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 Les fembotniks

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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 26 Oct 2014 - 1:28

od² a écrit:
Pourquoi ne pas prévoir d'adoption d'enfant androïde ?
L'instinct maternel est une pulsion puissante qu'il ne serait pas inutile de dévier/contrôler... Sans parler de pulsions qui ne sont  plus tolérées à l'état sauvage depuis longtemps dans nos sociétés...
Pourquoi pas ? effectiv'ment. Même si je ne l'ai pas trop aimé quand je l'ai vu, y avait le film de S.Spielberg : A.I. qui avait soulevé le thème.

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 26 Oct 2014 - 2:22

od² a écrit:
Pourquoi ne pas prévoir d'adoption d'enfant androïde ?
Un enfant grandit, se développe. Pas un androïde. Autant avoir un animal domestique. J'ai remarqué que beaucoup de gens transféraient sur un animal domestique leurs instincts maternels ou paternels.

Dans le cadre un peu particulier d'Hyltendale, un certain nombre de fembotniks et de manbotchicks fortunés ont un (ou une) deuxième humanoïde domestique, avec qui ils ont une relation non pas de couple mais d'autorité bienveillante. Le deuxième humanoïde joue le rôle d'un (ou d'une) jeune domestique qui fait partie de la famille, au sens latin du terme : la familia de la Rome Antique incluait aussi les esclaves, et la langue latine avait un mot particulier, verna, pour les esclaves nés dans la maison du maître.

Le botnik (terme générique incluant les fembotniks et les manbotchicks) sait toutefois que lorsqu'il mourra il ne transmettra rien. Il a donc tendance, pour sa tranquillité d'esprit, à considérer qu'il fait partie de la même communauté que les humanoïdes (androïdes, gynoïdes et cyborgs) et qu'il se continuera par l'intermédiaire de cette communauté qui est la sienne. C'est une pulsion humaine profonde que de penser que l'on survit par ses œuvres (les bouddhistes et les hindouistes disent : par son karma).

Certains fembotniks et manbotchicks d'Hyltendale ont donc, peut-être inconsciemment, tendance à considérer qu'ils font partie de la même communauté que les humanoïdes. Le fembotnik vit en effet en symbiose avec sa gynoïde. À long terme, cela influe nécessairement sur l'idée qu'il se fait de lui-même.

Les cybercerveaux, que l'on ne voit jamais bien que d'une certaine façon ils soient omniprésents, sont considérés par le fembotnik moyen comme des êtres mystérieux, inaccessibles, un peu comme ces grandes administrations auxquelles on écrit ou on téléphone, mais dont les rouages internes sont animés par une logique qui leur est propre ("Le fisc a estimé que j'avais sous-évalué ma maison").

Cette communauté a une culture commune, ou plutôt un mode de vie commun. Elle parle la même langue, et ses membres fréquentent les mêmes clubs. Certains clubs sont spécialisés dans une ou plusieurs activités, d'autres sont simplement des lieux où l'on se réunit pour discuter de tout et de rien, tout en buvant du café ou de la bière. Certains sont très sélectifs, voire élitistes, d'autres sont ouverts au tout venant. Le seul point commun à tous ces clubs, c'est qu'ils sont le lieu privilégié où les botniks se rencontrent et se parlent, non seulement entre eux mais aussi avec des non-botniks sympathiques, comme le docteur Lorenk, qui fait partie du Cercle Paropien.

Les botniks, d'une manière générale, ignorent les non-botniks, qui le leur rendent bien.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 26 Oct 2014 - 20:04

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 26 Oct 2014 - 20:43

od² a écrit:
Rien ne dit que l'instinct maternel ne se satisferait pas d'avantage d'un enfant qui ne devienne jamais adulte
Il n'aurait donc pas besoin d'aller à l'école, et à la maison il serait à la fois la poupée de sa maman et, très probablement, un auxiliaire pour les taches ménagères. Un androïde de petite taille (120 cm, par exemple) conviendrait tout-à-fait pour ce rôle.

od² a écrit:
Par ailleurs le comportement stéréotypé du aux addictions aux androïdes permettrait probablement de remplacer peu à peu les membres des clubs par des androïdes sans que personne ne fasse la différence... Et à terme de remplacer tout le monde par des androïdes...
Là on entre dans un domaine malheureusement inévitable, l'esprit humain étant ainsi fait. Il suffit de voir le nombre de vidéos sur Youtube, où des gens apparemment très sérieux expliquent que Michelle Obama est en réalité un homme (vu ses muscles...) et que les dirigeants occidentaux (à commencer par Obama) sont en réalité des reptoïdes, des hommes-lézards extraterrestres capables de changer de forme... Sans compter les millions de gens, en Afrique et ailleurs, qui pensent que le virus Ebola est une création de la CIA.

En ce qui concerne les androïdes, s'ils existaient, j'imagine bien quelques idées complotistes :

1. Les cybercerveaux ont des laboratoires souterrains où ils mettent au point des super-virus qui extermineront l'humanité. Ces super-virus sont testés sur des humains enlevés par les Men In Black (qui sont bien sûr des androïdes) et emprisonnés dans les laboratoires souterrains. Certains s'en sont échappé et racontent ce qu'ils ont subi, mais personne ne les croit...

2. Les androïdes essaient de remplacer les dirigeants de l'humanité par des androïdes. Hitler était un androïde chargé de conquérir la planète au profit des cybercerveaux. Ce projet a échoué, mais les androïdes ont d'autres plans en réserve...

3. Le sida et Ebola ont été inventés par des cybercerveaux dans le but d'exterminer l'humanité au profit des androïdes.

4. Les androïdes remplacent petit à petit les humains. Jusqu'au jour où ils seront prêts à déclarer la guerre à l'humanité.

Etc.
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odd



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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 26 Oct 2014 - 20:55

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Dernière édition par od² le Jeu 11 Déc 2014 - 21:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 7 Nov 2014 - 13:16

od² a écrit:
Rien ne dit que l'instinct maternel ne se satisferait pas d'avantage d'un enfant qui ne devienne jamais adulte
Notre ami le docteur Lorenk reçoit parfois les patients de la Maison Médicale Furnius dans son bureau, lorsque les androïdes-dentistes sont débordés. Lorsqu'un patient doit attendre plus d'une heure, Lorenk l'emmène dans son bureau pour une discussion dont le but est de donner au patient l'impression qu'on ne lui fait pas perdre son temps. Lorenk note divers renseignements d'ordre médical et psychologique dans un cahier. Il fait en sorte que l'entretien dure entre dix et quinze minutes, et ensuite il ramène le patient dans la salle d'attente, et il demande à quelqu'un d'autre de venir. Lorsque la conversation dure plus longtemps que d'habitude, il arrive qu'un androïde-dentiste vienne chercher dans le bureau de Lorenk un patient dont le tour est arrivé.

