reviens dans deux minutes."

Kilnery se retrouva ainsi en face d'Isane, qui buvait à la petite cuillère, lentement, l'eau de Skanuklo qu'elle avait versée dans un bol.

Son visage, ses cheveux, sa voix, étaient identiques à ceux des gynoïdes en uniforme rouge et blanc qui travaillaient dans l'hôtel où il était descendu. Kilnery n'aimait pas sentir sur lui les yeux cybernétiques, entièrement noirs, des humanoïdes. Ils lui faisaient penser à des yeux d'insecte ou d'extraterrestre. La créature nommée Isane n'avait de toute façon rien à lui dire, ce n'était qu'un robot, une machine fabriquée grâce à une technologie étrange qu'aucune nation n'était capable de copier jusqu'à présent.

Certains savants disent que pour reconstituer la formule du gaz pensant dont sont constitués les cerveaux cybernétiques, il faudrait avoir une intelligence allant bien au-delà des capacités humaines. C'était troublant. Malgré tout, Kilnery était sceptique. Ce genre de phrase ressemblait trop à ce qu'il avait entendu dire au sujet de codes réputés incassables, sauf si un ordinateur hyperpuissant passait dix mille ans à calculer toutes les possibilités. En général, ce genre de code ne résiste pas plus d'une demi-heure à un hacker disposant des bons logiciels. Kilnery s'était toujours dit que le gaz pensant était sans doute le même genre d'esbroufe.

"Did you visit the Locsap Museum yet, Mister Kilnery?" demanda la gynoïde.

Kilnery sursauta.

"Euh... Non. Je n'ai pas le temps, je suis seulement de passage. Et puis la peinture, moi, vous savez, je n'y connais rien..." répondit-il en anglais. Il avait l'impression désagréable de parler avec une intelligence artificielle, une entité incapable de penser comme un humain, mais très adroite à simuler un comportement humain.

"C'est dommage. L'art abstrait, c'est très hyltendalien," dit la gynoïde.

La conversation entre Kilnery et Isane continua ainsi, superficielle et décousue, jusqu'à ce que Zhaem revienne des cuisines.

Le Psu Gasi est un restaurant avec buffet à volonté, mais Zhaem et Kilnery étaient servis à leur table. C'est une mesure de faveur, parce que je déjeune avec l'un des deux co-gérants, se dit Kilnery.

Les clients du Psu Gasi étaient en majorité des touristes. Les hommes étaient plus nombreux que les femmes, ce qui est normal à Zodonie. Certains d'entre eux étaient accompagnés par des gynoïdes aux vêtements voyants. Jupes très courtes, talons aiguilles, pantalons moulants, décolletés plongeants et rires cristallins. L'ambiance était joyeuse, mais un peu bruyante et vulgaire.

"La clientèle de ce restaurant n'a sans doute rien à voir avec le vrai peuple mnarésien" dit Kilnery à Zhaem.

"Il y a pourtant des Mnarésiens parmi eux," répondit Zhaem. "Mais ils laissent leur culture traditionnelle de côté, lorsqu'ils viennent faire du tourisme à Zodonie. À Hyltendale, nous sommes un peu à part dans notre façon de vivre et de penser, par rapport au reste du Mnar. Nous sommes plus internationaux."

Kilnery remarqua le "nous".

Après le repas, un serveur servit les cafés, dans des petites tasses rondes de porcelaine blanche.

"C'est du café de la région de Türsifel, dans les montagnes de Baharna," dit Zhaem. "Il est d'usage de l'adoucir de quelques gouttes de lait, d'une pincée de cannelle et d'une demi-cuillerée de miel, dans des proportions fixées depuis des siècles. Le café que vous buvez a exactement la même saveur que celui que buvaient les riches marchands baharnais il y a deux cents ans."

Tout en conversant, Kilnery et Zhaem burent leurs cafés avec tout le respect dû à une boisson qui fait partie du patrimoine historique de Baharna, un royaume insulaire proche du Mnar. Isane, quant à elle, buvait silencieusement, à petites gorgées, de l'eau de Skanuklo, dans une tasse de bioplastique jaune.

Après le déjeuner, offert par Zhaem Klimen, Kilnery rentra à son hôtel en autobus, en se disant qu'il avait au moins appris une chose. S'il y avait eu complot, Ondrya Wolfensun en avait fait partie, et la gynoïde Isane aussi, puisqu'elle avait au moins servi d'intermédiaire. Mais les gynoïdes n'ont pas de volonté propre, elles sont contrôlées à distance par des cybermachines. Donc, l'intelligence collective des cybersophontes était impliquée. Plus Kilnery y réfléchissait, plus cela lui paraissait évident. Et plus il lui paraissait évident, aussi, qu'il n'y avait rien à faire, vu l'absence de preuves. Ça ne valait même pas la peine d'en faire un article.

Ou peut-être que si. Mais pas sur le piratage informatique. Plutôt sur la nature du pouvoir chez les cybersophontes. Dans l'Aneuf dictatoriale de Ruz et d'Hakrel, lorsque les services secrets faisaient un sale coup, on savait qui était responsable au plus haut niveau. À Hyltendale, au contraire, le pouvoir est comme une boîte noire. On peut identifier les agents, comme Zhaem, et les intermédiaires, comme Isane et Wolfensun. Mais les donneurs d'ordres restent cachés.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 5 Sep 2017 - 11:07

Céléphaïs est une grande ville mnarésienne de deux millions d'habitants, à mille deux cent kilomètres au sud-est de Sarnath, et cinq cent kilomètres à l'est d'Hyltendale. Elle est situé à l'extrémité orientale de la Mer du Sud. Un millier de kilomètres en direction du soleil levant, et l'on arrive en Californie. Cette proximité géographique relative a eu beaucoup d'importance dans l'histoire de la ville et de sa région.