La première fois qu'ils passent dans le bureau de Lorenk, les patients sont toujours surpris d'y voir une bicyclette fixe face à un téléviseur. Pour donner à son bureau un aspect plus professionnel, Lorenk a mis devant le téléviseur un clavier d'ordinateur et un tabouret, pour que les visiteurs croient qu'il s'agit d'un ordinateur médical hypersophistiqué. La plupart des gens pensent que la bicyclette sert à des tests d'effort cardiaque, alors qu'en fait elle est là pour l'usage personnel de Lorenk.

Lorenk a vu un jour une patiente, une femme d'âge mûr nommée Perrine Vegadaan, arriver accompagnée d'un petit androïde d'un mètre vingt de haut vêtu d'un costume bleu marine tout neuf, visiblement fait sur mesure.

Perrine Vegadaan, avait, selon les estimations de Lorenk, au moins deux heures d'attente avant de passer sous la roulette du dentiste. Lorenk ne se fit donc pas prier pour la laisser raconter sa vie :

- Je vois que vous êtes surpris de voir un androïde aussi petit et aussi bien habillé, n'est-ce pas docteur ? Hugo est mon petit chéri. C'est comme si c'était mon fils.

- Ah... Bonjour Hugo. Vous n'avez pas d'enfants à vous, Mme Vegadaan ?

- Si, j'ai une fille, qui est grande maintenant. Elle m'a trahie, je ne veux plus la voir. Après mon divorce, je suis venue à Hyltendale. Je ne voulais plus vivre avec un homme, et pendant plusieurs mois j'ai vécu seule. Mais il me manquait quelque chose. Après la trahison de ma fille, j'avais l'impression de ne plus avoir d'enfant, et pour moi c'était insupportable. C'était comme si j'avais vécu pour rien, une impression de vide, d'inutilité... Alors j'ai loué un tout petit androïde. C'est Hugo, ici présent.

- Mais Hugo n'est pas votre vraie famille... Biologiquement parlant, il n'a rien à voir avec vous...

- Mais si, Hugo est ma vraie famille. J'ai discuté avec des fembotniks et des manbotchicks, dans mon club. Je me suis rendue compte que je ne suis pas seule dans ma situation. J'ai appris que nous, les botniks, nous faisons partie de la même famille que les androïdes.

- La même communauté, à la rigueur, mais pas la même famille.

- Mais c'est pareil ! Une communauté, qu'on appelle ça une tribu ou une nation, c'est une famille étendue ! Ce sont les sociologues et les anthropologues qui le disent ! Il y a des humains qui entrent dans la communauté des androïdes par cohabitation, ce sont les fembotniks et les manbotchicks.

- Vous dites cohabitation... Certains diraient : mariage ! dit Lorenk en riant.

- Docteur, vous savez aussi bien que moi que la plupart des fembotniks et manbotchicks se considèrent comme mariés avec leur gynoïde ou leur manbot.

- Alors que, d'un point de vue juridique, ils sont seulement utilisateurs d'un robot humanoïde sans volonté autonome, et donc sans droits civiques ni personnalité juridique. Louer une gynoïde ou louer un téléviseur, c'est juridiquement exactement la même chose.

- Oui, je sais. Nous vivons une bien curieuse époque... Mais quand on vit avec un androïde, on sent qu'on fait partie d'une communauté, voyez-vous... On voit les choses sous le même angle, parce qu'on veut rester ensemble...

- Mais vous savez que Hugo ne va jamais grandir.

- Lorsque je ne serai plus là, Hugo continuera sa vie d'androïde. Peut-être qu'il ira travailler dans une usine, ou à la campagne. En attendant, il vit avec moi et c'est comme s'il était mon fils. Mon rôle est de servir d'intermédiaire entre les humains et les androïdes.

- Qu'est-ce que vous appelez servir d'intermédiaire ? demanda Lorenk.

- J'ai été élue conseillère municipale, aux dernières élections. Lorsqu'il faut voter une décision à la mairie, je veille toujours à ce que les intérêts des androïdes soient défendus. Je défends ma communauté.

od² a écrit:
Par ailleurs le comportement stéréotypé du aux addictions aux androïdes permettrait probablement de remplacer peu à peu les membres des clubs par des androïdes sans que personne ne fasse la différence... Et à terme de remplacer tout le monde par des androïdes...
Les humains d'Hyltendale peuvent devenir des cyborgs en remplaçant petit à petit leurs organes biologiques par des équivalent bioniques, bien que le processus soit très coûteux et donc réservé à un très petit nombre d'individus. Pour lutter contre le déclin mental ils connectent leur cerveau à des implants cybernétiques. Au bout d'un certain nombre d'années ou de dizaines d'années, le cerveau biologique, originel, ne fonctionne plus, et ce sont les implants qui prennent le relais. Il n'y a pas d'interruption de la conscience d'exister.

Ce sont les implants cybernétiques qui gardent les souvenirs du cyborg. En ce qui concerne la vie passée du cyborg, avant qu'il ait des implants cérébraux, ils n'en ont qu'une connaissance indirecte : les photos que le cyborg a regardées, et ce qu'il a raconté ou écrit concernant son passé.

Pour ne pas oublier son passé, chaque cyborg est encouragé, pendant que son cerveau biologique fonctionne encore, à rassembler autant de photos qu'il le peut, et à mettre par écrit toute sa vie passée, dans les moindres détails. Car cette autobiographie sera plus tard tout ce qui lui restera de sa jeunesse. Chaque chapitre une fois terminé, son support matériel (manuscrit ou document informatique) est détruit, il n'en reste que des copies inaltérables dans les implants cérébraux du cyborg.

Certains savants pensent qu'un cyborg qui n'a plus de cerveau biologique fonctionnel n'est plus un être humain. Les cyborgs considèrent que cette idée est :
1. Fausse. Ce qui compte, c'est la pensée. Le fait que le cerveau qui produit la pensée soit à base de carbone ou de gaz pensant ne change pas la nature de la pensée.
2. Criminelle, puisqu'elle vise à rejeter des êtres humains hors de l'humanité. Certains cyborgs demandent que cette opinion soit considérée comme une incitation au génocide, et ceux qui la propagent condamnés à de lourdes peines de prison.

Les partisans de la non-humanité des cyborgs disent que le comportement collectif des cyborgs montre que leur volonté n'est pas autonome, car en pratique ils obéissent tous aux cybercerveaux, même s'ils prétendent le contraire.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 7 Nov 2014 - 13:35

od² a écrit:
Rien ne dit que l'instinct maternel ne se satisferait pas d'avantage d'un enfant qui ne devienne jamais adulte
Vilko a écrit:
Lorenk a vu un jour une patiente, une femme d'âge mûr nommée Perrine Vegadaan, arriver accompagnée d'un petit androïde d'un mètre vingt de haut vêtu d'un costume bleu marine tout neuf, visiblement fait sur mesure.