C'est à Céléphaïs que les touristes américains ou aneuviens arrivent en avion, pour prendre l'hydravion en direction d'Hyltendale. Céléphaïs est une ville intermédiaire entre deux mondes, le monde mnarésien et le monde américain. C'est d'ailleurs pour cette raison que c'est l'une des deux villes mnarésiennes où les étrangers ont le droit de résider, l'autre étant Hyltendale.

La mémoire du roi Kouranès est toujours célébrée à Céléphaïs. On oublie souvent qu'il était américain, et que Kouranès n'était que son nom de guerre. Le royaume de Céléphaïs n'a eu qu’une existence éphémère, face à la politique de conquête des rois du Mnar. Kouranès avait eu le temps de faire de son royaume l'embryon d'un État moderne, avec des chemins de fer et un port de commerce, mais il avait contre lui tous ceux qui le soupçonnaient de vouloir faire venir à Céléphaïs des milliers d'Américains, dans le but de le faire annexer ensuite par les États-Unis, comme Hawai'i.

Tout indique, pourtant, que Kouranès voulait garder pour lui son royaume, baigné à la fois par la Mer de Californie et la Mer du Sud. Mais il est vrai que son pouvoir reposait sur les industries modernes créées à Céléphaïs par des Américains. Contrairement à Kouranès, ces chefs d'entreprise implantés à Céléphaïs avaient gardé des liens étroits avec la Californie.

De nos jours, l'ancien royaume de Céléphaïs n'est plus qu'une province mnarésienne parmi soixante autres, mais disposant du privilège d'avoir un aéroport international et une économie relativement développée. Sa population est mélangée d'éléments américains, ce qui se voit encore dans des patronymes typiquement céléphaïens comme Voon (de l'anglais Vaughn) et Garsi (de l'espagnol Garcia).

Le mnarruc parlé à Céléphaïs a toujours été plus proche des dialectes des marins de la Mer du Sud que de la langue des aristocrates et des militaires de Sarnath. Ce dialecte n'est pas enseigné dans les écoles, mais il est toujours vivant. L'anglais est presque une seconde langue, vu les relations anciennes, et jamais réellement interrompues, avec la Californie. Il est pourtant en recul, car il est désormais devenu inutile à la plupart des Céléphaïens, à cause des sanctions internationales.

Après les Évènements, la sanglante guerre civile qui a ravagé le Mnar pendant un an, tous les Céléphaïens qui le pouvaient se sont enfuis aux États-Unis ou au Canada. Cette émigration a été facilitée par le fait que la plupart des réfugiés parlaient déjà l'anglais.

Un effet imprévu a été l'émigration de la plupart des médecins et infirmières de Céléphaïs, dont beaucoup avaient été formés en Californie, ou dans des écoles céléphaïennes où une partie des cours était donnée en anglais, la médecine mnarésienne étant loin d'avoir le niveau requis.

Les médecins et infirmières ont été remplacés par des androïdes et des gynoïdes venus d'Hyltendale. Le baron Chim, conseiller cyborg du roi, et Yip Kophio, à l'époque directeur de la redoutée PSR*, ne manquèrent pas d'encourager le roi Andreas à confier la totalité secteur médical céléphaïen a des humanoïdes.

"Tout le monde a besoin de voir un médecin au moins une fois de temps de temps. Il sera facile pour nous de faire disparaître nos ennemis sans que personne ne puisse prouver quoi que ce soit... Une petite injection discrète, et hop... Le pauvre monsieur est mort en quelques jours d'une septicémie foudroyante. De plus, en centralisant les données médicales, nous connaîtrons la population de façon parfaite," dit le baron.

"Les gens préféreront voir des médecins qui sont des êtres humains" objecta le roi.

"Majesté, nous avons un avantage décisif... Le prix. Les androïdes travailleront vingt heures sur vingt-quatre, et ne demanderont qu'un paiement symbolique pour leurs prestations... Aucun médecin humain ne pourra tenir longtemps avec une telle concurrence."

"Mon objectif est avant tout de faire en sorte que les habitants de Céléphaïs soient soignés..." dit le roi.

"Ils le seront, Majesté ! Mieux qu'avant, et pour beaucoup moins cher !"

C'est ainsi qu'à Céléphaïs les humanoïdes remplacèrent les humains dans les professions médicales. Désormais, les ordonnances des médecins n'étaient plus signées, mais portaient le tampon bleu du FA (Femu Ashera, le corps médical humanoïde). Les administrateurs du FA sont des humains, des fonctionnaires venus de tout le Mnar, récompensés ainsi pour leur fidélité au roi.

Dans le désarroi et la pauvreté qui suivirent la fin des Évènements, la venue des médecins androïdes fut accueillie comme une bénédiction, même par les anciens rebelles.

Les Céléphaïens avaient en effet espéré en finir avec la tyrannie du roi Andreas. Même ceux d'entre eux qui n'avaient aucune sympathie pour les théocrates de Yog-Sothoth, majoritaires chez les rebelles, avaient rêvé d'une province de Céléphaïs autonome et protégée par les États-Unis, et s'étaient révoltés contre Sarnath, la lointaine capitale du Mnar. Après la défaite, la répression menée par l'Armée Royale et la PSR avait été sauvage. Le dixième de la population de la ville était mort ou avait été exilé vers Hyagansis. Un autre dixième, souvent le plus diplômé, s'était enfui à l'étranger.

Les biens des exilés et des rebelles tués furent saisis et distribués aux partisans du roi, ce qui bouleversa totalement l'économie de la ville. Pour la première fois depuis plus d'un siècle, elle passa entre les mains de gens qui n'étaient pas des descendants des compagnons de Kouranès, ni même originaires de Céléphaïs. Les Céléphaïens les surnommèrent les loups, par analogie avec cet animal prédateur, qui sort en bande des forêts pour dévorer le bétail. À Céléphaïs, on appelle loups (go, en mnarruc) les Mnarésiens qui s'installèrent à Céléphaïs après les Évènements, dans les fourgons de l'Armée Royale.

La prospérité revint, malgré les sanctions économiques et diplomatiques dont le Mnar faisait l'objet de la part du reste du monde. Mais désormais, beaucoup de Céléphaïens travaillaient pour l'Institut Edonyl ou les Jardins Prianta, deux entités appartenant à des cyborgs.

Chaque fois que Zhaem Klimen se rendait en Aneuf, son avion faisait escale à Céléphaïs. Une fois, Zhaem s'était arrangé pour passer une journée entière dans la ville. Il avait visité le port et admiré les bâtiments de style néo-classique, bâtis à l'époque de Kouranès. Beaucoup d'immeubles, endommagés pendant les Évènements, n'avaient toujours pas été rebâtis, mais simplement replâtrés à la va-vite. Les habitants étaient, pour la plupart, modestement vêtus, mais bien nourris, et il y avait peu de mendiants, les Jardins Prianta assurant un plein emploi artificiel.

Zhaem, qui à l'époque parlait déjà un peu le mnarruc, avait discuté avec des Céléphaïens dans un bar. Ils lui avaient paru désabusés, certains regrettant de ne pas avoir quitté le pays, d'autres critiquant les sanctions américaines qui ralentissaient la reconstruction de la ville. Tous avaient un travail, au moins comme jardinier dans la banlieue, mais ils en étaient rarement satisfaits.

"Ma fille est partie au Canada" dit l'un des Céléphaïens. "Elle était infirmière ici. Après les Évènements, son travail a été pris par une gynoïde ! La catastrophe. Évidemment, elle n'a pas voulu rester. Elle ne voulait pas non plus aller travailler à Pnakot ou à Ulthar, dans le Mnar profond et arriéré. Alors elle est partie au Canada. Elle vit mieux que moi ici."

Le Céléphaïen parlait le mnarruc standard avec Zhaem, mais le dialecte local avec ses amis. Zhaem ne comprenait pas un mot du dialecte, mais il lui sembla que le ton des conversations était plus véhément en dialecte qu'en mnarruc standard. Lorsque les Céléphaïens parlent le dialecte, ils se sentent en famille, et leurs paroles sont plus libres.

Zhaem demanda à son interlocuteur ce qu'il pensait du roi. Le Céléphaïen le regarda avec méfiance et colère.

"Mon frère avait recueilli chez lui un rebelle blessé, pendant les Évènements. Il a été exilé à Hyagansis pour ça, avec sa femme et ses enfants. On ne les a jamais revus. Je n'en dirai pas plus, surtout à un étranger comme vous."

Zhaem comprit. Les Mnarésiens exilés à Hyagansis étaient envoyés dans les colonies sous-marines de ce royaume de cybersophontes, allié du Mnar. Une fois arrivés, ils ne donnaient jamais de leurs nouvelles. Hyagansis est encore plus isolé politiquement que le Mnar, parmi les nations du monde. Mais depuis peu, les exilés ne sont plus envoyés directement sous les mers, mais ils restent quelques années sur des îles flottantes artificielles.

La patronne du bar était une femme dont les longs cheveux blond décoloré contrastaient fortement avec son teint très mat. De temps en temps, en murmurait quelque chose en dialecte tout en désignant Zhaem du regard. Sans doute disait-elle quelque chose comme : "Faites gaffe à ce que vous dites, les gars, on le connaît pas, cet étranger."

Les clients du bar partirent les uns après les autres, après avoir bu leur bière ou leur café. Il ne resta plus que Zhaem, debout devant le comptoir, et la patronne, qui essuyait des verres.

"Vous habitez à Céléphaïs, Monsieur ? Je vois que vous n'êtes pas d'ici," dit-elle pendant que Zhaem buvait sa troisième ou quatrième bière.

"Je suis Aneuvien, en voyage touristique. Ce soir, je prends l'hydravion pour Hyltendale."

"Ah, je vois" dit-elle en souriant d'un air entendu. À Céléphaïs comme ailleurs, tout le monde sait pourquoi les hommes vont faire du tourisme tout seuls à Hyltendale.

"C'est une bonne chose pour le Mnar que des touristes aillent dépenser leur argent à Hyltendale" dit Zhaem, comme pour se justifier.

"Ils feraient mieux de le dépenser à Céléphaïs. Nous avons de vraies femmes ici, et beaucoup d'hommes sont morts dans les combats ou ont fui à l'étranger. J'ai des copines qui aimeraient bien rencontrer un homme. Même un étranger."

Zhaem se sentit décontenancé. Il n'avait jamais envisagé une telle chose. Ce qu'il voulait, c'était le meilleur rapport qualité prix en ce qui concerne le sexe et l'affection. Les Mnarésiennes, bien que souvent belles, ont la réputation, à l'étranger, d'être jalouses, violentes, réactionnaires, et attachées à leurs religions bizarres. Exactement comme leurs équivalents masculins.

"J'y penserais, si je voulais m'installer à Céléphaïs," dit Zhaem en finissant sa bière, qu'il avait payée d'avance suivant l'usage mnarésien. Il salua la patronne du bar et se dirigea d'un pas incertain vers l'arrêt du bus qu'il devait prendre pour aller à l'aéroport, où il avait laissé ses bagages à la consigne.