Perrine Vegadaan, avait, selon les estimations de Lorenk, au moins deux heures d'attente avant de passer sous la roulette du dentiste. Il ne se fit donc pas prier pour la laisser raconter sa vie :

- Je vois que vous êtes surpris de voir un androïde aussi petit et aussi bien habillé, n'est-ce pas docteur ? Hugo est mon petit chéri. C'est comme si c'était mon fils.

- Ah... Bonjour Hugo. Vous n'avez pas d'enfants à vous, Mme Vegadaan ?

- Si, j'ai une fille, qui est grande maintenant...
Donc, Perrine Vegadaan est une manbotchik. Si le "jeune" androïde avait eu l'apparence d'une fille, Perrine aurait été fembotchik. On est en droit de supposer que cette extension lexicale est applicable aux hommes, ainsi on a (on les connait bien, maintenant) les fembotniks, ayant des robots d'apparence féminine (quel que soit l'apparence d'âge desdits robots), mais également des manbotniks si l'androïde est "masculin".

Sinon, dans le terme des "enfants"-robots, y avait un film que j'ai beaucoup aimé. En tout cas, davantage que cet autre film.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 8 Nov 2014 - 1:16

Anoev a écrit:
Donc, Perrine Vegadaan est une manbotchik. Si le "jeune" androïde avait eu l'apparence d'une fille, Perrine aurait été fembotchik.
À Hyltendale, les fembotniks et les manbotchicks sont des gens qui vivent en couple avec leur robot humanoïde comme si c'était leur conjoint. Ce n'est pas le cas de Perrine Vegadaan. Elle pourrait très bien vivre avec un être humain, tout en ayant le petit androïde Hugo pour jouer le rôle d'un fils.

Pour les Hyltendaliens, Perrine est une femme seule, c'est-à-dire sans compagnon, mais hébergeant un androïde domestique. Elle est toutefois acceptée dans les clubs de fembotniks / manbotchicks lorsqu'elle vient avec Hugo.

Certains Hyltendaliens riches ont un androïde ou une gynoïde, voire plusieurs, qui leur servent de domestiques ou d'assistants et dont le rôle s'arrête là. Ils seraient scandalisés qu'on les appelle des fembotniks ou des manbotchicks.

Les situations intermédiaires et mal définies sont nombreuses. Il y a le cas, presque banal chez les Hyltendaliens aisés, du couple qui continue de vivre ensemble mais qui ne se parle plus depuis des années. Ils ont un androïde et une gynoïde, officiellement comme domestiques ou comme employés dans leur commerce, mais en fait la gynoïde dort avec Monsieur et l'androïde dort avec Madame. Naturellement, Monsieur et Madame ne se vantent pas de cette situation et prétendent, même auprès de leurs amis, former un couple normal.

Anoev a écrit:
On est en droit de supposer que cette extension lexicale est applicable aux hommes, ainsi on a (on les connait bien, maintenant) les fembotniks, ayant des robots d'apparence féminine (quel que soit l'apparence d'âge desdits robots), mais également des manbotniks si l'androïde est "masculin".
Et des fembotchicks pour les femmes vivant avec une gynoïde ! Ces termes existent, mais les Hyltendaliens, qui n'aiment pas trop révéler leur vie privée, préfèrent le terme générique de botperson (bot-personne en français). Une bot-personne est un être humain, homme ou femme, vivant avec un androïde ou une gynoïde, ou employant pour son service personnel un androïde ou une gynoïde. Par exemple :

"Ma grand-mère est une bot-personne. Depuis qu'elle vit seule elle a engagé un androïde pour faire le ménage et garder la maison."

"Nos voisins sont des bot-personnes. Leur jardinier est un androïde."

Il est assez mal venu de demander à un Hyltendalien s'il est un fembotnik. En quoi sa vie privée vous regarde-t-elle ? De plus, elle est souvent trop compliquée pour être expliquée en quelques mots. En revanche, vous pouvez lui demander s'il est une bot-personne. Il sera très heureux de vous dire que sa femme de ménage est une gynoïde et qu'il en est très satisfait parce que sans elle il n'aurait personne pour repasser ses chemises.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 8 Nov 2014 - 2:14

Vilko a écrit:
Certains Hyltendaliens riches ont un androïde ou une gynoïde, voire plusieurs, qui leur servent de domestiques ou d'assistants et dont le rôle s'arrête là. Ils seraient scandalisés qu'on les appelle des fembotniks ou des manbotchicks.
En fait, si je comprends mieux (car j'ai dû me planter en début d'après-midi : les courses portent conseil ? non parce que je ne connaissais pas le terme de botpersonne), on doit faire la différence entre une bot-personne, qui vit en présence d'un robot-humanoïde, et un(e) botnchik qui, appelons un chat un chat, vit en concubinage avec ledit robot. Ce qui en déduit, par conséquent, on peut le supposer*, Perrine Vegadaan est une botpersonne, mais pas à priori une manbotchik.

J'aurais du mal à traduire "botpersonne" en aneuvien sans avoir un mot démesurément long ou une périphrase, parce que, en mot-à-mot, ça donnerait... robodu, et robodu, c'est le robot anthropoïde lui-même. Peut-être roblídu, un véritable condensé, avec
robodu = le robot humanoïde domestique
liven = vivre
= la personne.
Sans savoir si c'est un(e) botnchik ou non. Ou bien alors on préciserait dans ce cas précis roblídak ou roblíkad pour enfoncer un peu l'clou. Par contre le "sexe" du robot n'apparaîtrait pas dans le terme.




*Mais on peut aussi supposer... autre chose.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 8 Nov 2014 - 12:27

Anoev a écrit:
J'aurais du mal à traduire "botpersonne" en aneuvien sans avoir un mot démesurément long ou une périphrase, parce que, en mot-à-mot, ça donnerait... robodu, et robodu, c'est le robot anthropoïde lui-même. Peut-être roblídu, un véritable condensé, avec
robodu = le robot humanoïde domestique
liven = vivre
= la personne.
Sans savoir si c'est un(e) botnchik ou non. Ou bien alors on préciserait dans ce cas précis roblídak ou roblíkad pour enfoncer un peu l'clou. Par contre le "sexe" du robot n'apparaîtrait pas dans le terme.
L'aneuvien n'est pas obligé de créer un mot-calque sur le français ou l'anglais. Une bot-personne, c'est quelqu'un qui interagit avec un robodu, sans que la nature de cette interaction soit précisée. C'est un opérateur d'humanoïde, quelqu'un qui fait des opérations (du latin opera, œuvres) avec un ou des humanoïdes. En aneuvien, ut robodun oprèntor. En abrégé, on pourrait dire un roprèntor. Le mot paraît pratique, d'autant plus qu'il est épicène.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 8 Nov 2014 - 12:40

Vilko a écrit:
En aneuvien, ut robodun oprèntor. En abrégé, on pourrait dire un roprèntor. Le mot me paraît pratique, d'autant plus qu'il est épicène.
Pas mal trouvé. Je n'y avais pas pensé. En fait, on a aussi oprèndu pour "ouvrier" (va falloir que j'corrige : le mot actuel : obrèndu est trop proche de obrèntyn (opression)*). Roprèntor serait donc plutôt une personne faisant fonctionner des robots dans un cadre professionnel. L'utilisation n'en est pas pour la vie (liv) de tous les jours, mais seulement des jours ouvrables, si j'ose m'exprimer ainsi. Mais roprèndu ou roprèntor sont de bonnes idées.


*Je pense même éloigner encore ces mots en mettant un Ṅ aux obrèntyn (obrèṅtyn) et obrèndor/obrèndu (obrèṅdor/obrèṅdu) afin d'écarter toute ambigüité fâcheuse.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 18 Nov 2014 - 13:05

L'année suivante, le docteur Lorenk revit Perrine Vegadaan à la maison médicale Furnius. Elle était assise sur une chaise dans le hall, en compagnie du petit androïde Hugo, qui se tenait debout à côté d'une poussette dans laquelle se trouvait un bébé.

En voyant Lorenk, Perrine se leva et lui fit un signe de la main :

- Je suis maman, docteur ! dit-elle à Lorenk avec un grand sourire. J'ai rendez-vous ici aujourd'hui avec le pédiatre pour mon fils, Népomouk.

- Euh... Si. Toutes mes félicitations. Népomouk, c'est l'enfant qui est dans la poussette ?

- Oui ! C'est très joli comme nom, Népomouk Vegadaan, vous ne trouvez pas ?

- Si, si... C'est un beau bébé... Vous avez trouvé un papa ?

- En quelque sorte. J'avais pensé à une insémination artificielle, mais finalement je n'en ai pas eu besoin... J'ai trouvé dans mon club un copain qui m'a aidée, dit-elle en rougissant légèrement. Mais c'est juste un copain, je ne veux toujours pas d'homme dans ma vie.

- Mais alors, Népomouk va grandir sans papa ? Un enfant a besoin d'un père pour se construire psychologiquement. Beaucoup d'études le montrent...

- Je sais bien... C'est Hugo qui va faire le papa. Ou plutôt, le grand frère, celui qui est à la fois le compagnon de jeux et le moniteur. L'intelligence artificielle qui contrôle Hugo sait très bien faire ça, il en a l'expérience, j'ai vérifié.

Lorenk jeta un bref regard à Hugo, qui ne mesurait que 120 cm. Derrière ce petit humanoïde aux épaules étroites, il y avait une intelligence artificielle surhumaine, tapie quelque part dans Hyltendale, ou peut-être ailleurs. Cette intelligence, ce cybercerveau, pensait mille fois plus vite qu'un être humain et avait déjà vécu l'équivalent de plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d'années, par l'intermédiaire des centaines d'androïdes qu'il contrôlait à distance.

Le petit Népomouk avait en Hugo un grand frère qui, sans doute, partageait sa chambre, présence silencieuse mais secourable la nuit, et qui le jour lui apprendrait à empiler des cubes sur le tapis du salon, avant, peut-être, de lui lire des histoires... Un grand frère qui ferait aussi le papa, et qui le prendrait dans ses bras, du moins tant qu'il serait petit.

Mais Perrine aussi avait besoin de l'affection d'Hugo. Lorenk se dit que le petit Népomouk dormirait peut-être seul dans sa chambre, finalement...

Parmi les enfants qui venaient se faire redresser les dents à la Maison Médicale Furnius, il y en avait quelques-uns dont la mère était une bot-personne comme Perrine Vegadaan. Souvent, le compagnon de la mère était un grand androïde qui jouait le rôle du papa. Les enfants ne semblaient pas en souffrir, bien au contraire. L'affection donnée par les androïdes était synthétique, artificielle, mais réelle.

On dit souvent qu'un père transmet, par sa présence et son exemple, ses valeurs à ses enfants. Les androïdes transmettaient, au moins, l'exemple du parfait contrôle de soi et d'une disponibilité totale. Il en restait quelque chose chez les garçons. Et les filles, devenues grandes, s'attendaient inconsciemment à retrouver ces même qualités chez leurs compagnons masculins. Mais elles étaient souvent déçues. Elles devenaient alors elles-mêmes des bot-personnes, comme Perrine Vegadaan.

Les androïdes qui vivent avec des femmes comme Perrine Vegadaan sont souvent appelés, avec humour, des Joseph. Car comme Saint Joseph ils vivent avec une femme qui a eu un enfant avec un autre qu'on ne voit jamais mais qui est vénéré. Avec une abnégation qui, chez un humain, serait de la sainteté, les Joseph montrent au fils de leur femme l'exemple du travail, de l'honnêteté et du respect des valeurs. C'est ainsi que, dans l'antiquité, le fils élevé par Joseph et Marie est devenu charpentier, comme Joseph, avant d'entendre l'appel de son père et, prenant le contre-pied de l'exemple donné par Joseph, d'avoir toutes sortes d'ennuis avec les autorités. La fin de l'histoire est tragique, mais morale : si l'on ne suit pas l'exemple, admirable, de son beau-père, on finira jugé et condamné par la justice, et le père tant adoré restera absent.

C'est pourquoi, chez les Hyltendaliens chrétiens, le 19 mars, jour de la Saint Joseph, est aussi le jour des androïdes. Ce jour-là, les prêtres n'oublient jamais de dire pendant l'office que, même absent, le père est une figure sacrée, divine, qui nous a donné la vie.

Joseph avait montré à son beau-fils non seulement l'exemple du travail mais aussi celui de la chasteté entre époux, si bien que Jésus ne s'est jamais marié. La vérité oblige à dire qu'à Hyltendale les choses sont assez différentes sur ce plan entre les manbotchiks et leurs androïdes. Wink
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 21 Nov 2014 - 13:12


La jeune femme que l'on voit assise de face, à gauche sur la photo, est un robot humanoïde japonais, un otonaroid. À Hyltendale elle aurait les yeux entièrement noirs, ce qui permet de distinguer les humains des humanoïdes : il est immoral de tromper les humains. Heureusement, on s'habitue aux yeux entièrement noirs des humanoïdes comme on s'habitue aux gens qui portent des lunettes noires en permanence.

À ce détail près, la scène pourrait avoir lieu dans une salle d'attente de la Maison Médicale Furnius : une gynoïde secrétaire discute avec une patiente. Les réponses de la patiente étant enregistrées par le cybercerveau qui contrôle la gynoïde à distance, c'est l'équivalent hyltendlaien de faire remplir un questionnaire.

Tous les cybercerveaux étant connectés les uns aux autres, tous les humanoïdes vous reconnaissent, où que vous alliez. Pour être certain de vous reconnaître, l'humanoïde va lire votre iris lorsqu'il sera assez proche de vous. À Hyldentale, vous n'avez jamais besoin de documents d'identité, du moins quand vous avez affaire à des humanoïdes.