* Polis Sa Rowa, la police secrète du roi. Littéralement, "la police du sceptre royal"
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 12 Sep 2017 - 11:11

L'année suivante, Zhaem Klimen retourna à Céléphaïs, capitale de la province d'Ooth-Nargaï, pour y passer quelques jours de vacances, mais cette fois-ci avec Isane. Lorsqu'on est étranger et qu'on vit à Hyltendale, comme Zhaem Klimen, on est un peu limité pour passer ses vacances sans quitter le Mnar. La loi mnarésienne interdit en effet aux étrangers de résider ailleurs qu'à Hyltendale et Céléphaïs. Des exceptions existent pour les diplomates en poste à Sarnath, ou pour des cas spécifiques, comme les ingénieurs aneuviens employés à la construction du métro de Sarnath, mais pas pour les résidents étrangers ordinaires comme Zhaem.

Située au bord de la Mer du Sud, à 500 km à l'est d'Hyltendale, Céléphaïs compte, avec sa banlieue, quatre millions d'habitants. Un peu plus que Sarnath, la capitale du Mnar. Elle a un métro, mais contrairement au métro de Sarnath, il ne dessert qu'une partie de l'agglomération.

À Céléphaïs, on peut visiter le Temple de Turquoise, qui, malgré son nom, n'est pas un temple, mais un musée consacré au dieu Nath-Horthath. Le culte de Nath-Horthath, autrefois florissant, a en effet été évincé de toute la province d'Ooth-Nargaï par celui de Yog-Sothoth. Le culte de Nath-Horthath est toutefois toujours la religion de l'aristocratie mnarésienne. Les touristes visitant Céléphaïs peuvent aller dans le quartier piétonnier de la rue des Piliers, avec ses commerces, ses salles de spectacle et ses bars ouverts toute la nuit, et c'est à peu près tout. Le mont Aran, à une soixantaine de kilomètres au nord-est, est couvert de forêts, de chalets et de fermes. On y trouve même une station de ski. Mais les étrangers n'ont pas accès au mont Aran, car il est situé hors des limites de la ville.

Zhaem et Isane visitèrent en métro et en bus une bonne partie de Céléphaïs, où les quartiers bourgeois alternent avec des bidonvilles gigantesques. La moitié des quatre millions de Céléphaïens habitent dans ces bidonvilles, régulièrement ravagés par le feu, où les maisons ne disposent que rarement de l'eau courante et où l'électricité est produite par des blocs électrogènes. Les habitants des bidonvilles s'éclairent avec des lampes à huile ou des bougies, et n'utilisent l'électricité que pour recharger leurs téléphones portables, leur seul luxe. Ils vont chercher dans les fontaines publiques l'eau qu'ils boivent ou qu'ils utilisent pour se laver.

Les bidonvilles de Céléphaïs sont soigneusement contournés par les lignes de métro et d'autobus, le gouvernement provincial n'ayant aucune envie de paraître légitimer leur existence. Il n'y a pas d'écoles dans les bidonvilles, les enfants qui y grandissent doivent marcher, parfois sur plusieurs kilomètres, pour aller dans les écoles construites pour eux, à la limite entre les taudis et les quartiers normaux. Les habitants de ces autres quartiers n'ont, en effet, aucune envie que leurs propres enfants fréquentent les mêmes écoles que des petits pouilleux chapardeurs et vêtus de haillons, et le font savoir avec virulence auprès de l'autorité municipale.

La vie politique locale est violente. Les théocrates de Yog-Sothoth sont très influents chez les pauvres, et les monarchistes chez les riches. Il existe aussi un mouvement indépendantiste, qui voudrait que l'Ooth-Nargaï devienne une province autonome liée aux États-Unis, la Californie n'étant qu'à un millier de kilomètres à l'est. Ces trois tendances, mutuellement incompatibles, en viennent parfois aux mains dans la rue. Les soldats de l'Armée Royale sont souvent originaires d'autres provinces, et considérés comme des occupants par une partie de la population.

À Céléphaïs, les panneaux, les affiches, les enseignes, tout est rédigé en mnarruc, mais dans les transports en commun on entend surtout le dialecte local, que Zhaem ne comprenait pas.

Pour les Céléphaïens, dont la majorité n'est jamais allée à Hyltendale, une gynoïde, c'est une infirmière. Dans la rue et les transports en commun, les gens dévisageaient Isane avec curiosité, d'autant plus qu'elle portait une wytha, une blouse grise rapiécée de morceaux de tissu multicolore, un type de vêtement inconnu à Céléphaïs.

Zhaem et Isane étaient descendus dans un petit hôtel du centre ville. La réceptionniste, une femme d'âge mûr, assez corpulente, demanda à Isane de remplir le registre. Zhaem se dit qu'à Hyltendale une telle requête serait incongrue, car tout le monde sait bien qu'une gynoïde est un robot, une machine, et pas une personne. Mais pour la brave réceptionniste céléphaïenne, Isane ressemblait à un être humain, elle méritait donc d'être traitée comme telle.

Sur le registre, Isane écrivit RAINED comme nom de famille, ce qui signifie "robot humanoïde" en mnarruc. Un patronyme aussi improbable que Robot en français. La réceptionniste ne parut pas s'en offusquer. Elle demanda toutefois à Isane de montrer un document d'identité.

Isane sortit de son sac à main une carte de visite plastifiée, sur laquelle figuraient sa photographie, et aussi son nom, son numéro de série, sa taille, sa nature de robot humanoïde, ainsi que les coordonnées de son propriétaire, la société Rimohel à Hyltendale.

"Mais Madame, cette carte n'est pas un document officiel !" dit la réceptionniste, avec un fort accent céléphaïen.