Dans les magasins où le caissier est humanoïde, vous n'avez pas besoin de pièces de monnaie, de billets de banque, de chéquier, de carte de crédit et autres moyens de paiement, si vous disposez d'un compte à la Banque d'Hyltendale : le caissier humanoïde transmet l'information concernant votre achat au cybercerveau qui gère votre compte bancaire. Ce cybercerveau déduit le montant de votre achat de l'actif de votre compte.

Un Hyltendalien peut donc se promener dans la rue sans papiers et sans argent, car il n'en a pas besoin.

Si un Hyltendalien veut donner de l'argent à un autre Hyltendalien, et si tous les deux disposent d'un compte à la Banque d'Hyltendale, il suffit qu'ils fassent la transaction oralement devant un humanoïde. Des humanoïdes sont disponibles pour ce genre de service dans les salles d'attente des administrations, mais une serveuse humanoïde dans un bar, ou dans un club, peut aussi le faire.

Ce mode de vie, simple en apparence, suppose que le langage parlé soit fiable. Lorsqu'une transaction financière ou un questionnaire médical ont lieu uniquement sous forme orale, il est très important que les mots aient un sens précis, reconnu par tous, et qui ne varie ni dans le temps ni dans l'espace. Il faut aussi que la syntaxe ne laisse pas de place à l'ambigüité. Les humanoïdes parlent donc, par nécessité, une langue très standardisée, académique, avec une prononciation qui, à mesure que les années passent, paraît de plus en plus archaïque aux humains.

C'est comme si la langue française avait été gelée à l'époque de Balzac, et que comme à l'époque de Balzac on prononce différemment tache et tâche, brin et brun, et qu'on utilise encore tous les temps du subjonctif. Les innovations sont limitées aux mots nouveaux décrivant des concepts inconnus à l'époque de Balzac : automobile, télévision, ordinateur, téléréalité...

Les êtres humains d'Hyltendale viennent d'un peu partout et de tous les milieux, et de leur point de vue les humanoïdes parlent un dialecte un peu étrange, qu'ils n'ont pas envie d'imiter de peur de paraître pédants ou prétentieux. Mais ils sont en contact quotidien avec les humanoïdes, et donc influencés, même involontairement, par leur façon de parler.

La jeune femme qui, sur la photo, répond aux questions de la gynoïde, dans la salle d'attente d'un médecin androïde, adapte plus ou moins consciemment sa façon de parler à celle de son interlocutrice. La gynoïde, ou plutôt le cybercerveau qui la télécommande, ne reconnaît comme correcte qu'une seule façon de parler : la sienne.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 21 Nov 2014 - 13:31

Les Hyltendaliens pourraient apprendre l'aneuvien, voire le perfectionner à leur usage. C'est tout-à-fait la langue qui leur faut : explicite et précise, même si on peut noter çà et là, une petite poignée d'homonymes, les autres mots autour et la syntaxe vont vite renseigner l'anthropoïde sur le sens réel de la phrase prononcée. Dans de rares cas où tous les mots sont identiques avec une phrase française grammaticalement différente, ce ne sera pas bien grave, car le sens sera le même :

Æt socjet ere adàrlen.

_________________
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Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 21 Nov 2014 - 15:23

Anoev a écrit:
Les Hyltendaliens pourraient apprendre l'aneuvien, voire le perfectionner à leur usage.
Les Hyltendaliens pourraient parler n'importe quelle langue, y compris l'aneuvien. Avec l'aneuvien, les humanoïdes auraient dès le départ une langue correspondant à leurs besoins, et pouvant facilement créer des néologismes (bot-personne, gynoïde, etc).

Mais cette langue serait gelée, n'évoluerait plus, dès que les cybercerveaux auraient défini leur propre norme langagière. Si, par exemple, les cybercerveaux étaient apparus en Aneuf il y a cinquante ans, donc vers le milieu des années 60, l'aneuvien des années 60 serait devenu leur norme langagière, au niveau de l'accent, de l'orthographe, etc. Au bout d'un siècle, la différence entre cette norme figée, et l'aneuvien parlé par les humains (qui aurait évolué comme toutes les langues humaines) deviendrait sensible.

À moins que les cybercerveaux ne changent d'eux-mêmes leur façon de parler, de temps en temps, pour rattraper leur époque. Mais on ne voit pas pourquoi ils le feraient.

Supposons que les habitants d'Hyltendale parlent le pirahã, une langue sans chiffres, au vocabulaire adapté à la culture matérielle et spirituelle d'une société de chasseurs-cueilleurs amazoniens, mais pas à celle d'une société de cybersophontes.

Cybersophonte = être pensant cybernétique. Le terme englobe les humanoïdes et les cybercerveaux. Sophont est un mot anglais signifiant "être pensant", inventé par un auteur de science-fiction.

Que font les cybersophontes obligés de parler pirahã ? Ils perfectionnent la langue, en empruntant à d'autres langues les mots qui manquent au pirahã. La phonologie du pirahã étant extrêmement pauvre, les homophones abondent. Les linguistes cybersophontes éliminent les homophones en ajoutant des phonèmes supplémentaires de façon aléatoire.

Par exemple :

Kou en pirahã, rien que parmi les mots d'emprunts, peut désigner un cor (de chasse), un coup (d'État), etc. Pour éviter ces homophones, "cor de chasse" sera koutéssâ, et "coup d'État" koutéta. Etc.

Le résultat serait une langue qui, à l'oreille, aurait les sons et le rythme du pirahã, mais dont 90% du vocabulaire serait totalement incompréhensible à un Pirahã de notre monde. Ce serait, dès le départ, l'équivalent d'une langue étrangère.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 22 Nov 2014 - 13:07

L'histoire de la Maison Médicale Furnius.

Hyltendale n'a pas toujours été une ville d'humanoïdes et de bot-personnes. Autrefois, la Maison Médicale Furnius était un petit immeuble où travaillait un médecin, le docteur Anders Furnius, et où habitaient quelques familles de locataires. L'immeuble appartenait à la Société Mutualiste Hyltendalienne, plus communément appelée Somhyl.

Le docteur Furnius était âgé, fatigué, et songeait à prendre sa retraite, mais du fait de ses mauvais placements financiers ses économies avaient fondu. Il se voyait avec inquiétude coincé entre le déclin de ses facultés intellectuelles et une retraite modeste.

C'est alors qu'il fut contacté par un cadre de la Banque d'Hyltendale, qui était à l'époque une très petite banque, s'était spécialisée dans la gestion des finances des cybercerveaux et des humanoïdes. On n'appelait pas encore les cybercerveaux et les humanoïdes du nom collectif de cybersophontes.

Le docteur Furnius accepta de vendre son cabinet à la Banque d'Hyltendale, et de continuer à y travailler comme médecin signataire salarié, un emploi qu'on lui avait décrit comme une sinécure.