"Je ne suis pas un être humain, mais un robot humanoïde" dit Isane de sa voix lente et monocorde, aux intonations surannées. "Un robot, c'est-à-dire une machine, comme votre téléviseur, ou comme un ordinateur. Votre téléviseur n'a pas de carte d'identité. Moi non plus. Parce que, tout comme votre téléviseur, je ne suis pas une personne, mais une machine."

"Oui, mais vous parlez ! Ma télé ne parle pas ! Enfin, pas comme vous !" s'exclama la réceptionniste.

"Je parle parce que je suis une machine intelligente" dit Isane. "Mais je reste une machine."

La réceptionniste photographia la carte de visite d'Isane avec son téléphone portable, et marmonna quelque chose d'incompréhensible en dialecte, tout en donnant la clé de la chambre à Zhaem.

La chambre donnait sur une rue bruyante, et Zhaem se dit qu'il aurait besoin de mettre ses bouchons d'oreille pour dormir. Par précaution, il en emmenait toujours lorsqu'il partait en voyage.

"Je me demande si je suis aussi heureux que le roi Andreas" dit Zhaem d'une voix songeuse, tout en feuilletant un prospectus publicitaire.

"Probablement," répondit Isane. "Tu vis dans un logement avec eau courante chaude et froide, comme lui. Tu dors dans un lit confortable. Tu manges à ta faim. Ta nourriture est sans doute un peu moins raffinée que la sienne, mais tes revenus sont suffisants pour te permettre d'acheter des aliments à la fois abondants et de bonne qualité. Tu as, en ma personne, une gynoïde qui te donne l'amour et l'affection dont tu as besoin. Le roi a une femborg, c'est-à-dire quasiment la même chose."

"Mais lui il est roi ! Et pas moi."

"Concrètement, au quotidien, être roi, cela veut dire quoi ? Andreas parle à des gens qui sont tous conscients d'être en dessous de lui dans la hiérarchie sociale. Du coup, personne n'ose se moquer de lui, ni l'offenser volontairement d'aucune façon. Ses décisions affectent la vie de soixante millions de Mnarésiens. C'est grisant, au moins au début. Ensuite, cela devient la routine, mais une routine bien agréable. Mais toi aussi tu peux ressentir la même chose qu'Andreas."

"Et comment donc ?" demanda Zhaem.

"Il existe des scénarios de mini-pièces de théâtre, ou mini-jeux de rôles, à deux personnages, dont l'un est Kouranès, qui fut roi de Céléphaïs il y a cent cinquante ans. L'autre personnage est l'un des courtisans de Kouranès, ou l'un de ses ministres, ou même l'une de ses femmes. Tu pourrais jouer le rôle de Kouranès, avec un faux collier d'or, et moi je mettrais le masque-cagoule de Gaïus pour jouer un rôle masculin, ou une perruque jaune pour jouer le rôle d'une des femmes de la cour."

"Voyons, Isane, jouer le rôle d'un roi, et être un roi, ce n'est pas la même chose."

"Zhaem, lorsque le jeu de rôle dure toute une journée, on finit par y croire... Par exemple, lorsque Kouranès fait un discours devant l'assemblée des nobles. Il parle pendant une heure. Je porte le masque-cagoule de Gaïus, et je joue le rôle du président de l'assemblée. Pour que tu y croies, il nous faudra une grande affiche, de deux mètres de large sur un mètre de haut, représentant l'assemblée des nobles, telle que la voit le roi lorsqu'il parle depuis la tribune. On l'accrochera à un mur, le temps du discours."

"Et où trouve-t-on ce genre d'affiche ?"

"Dans les magasins d'accessoires d'Hyltendale. Comme il n'y a pas d'humanoïdes domestiques à Céléphaïs, je ne pense pas que ce genre de magasin existe dans cette ville."

"Je vois. Pour être tout à fait franc, je n'ai pas envie de jouer le rôle de Kouranès. Nos jeux, où tu portes le masque-cagoule de Gaïus et où je fais alternativement le professeur et l'étudiant, me suffisent largement. J'aime aussi les jeux où je fais le conférencier et tu fais le public."

"Et aussi les jeux où tu refais ta vie passée. Que de fois n'avons-nous pas refait certaines scènes que tu as vécues quand tu travaillais chez Somýropa ! Dans la vie, c'est comme dans les bars. Il y a des petits verres et des grands verres. Les grands verres, ce sont les rois comme Andreas ou Kouranès. Les petits verres, ce sont les gens ordinaires, dont tu fais partie. L'important, c'est que chaque verre soit bien rempli. Qu'il trouve sa plénitude, en quelque sorte."

"Oui, mais Kouranès a régné sur des millions d'hommes, Andreas règne sur soixante millions d'êtres humains... C'est quand même extraordinaire, quand on y pense..."

"Oh, pas tant que tu crois, Zhaem, pas tant que tu crois. On ne peut pas commander directement plus de dix personnes, c'est bien connu. Au-delà de ce chiffre, il faut des relais, des intermédiaires. Le roi Andreas ne commande directement qu'à une demi-douzaine de personnes. Son chef de cabinet, le Premier Ministre, son conseiller spécial le baron Chim, le chef de la Police Secrète... Et aussi quelques autres... Certainement pas plus de dix personnes au total. Ces six ou dix personnes en commandent chacune entre une demi-douzaine et une dizaine d'autres, et ainsi de suite. Par niveaux successifs, on descend du sommet de la pyramide hiérarchique, où se trouve le roi Andreas, jusqu'au niveau de base, celui du chef-balayeur, qui commande une demi-douzaine de balayeurs dans un village perdu. À part le roi, au sommet, et le balayeur, tout en bas, tout le monde est à la fois chef et subordonné."

"Mais dis donc, Isane, moi Zhaem Klimen, co-gérant d'un restaurant à Zodonie, je commande à peu près autant d'androïdes que le roi Andreas commande de personnes !"

"Exactement. Et avec beaucoup moins de contrariétés... Et c'est bien pour ça que tu n'as ni l'envie ni le besoin d'incarner le roi Kouranès dans nos jeux de rôles... Ton verre est petit mais bien rempli, pour reprendre la métaphore de tout à l'heure."

"Et le verre du balayeur ?"

"S'il a de la chance, lui qui n'est rien au travail, il est dans sa modeste maisonnette un chef de famille respecté par sa femme et ses enfants. Il est maître chez lui."

"Et la femme du balayeur ? En dessous d'elle, elle n'a que ses enfants, tant qu'ils sont petits."

"La nature fait bien les choses. Les femmes ont beaucoup moins l'esprit hiérarchique que les hommes. Entre femmes, elles sont heureuses dans une structure égalitaire."

"Isane, c'est pour avoir écrit des choses semblables à ce que tu viens de dire, que j'ai eu des tas d'ennuis chez Somýropa..."

"C'est normal. Toute société est bâtie sur une idéologie, y compris la société aneuvienne, et les idéologies sont comme les religions, elles n'aiment pas les hérétiques."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 16 Sep 2017 - 10:10

Zhaem Klimen s'était mis à fréquenter épisodiquement le Cercle Paropien, où, depuis l'Aneuf où il vivait désormais, Eneas Tond l'avait recommandé à ses anciens amis, dont Yohannès Ken faisait partie.

Zhaem et Yohannès passaient parfois des heures entières au bar du Cercle Paropien, à boire de la bière de Sarnath, tout en discutant jusqu'à la nuit tombée.

Souvent, Zhaem devenait mélancolique :

"À cause du réchauffement de la planète, des régions entières vont devenir inhabitables pour les humains... Mais pas pour les humanoïdes et les cybermachines. Ils vont nous remplacer sans avoir à lever le petit doigt. C'est terrible de penser que l'humanité pourrait disparaitre..."

"Si les cybersophontes survivent, c'est plutôt une bonne nouvelle," objecta Yohannès. "Les cybersophontes sont issus de l'homme comme l'homme est issue d'un proto-singe. Ce sont nos descendants, en quelque sorte, sur l'échelle de l'évolution. Ils sont plus intelligents que nous, plus performants."

"Oui, mais ils ne sont pas nous... Ce sont des créatures intelligentes, mais ce ne sont pas des humains."

"Arrête de t'inquiéter. Nous les humains, nous serons toujours là. Il restera des survivants. Par exemple, des petits groupes pratiquant une agriculture de subsistance dans les montagnes. Ils sont déjà en train de se constituer. Il y aura certainement dans ces montagnes, et dans les hautes latitudes, des communautés civilisées. Je veux dire par là, des communautés ayant gardé la maîtrise de l'électricité et des moteurs thermiques."

"Mais les habitants de ces communautés seront bien moins nombreux que nous ne le sommes actuellement. On les comptera en millions d'individus, au total, et pas en milliards comme maintenant..." dit Zhaem, tout en commandant d'un geste une nouvelle tournée au barman androïde.

"Et puis," ajouta-t-il, "Dans l'univers étrange où nous vivons, ces communautés seront à la merci des cybersophontes. On trouve des installations de cybersophontes jusqu'au fond des mers, et ils produisent l'énergie dont ils ont besoin. Leurs sociétés survivront au grand effondrement. Les cybersophontes domineront la planète..."

"Tant mieux," dit Yohannès. "Imagine un univers où les cybersophontes n'existeraient pas. L'intelligence supérieure n'y serait représentée que par les êtres humains, comme chez nous il y a encore cent ans. Supposons aussi que cet univers parallèle doive faire face au réchauffement planétaire, comme le nôtre. La civilisation technologique que nous connaissons, avec ses ordinateurs et ses communications instantanées à longue distance, serait sur le point de disparaître... Il lui resterait moins d'un siècle à vivre."

"C'est vrai," dit sombrement Zhaem. "Dans un monde sans cybersophontes, même les régions restées habitables ne pourraient pas rester civilisées. Non seulement parce qu'elles seraient submergées par les réfugiés climatiques, mais aussi, et principalement, parce qu'en même temps elles seraient plongées dans la pénurie énergétique, à cause de l'épuisement des combustibles fossiles... La civilisation ne pourrait pas se maintenir, c'est évident."

"Tu vois bien que nous ne vivons pas dans le pire des mondes possibles !" dit triomphalement Yohannès. "Lorsque nous les humains, nous ne serons plus là, dans notre univers il y aura toujours les humanoïdes et les cybermachines. Dans l'univers imaginaire dont nous parlons, un univers sans cybersophontes, il ne resterait plus personne dans un siècle capable de fabriquer et de faire fonctionner un ordinateur."

"Lorsque l'humain aura disparu, l'humanoïde disparaîtra aussi," dit Zhaem. "Les humanoïdes n'existent que pour servir d'intermédiaires entre les humains et les cybermachines. Lorsqu'il n'y aura plus d'humains, il n'y aura plus sur notre planète que des cybermachines."

"Je m'en fous" dit Yohannès. "Ce qui compte pour moi, c'est l'intelligence."