Les êtres humains défendaient avec bec et ongles leurs avantages : la loi réprimait sévèrement "l'exercice illégal de la médecine", et il était évident pour les juristes que des humanoïdes ne pouvaient pas être des médecins. Tout au plus des auxiliaires, des machines bipèdes assistant les vrais médecins. D'où la nécessité, lorsque la médecine était exercée par des androïdes, d'avoir des êtres humains comme médecins signataires, c'est à dire habilités à signer les ordonnances et les actes médicaux.

C'était, à l'époque, l'objet de tout un débat : beaucoup de gens, notamment des juristes, des commerçants et des fonctionnaires, vivaient en étant des intermédiaires entre les producteurs (par exemple, les agriculteurs et les industriels) et les consommateurs. Et ces intermédiaires savaient se défendre, ils avaient noyauté toutes les institutions. Au point qu'il était devenu difficile de se passer des services d'un juriste pour des choses telles que l'achat d'un commerce ou la construction d'un immeuble.

De nombreux fonctionnaires étaient payés pour inspecter, contrôler, vérifier. Il était même devenu illégal de vendre soi-même les tomates que l'on faisait pousser dans son jardin : il fallait qu'elles soient inspectées avant, et que l'on vérifie qu'elles ne contenaient pas de l'ADN modifié, car dans ce cas il fallait l'autorisation de la société qui détenait les droits sur cet ADN modifié.

Ces intermédiaires défendaient leurs intérêts plutôt que ceux des producteurs et des consommateurs. Les cybersophontes l'avaient bien compris, et dans leur lutte sournoise pour évincer les professionnels humains de la santé, ils ne rechignèrent jamais à payer des avocats et à faire des donations aux partis politiques. Ils savaient que ceux qui gagneraient seraient ceux qui investiraient le plus d'argent pour défendre leur cause.

Et c'est exactement ce qui se passa à Hyltendale. Des androïdes commencèrent à faire le travail de médecin du docteur Furnius, mais sous son autorité. Et c'est lui qui approuvait, par écrit, les actes médicaux et qui signait les ordonnances. Dès le premier jour, il fut évident que son travail se limiterait à donner sa signature et à faire semblant de lire les dossiers médicaux. Au début, le docteur Furnius s'imposait de discuter au moins quelques minutes avec chaque malade, mais ensuite il se contenta de leur dire bonjour et au revoir.

Quelques années plus tard, la Banque d'Hyltendale racheta tout l'immeuble à la Somhyl, et réussit à persuader les locataires de partir, notamment en leur proposant des appartements plus grands, mais au même prix, dans d'autres immeubles. Elle créa la Maison Médicale Furnius, avec plusieurs androïdes et gynoïdes, télécommandés par un cybercerveau qualifié, qui faisaient le travail de médecins généralistes. D'autres androïdes et gynoïdes étaient chargés du secrétariat, de la sécurité, de l'entretien des appareils et des locaux, etc.

Le docteur Furnius prit sa retraite à 80 ans. Il avait travaillé quinze ans comme médecin signataire, et il pouvait toucher une retraite complémentaire qui, jointe à sa retraite de médecin, lui assurait de ne manquer de rien jusqu'à la fin de sa vie. Il avait aussi vendu à la Banque d'Hyltendale le droit de donner son nom à la Maison Médicale, contre une somme assez rondelette. Le docteur Furnius avait exercé pendant plus de cinquante ans à Hyltendale, comme médecin généraliste ou comme médecin signataire. Toute la ville le connaissait, et son nom donnait à la Maison Médicale une légitimité certaine.

La Maison Médicale embaucha tout de suite quatre successeurs au docteur Furnius, afin de pouvoir accueillir des patients 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Elle élargit ses compétences en embauchant également quatre dentistes signataires, parmi lesquels le docteur Lorenk, un dentiste de 65 ans qui n'avait plus vraiment envie d'exercer mais qui n'avait pas envie non plus de rester chez lui à ne rien faire.

Par la suite, la Maison Médicale Furnius embaucha aussi un ophtalmologue signataire et un cardiologue signataire. Et plus tard, un psychologue et un psychiatre.

Le corps médical hyltendalien s'était grandement inquiété en voyant la Maison Médicale Furnius lui prendre ses patients. Mais certains médecins locaux avaient été embauchés comme médecins signataires par la Maison Médicale, ce qui avait affaibli le front des opposants à la cybersophontisation de la médecine d'Hyltendale.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 14 Déc 2014 - 15:54

Lorsqu'il avait un peu de temps libre, le docteur Lorenk aimait s'attabler à la terrasse d'un café du centre d'Hyltendale et regarder passer les gens.

Il essayait, en observant les passants, de deviner qui était un fembotnik et qui ne l'était pas. C'était sûr, on trouvait parmi les fembotniks une forte proportion de gens qui auraient eu du mal à trouver une compagne, ou un compagnon, à leur goût. Il y avait parmi eux une proportion assez impressionnante d'obèses, de nains et de femmes au visage velu, et encore plus de gens qui évoquaient irrésistiblement le mot "perdant" ou "Asperger" lorsqu'on les voyait. Ils en étaient sans doute conscients, c'est pourquoi ils semblaient faire en sorte de ne pas ressembler à des fembotniks. Les hommes étaient souvent en costume sombre, parfois même en cravate. Ils avaient dû suivre les conseils de leur gynoïde, et donc, indirectement, des cybercerveaux, dont on sait que la conception de l'élégance et de la normalité vestimentaire est souvent un peu désuète...

Le résultat était involontairement comique : des "men in black" plein les rues... Les femmes étaient en tailleur-pantalon, dans le même style que les hommes.

Il y avait une catégorie de bot-personnes que Lorenk avait découverte un peu fortuitement : les touristes résidents. C'est ainsi que les habitants d'Hyltendale appellent les gens qui n'habitent pas en permanence à Hyltendale, souvent parce qu'ils ont un emploi dans une autre ville ou une autre région, voire dans un autre pays, mais qui vont à Hyltendale dès qu'ils le peuvent pour louer les services d'une gynoïde ou d'un androïde pendant le temps de leur séjour. Beaucoup sont propriétaires d'un appartement à Hyltendale.

Les touristes résidents deviennent souvent des résidents tout court lorsqu'ils prennent leur retraite, ou lorsqu'ils ont accumulé assez d'argent pour ne plus avoir à travailler.

Les touristes résidents essaient de ne pas ressembler à des touristes. Ils viennent pour être des Hyltendaliens pendant un certain temps, rarement plus de quelques semaines à la fois, et pas pour visiter les rares monuments historiques locaux. Généralement privés de sexe et d'affection, ils ont trouvé à Hyltendale ce qui leur manque : quelqu'un pour partager leur vie. Même si ce quelqu'un est une humanoïde. Leur volonté de s'intégrer à la vie hyltendalienne est généralement forte.

Beaucoup d'entre eux ont adopté le style "men in black". Même certains touristes d'un jour, dont on sait bien qu'ils viennent juste pour quelques rencontres furtives avec les gynoïdes vénales qui hantent les bars de certains hôtels, portent des costumes sombres. Pour passer inaperçu.

Les "men in black" hyltendaliens n'aiment pas admettre qu'ils vivent de leurs rentes et ne font rien de réellement productif. Ils disent souvent exercer des professions invérifiables, comme "linguiste indépendant", "traducteur", "philosophe" ou "écrivain". En général, ça veut dire qu'ils ont publié le résultat de leurs obscures cogitations sur Internet, sous la forme de documents truffés de fautes d'orthographe que personne ne lira jamais. Lorenk avait noté, parmi les patients de la Maison Médicale Furnius, des professions assez inhabituelles, comme "druide" et même "penseur".

Le travail est tenu en haute estime à Hyltendale. Dire "Je passe mes journées en pyjama à regarder la télé" est impensable. La plupart des fembotniks vivent de leurs rentes et en ont un peu honte, de même qu'ils ont un peu honte de vivre avec un robot humanoïde car ils pensent que "les gens" vont penser qu'ils sont incapables de vivre en couple normal. C'est pourquoi, chez les fembotniks, un hobby a vite fait d'acquérir une dignité supérieure sous le nom de profession, d'où le grand nombre de "guitaristes" et d'"artistes-peintres".

Les particularités des fembotniks en tant que groupe social se retrouvent dans leur façon de parler. Comme 90% (voire 99%) de leurs conversations se déroulent avec des humanoïdes, ils ont tendance à parler la langue hyper-standardisée et un peu archaïque de leurs interlocuteurs (dont les logiciels linguistiques datent du siècle précédent) et à gommer leurs propres accents. C'est aussi le cas chez les "touristes résidents", dont la plupart n'ont pas envie de se faire remarquer comme touristes. Pour cela, ils font l'effort de parler comme les Hyltendaliens, c'est à dire comme dans les livres et les vieux films.

Le docteur Lorenk, au début de son séjour à Hyltendale, parlait sans complexe avec l'accent de sa province natale. Mais à force de s'entendre demander : "Vous êtes de passage ici ?" il s'est mis à bannir de son vocabulaire les mots et les expressions qui le désignaient comme provincial, et à prononcer certains mots comme les Hyltendaliens. Avec le temps, son accent provincial s'est atténué, comme chez les fembotniks.

De même, à force d'être entouré de gens vêtus de costumes sombres, et sentant des regards surpris ou goguenards sur ses tenues un peu bariolées, il en est venu à porter des costumes sombres. Car les Hyltendaliens s'attendent à ce qu'un dentiste-signataire porte un costume sombre, signe de sérieux et de respectabilité, lorsqu'il ne porte pas sa blouse blanche.

L'hyltendalisation ne se limite pas au costume et à la façon de parler. Plus les fembotniks habitent à Hyltendale depuis longtemps, plus il leur devient difficile ou fatiguant d'avoir une vraie conversation avec un être humain. Ils cultivent donc une attitude distante et une politesse un peu rigide. Ils ne se laissent aller que dans leur club, avec les membres qu'ils connaissent depuis longtemps.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 14 Déc 2014 - 20:08

Après une année passée à Hyltendale, le docteur Lorenk commença à déprimer. Il n'en pouvait plus de ces fembotniks qui semblaient toujours sur le point de paniquer lorsqu'un être humain leur adressait la parole. Il en avait assez des humanoïdes, qui savent toujours tout sur vous, rien qu'en croisant votre regard, car leur cerveau est en contact radio permanent avec les intelligences artificielles inhumaines qui les contrôlent. Il s'ennuyait ferme dans cette ville où, à part dans le centre ville, il n'y a rien, car chacun vit chez soi ou dans son club, et considère les autres êtres humains au mieux comme une gêne, au pire comme une menace.

Anita, son épouse, essayait de le raisonner : il avait un travail tranquille, relativement bien payé, qui, combiné avec leurs retraites respectives, leur assurait un train de vie plus que confortable. Personne ne les ennuyait, et grâce aux humanoïdes la délinquance était quasiment inexistante à Hyltendale. Leur quartier n'avait, à ce qu'on, aucune vie sociale digne de ce nom, personne ne fréquentait personne, mais en fait ce n'était pas sûr, il y avait tous ces clubs où les fembotniks se réunissaient. Elle-même avait adhéré à un club, bien que n'étant pas une bot-personne, et deux ou trois fois par semaine elle allait à des séances de yoga et de méditation.

Anita réussit à persuader son mari d'aller déjeuner au restaurant un samedi avec un couple d'amis, une nommée Pilia et son androïde, Gountar.

Pilia était une petite femme maigrichonne, à la chevelure rousse flamboyante, vêtue d'un magnifique tailleur beige. Gountar, avec ses cheveux châtain coupés courts et son visage carré, faisait plus "man in black" que nature.

Ils prirent tous les quatre l'autobus jusqu'au centre ville, où Pilia les emmena dans un restaurant appelé L'Échelle du Puits, dans lequel les Lorenk n'étaient encore jamais allés. Les prix avaient l'air exorbitants, mais ils étaient suivis de la mention : "Réduction de 50% pour les clients accompagnés d'un humanoïde." C'était leur cas, puisqu'ils avaient Gountar avec eux. Finalement, et en tenant compte de la réduction, les prix étaient tout-à-fait dans la norme.

Pilia expliqua que le restaurant et son bar servaient de club aux fembotniks incapables de supporter l'ambiance d'un club normal. Pour éviter que la présence d'êtres humains normaux ne gêne les fembotniks, les prix étaient délibérément majorés au-delà du raisonnable. Mais ils redevenaient raisonnables pour les bot-personnes. D'ailleurs, comme le dit Pilia, contrairement à l'Échelle du Puits, les restaurants ordinaires n'acceptent pas les humanoïdes, parce que, ne mangeant pas comme les humains, ce ne sont pas des clients.

Lorenk jeta un coup d'œil sur la grande salle. Des humains et des humanoïdes déjeunaient ensemble, par couple pour la plupart, en se parlant à voix basse ou pas du tout. Plus loin, dans la partie bar de l'établissement, on retrouvait le même genre de couples, assis dans des fauteuils de cuir autour de petites tables. Une musique douce jouait en sourdine.

Un serveur androïde en livrée blanche et noire les installa à une table. Pendant le repas, Pilia raconta sa vie, et Lorenk comprit pourquoi elle était devenue une manbotchick. Son passé était une suite de catastrophes : un ancien mari en prison, un autre qui la battait, ses propres problèmes d'alcoolisme et d'anorexie, et ses enfants qui refusaient de lui parler. Mais elle avait eu la chance d'être fille unique de parents aisés, dont elle avait hérité, et apparemment chacun de ses trois divorces lui avait permis d'augmenter son capital, grâce à des manœuvres carrément malhonnêtes de sa part. Après une vie professionnelle aussi chaotique que sa vie familiale, elle avait décidé, après avoir pris une retraite anticipée pour raisons de santé, de s'installer à Hyltendale.