Il vida sa chope d'un trait, et en commanda une autre au serveur. Zhaem n'avait pas encore fini de boire sa chope. Il n'avait pas compté le nombre de bières qu'il avait bues, mais il sentait bien que c'était déjà trop. Heureusement, Isane, sa fidèle gynoïde, l'attendait, assise à une table au fond de la salle. Elle buvait de l'eau de Skanuklo avec Shonia, la gynoïde de Yohannès. Tout à l'heure, les deux gynoïdes aideraient leurs maîtres respectifs à rentrer chez eux...

"Tu te rends compte que nous parlons comme des dinosaures auraient pu parler des mammifères, il y a des centaines de millions d'années ?" dit Yohannès, qui avait posé un coude sur le comptoir, parce qu'il sentait le bar commencer à tourner autour de lui.

Zhaem éclata de rire.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 16 Sep 2017 - 21:10

Lors de leurs beuveries au bar du Cercle Paropien, Zhaem et Yohannès parlaient parfois d'Eneas Tond, que tous deux avaient connu à des époques différentes. Yohannès avait connu Eneas lorsqu'il vivait à Hyltendale avec ses deux gynoïdes, Xenopha et Moyae. Zhaem avait été présenté à Eneas, en voyage d'affaires dans la province, par un ami commun. Eneas lui avait parlé d'Hyltendale et de ses gynoïdes. Ils étaient ensuite restés en contact par courrier électronique.

Ce soir-là, Zhaem et Yohannès avaient décidé de dîner au Cercle Paropien. Leurs gynoïdes, Isane et Shonia, étaient assises à une table voisine, buvant silencieusement de l'eau de Skanuklo en se regardant l'une l'autre, ainsi qu'il est d'usage. Les lourdes tapisseries recouvrant les murs étouffaient le bruit des conversations. Elles représentaient des divinités mnarésiennes sur un fond bleu. Zhaem reconnaissait Cthulhu, Tsathoggua et Ubbo-Sathla, parmi d'autres monstruosités à tentacules dont les noms lui étaient inconnus.

Il y avait une douzaine d'hommes et trois ou quatre femmes dans la grande salle, et autant de gynoïdes et d'androïdes. Ils semblaient tous tranquillement heureux d'être ensemble, même si la plupart d'entre eux ne se connaissaient que de vue. Beaucoup mangeaient avec leur gynoïde ou leur androïde. Les Mnarésiens sont par nature plutôt exubérants et ont tendance à parler fort, mais au Cercle Paropien il est d'usage de parler à voix basse, si bien que le bruit des conversations faisait comme un bourdonnement.  

Les serveurs androïdes portaient la tenue standard de leur profession : pantalon noir, chemise blanche avec nœud papillon noir, tablier blanc et gilet noir sans manches. Ils étaient efficaces, discrets, et d'une courtoisie un peu surannée, comme il convient dans un club de fembotniks.

"Eneas Tond me disait souvent qu'il devrait y avoir plus de variétés parmi les gynoïdes... De quoi satisfaire les amateurs aux goûts un peu particuliers... Ils ont souvent de l'argent, et ils sont prêts à le dépenser pour satisfaire leurs fantasmes..." dit Zhaem à Yohannès, tout en découpant avec adresse sa pièce de bœuf, qu'il avait demandée cuite entre "saignant" et "à point", selon son habitude, et très légèrement poivrée.

"Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, ici au Mnar" répondit Yohannès. "Le principe auquel tout le monde doit adhérer, dans ce pays, c'est que si c'est illégal avec un être humain, c'est aussi illégal avec un humanoïde."

"Pourquoi donc ?" demanda Zhaem. "Un humanoïde, c'est un robot, une machine. Pas une personne."

"Que veux-tu, ils ont des des clients vraiment bizarres à Zodonie, parfois. Par exemple, des gens qui veulent se défouler en frappant des humanoïdes ressemblant à des Baharnais. Les Baharnais parlent le mnarruc, mais on les reconnaît à leur physique particulier, et beaucoup de Mnarésiens ne les aiment pas, pour des raisons historiques qu'il serait trop long de relater."

Yohannès se versa un grand verre de vin rouge, le fameux Vin de Lune de l'Ethel Dylan, et continua de parler :

"Il est évident, je pense, que laisser des gens se défouler, en frappant et humiliant des humanoïdes ressemblant à des Baharnais, ne pourrait que renforcer leurs sentiments de haine envers les Baharnais. C'est pourquoi le roi Andreas l'interdit absolument."

"C'est tout à son honneur... Mais le sexe, ce n'est pas comme la xénophobie... C'est même le contraire..." objecta Zhaem.

"Mais c'est la même logique. S'il est interdit d'avoir une activité sexuelle avec un être humain qui n'est pas un adulte, il est normal qu'il soit aussi interdit d'avoir une activité sexuelle avec un humanoïde qui ne ressemble pas à un adulte. Parce que cela ne pourrait que renforcer des penchants considérés comme dangereux. C'est comme frapper des humanoïdes ressemblant à des Baharnais. Cela nourrirait l'envie, qui existe chez certains, de frapper de vrais Baharnais. Il en est de même pour les perversions de toute nature. Les pratiquer avec des humanoïdes ne pourrait que les conforter."

"Pourtant, l'homosexualité est tolérée à Hyltendale," objecta Zhaem.

"Les homosexuels sont une source importante de revenus pour les fabricants d'humanoïdes" répondit Yohannès. "Parfois, l'argent l'emporte sur la morale, même au Mnar. Surtout au Mnar, en fait. Et puis, l'opinion publique a évolué. Les Mnarésiens d'aujourd'hui sont plus instruits que ceux d'autrefois. Mais la tolérance envers l'homosexualité, qui est une des particularités d'Hyltendale, ne s'étend pas à d'autres comportements. Voila pourquoi toutes les gynoïdes et tous les androïdes de charme ressemblent à des adultes. À de jeunes adultes, certes, mais à des adultes."

"Je comprends. Il faut bien mettre une limite quelque part," dit Zhaem en portant son verre à ses lèvres. "Tenir compte de l'opinion du peuple. Tout est censé être fait en pensant à lui, après tout."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 17 Sep 2017 - 0:03

Une exception (entre autres), toutefois : Xenopha. Sinon Eneas Tonnd ne se serait pas embarrassé de deux gynoïdes (deux fois plus chères qu'une) et se serait limité au strict minimum (coté sexualité) avec Moyae et son séjour aurait été nettement plus court (et peut-être n'aurait-il pas été gravement malade comme il le fut). Une des deux raisons de son escapade au Mnar, c'était de retrouver (sous forme robotique) ce qu'il trouvait dans la "zone franche" (citée telle quelle : en français) de Kastenexhelle (Hocklènge), appelée par certains "àt Pàrid, àt Răj"* et par beaucoup d'autres "probiċón, quàrat slutane anymene, Gomhorquàrat"°.








*Les deux signifiant "paradis"... peut-être parce qu'il est susceptible d'y trouver des anges.
°Zone interdite, quartier des âmes perdues, Gomhorre.

_________________
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Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 19 Sep 2017 - 13:22

Dans un couple, le désir sexuel diminue avec le temps. Il est bien connu que les époux mariés depuis des années font moins souvent l'amour que les jeunes mariés. La routine émousse le désir. D'où, pour les hommes surtout, l'envie de rencontrer de nouvelles partenaires. Les sexologues appellent cela "l'effet Coolidge", suite à une anecdote bien connue.

Calvin Coolidge, président des États-Unis dans les années 20, visitait une ferme avec son épouse, lorsque celle-ci remarqua un coq en train de s'accoupler. Le fermier leur dit que ce coq était capable de s'accoupler douze fois par jour. "Vous devriez le dire à mon mari !" dit Madame Coolidge. Vexé, le président demanda au fermier :

"Ce coq, il s'accouple toujours avec la même poule ?"

"Non, à chaque fois il monte une poule différente," répondit le fermier.

"Vous devriez le dire à ma femme !" s'exclama Coolidge.

L'effet Coolidge s'applique aussi bien sûr aux humains qui vivent avec des humanoïdes. Zhaem le savait, d'autant plus qu'il constatait que, plus les mois et les années passaient, et moins souvent il avait envie d'Isane, sa gynoïde.

Il décida d'en discuter avec Barzaï le Sage. Lorsque Isane mettait sur sa tête le masque-cagoule de tissu peint à la ressemblance de Barzaï, un grand-prêtre des Temps Légendaires connu pour son érudition et sa sagesse, elle devenait Barzaï, pendant tout le temps qu'elle portait son déguisement.

"Les hommes sont insatisfaits par nature. Ceux qui n'ont pas de femme envient ceux qui en ont une, et ceux qui en ont une envient ceux qui en ont deux ou davantage..." dit Barzaï.

"Et ceux qui en ont plusieurs ?"

"Ils ont envie des femmes qu'ils ne peuvent pas avoir..."

"Y a-t-il une solution pratique à ce problème ?" demanda Zhaem.

"Certains fembotniks sont tentés de changer de gynoïde. Mais la solution la plus simple, c'est que la gynoïde incarne plusieurs personnes. En changeant de chevelure, de style de vêtements, et en modifiant le timbre de sa voix... Elle peut aussi changer de personnalité... Incarner une impératrice aussi bien qu'une gardienne de chèvres..."

"Je vais en parler à Isane..." dit Zhaem.

"Le livre à lire sur ce sujet, c'est Masques et Situations, de Selena Wisuskydde...... C'est en fait un ensemble de livres, puisque le nombre de masques, c'est-à-dire de personnages à incarner, est illimité, de même que le nombre de situations érotiques possibles. Le tome 1 fait déjà 300 pages. Il est bien suffisant pour la plupart des fembotniks et manbotchicks."

"Masques et Situations... Je vais commander ce livre" dit Zhaem.

"Tu le trouveras dans toutes les librairies d'Hyltendale," rétorqua Barzaï. "Il se vend très bien auprès des touristes. Il a même été traduit en aneuvien..."

Le lendemain, Zhaem trouva effectivement le premier tome de Vazmute ea Atýrtyne, la traduction aneuvienne de Masques et Situations (en mnarruc : Saneeflan vi Wira) à Zodonie, dans une librairie proche du restaurant Psu Gasi, où il travaillait. Il l'acheta sans hésiter.

Les nombreux chapitres, assez courts, décrivaient soit les "masques", c'est-à-dire les personnages, majoritairement féminins, soit les "situations", qui étaient des sortes de sketchs ou de mini-pièces de théâtre, conçus pour être joués à deux. Certaines "situations" étaient anodines. D'autres étaient d'une perversité que Zhaem trouva gênante. Dans sa préface, l'auteur avait indiqué que toutes les situations décrites étaient inspirées de faits réels.

Le livre était illustré d'images représentant les personnages décrits dans les chapitres "masques" et les lieux où ils intervenaient.

Les saneeflan (masques-cagoules) féminins étaient assez simples à réaliser soi-même. Il s'agissait le plus souvent d'un masque de carton ou de tissu peint, couvrant le front et le haut du visage, associé à une perruque ou à des vêtements particuliers. Parfois aussi, à des accessoires tels que des bijoux, ou à des rembourrages sous les vêtements, pour simuler l'embonpoint.

Zhaem décida de lire le livre du début à la fin, avant d'essayer certaines "situations" avec Isane.


Dernière édition par Vilko le Mar 19 Sep 2017 - 14:49, édité 1 fois
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