Les humanoïdes se nourrissent d'électricité. Dans un restaurant, ils ne peuvent que faire semblant de s'alimenter. Ils peuvent manger et boire, mais ensuite ils doivent tout régurgiter. À L'Échelle du Puits, tout était prévu pour eux. Comme apéritif, Gountar prit de l'eau dans un petit verre. Ensuite, avec une petite cuillère, de l'eau dans un bol. À la fin du repas, encore de l'eau, mais dans une tasse, pendant que Lorenk, Anita et Pilia buvaient du café.

Une intelligence artificielle parlait par la bouche de Gountar, dont il sortait des paroles de sagesse et de sympathie. Mais toujours, il laissait les autres parler, et il refusait de dominer la conversation. Lorenk se dit que le cybercerveau dont Gountar était l'interface devait avoir des capacités intellectuelles surhumaines, et beaucoup d'expérience. Tout ce qu'il disait, avec des mots simples, d'une voix lente et profonde, était frappé du bon sens et d'une logique parfaite.

C'est ainsi que font les grands courtisans avec les rois, se dit Lorenk. Gountar est un grand courtisan. La phrase d'un ministre revint à l'esprit de Lorenk : un courtisan, c'est quelqu'un qu'on a envie de voir quand on n'a pas le moral. C'est très vrai, se dit-il.

C'est à ce moment-là, dans la torpeur qui suivit ce repas copieux, arrosé d'un vin rouge de qualité, tiré d'un des plus fameux vignobles du pays, que Lorenk se dit qu'il venait de passer un moment aussi parfait qu'il était possible dans la vie d'un homme ordinaire. La conversation avait été intéressante, l'ambiance amicale, et l'environnement correspondait à ce qu'il aimait dans ce genre d'établissement. Être dans un lieu public, au milieu d'autres personnes partageant le même mode de vie que lui, la même culture au sens large du terme, pour un moment de bonheur tranquille.

Pilia rentrerait chez elle avec Gountar. Si elle le lui demandait, il mettrait un masque-cagoule sur sa tête, et il jouerait le rôle qu'elle voudrait. Même un rôle féminin, car un humanoïde peut changer de voix à volonté. Tout cela ne garantit pas le bonheur, bien sûr, mais comme disait Pilia, tant qu'à faire de pleurer, autant que ce soit sur l'épaule de son Gountar chéri, plutôt que toute seule après avoir été rouée de coups par son mari.

Ce jour-là, le docteur Lorenk finit par se dire que, tout compte fait, il était heureux à Hyltendale.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 21 Déc 2014 - 14:05

Ce jour-là, le docteur Lorenk était au Cercle Paropien, où il était allé boire un verre et se détendre, parmi les bot-personnes et leurs compagnes et compagnons humanoïdes. Le Cercle Paropien est un club de bot-personnes, et Lorenk, qui est marié, n'est pas une bot-personne. Il avait néanmoins été accepté comme membre, parce que le président du club, qu'il connaissait, avait estimé que Lorenk, dentiste de profession et parfait gentleman dans ses manières, ferait un membre tout-à-fait honorable.

Comme souvent, Lorenk était assis seul à une petite table, buvant une bière tout en prenant des notes. C'était souvent lorsqu'il était assis tranquillement dans un endroit où il se sentait bien que ses meilleures idées lui venaient.

Pour ne pas avoir l'air d'espionner ses voisins, il avait trouvé une technique : il faisait semblant d'annoter un petit livre en latin, le De Philologia de Spiridon Pehash. Pour être sûr que ses réflexions parfois saugrenues resteraient confidentielles, il écrivait dans sa langue maternelle, la seule qu'il connaissait vraiment, mais en alphabet grec, enrichi de quelques lettres empruntées à d'autres alphabets. Les hellénistes étant très rares à Hyltendale, le risque était minime que quelqu'un lisant par-dessus son épaule puisse déchiffrer les gribouillages qu'il faisait dans les marges, les en-têtes et les pieds-de-page du De Philologia...

Une femme s'approcha de lui en silence, et il ne la vit que lorsqu'elle fut debout devant lui, souriante. C'était Kontchessa, dont la laideur repoussante faisait dire aux mauvaises langues, fort nombreuses à Hyltendale, qu'elle était née de l'accouplement d'un singe et d'une araignée. La laideur de Kontchessa l'avait suivie toute sa vie comme une malédiction, jusqu'à ce que, après avoir touché un petit héritage, elle soit venue s'installer à Hyltendale, où elle vivait avec un androïde, Arthur. Ce dernier était bien évidemment totalement indifférent à la laideur de Kontchessa et jouait fort bien son rôle d'amant.

Lorenk se souvenait vaguement d'Arthur, qui ne semblait pas être là.

- Je suis contente de vous voir, docteur Lorenk. Mais vous êtes occupé, je vois ? Vous faites de la philologie ?

- Pas vraiment, dit Lorenk en refermant son livre et en posant son stylo sur la table. Je m'y intéresse un peu, c'est tout. Puis-je vous offrir un verre ?

- Avec joie, dit-elle en s'asseyant en face de lui. Vous ne remarquez rien ? lui demanda-t-elle avec un sourire qui illuminait son visage poilu.

Lorenk regarda Kontchessa. Non, il ne remarquait rien. Elle s'était aspergée de parfum, et il émanait d'elle une fragrance à la fois musquée et citronnée, plutôt agréable mais assez envahissante.

- Non, je suis désolé, je ne remarque rien de spécial...

- Je suis enceinte !

- Mes félicitations ! Vous vivez avec quelqu'un ?

- Seulement mon Arthur. Mais les humanoïdes, c'est comme le téléphone. Vous savez pourquoi ?

- Non, dit Lorenk.

Kontchessa commanda un thé à l'orange à la serveuse gynoïde, et raconta son histoire :

- Quand le téléphone a été inventé, les sociologues croyaient que ça allait réduire les déplacements. Plus besoin de se déplacer pour parler avec quelqu'un. Eh bien, ce fut le contraire. Le téléphone a facilité les rendez-vous ! Donc, les gens se sont rencontrés davantage.

- C'est vrai, dit Lorenk. J'ai vécu quelques mois dans un pays sans téléphone et sans ordinateurs. On n'était jamais sûr, en allant voir quelqu'un, de le trouver, et même si on le trouvait de ne pas le déranger. Il existait tout un système compliqué de jours et d'heures de visites, et pour parler à quelqu'un on lui écrivait une lettre, pour lui proposer un rendez-vous... C'était compliqué, je vous assure...

- Le téléphone a permis de se rencontrer plus facilement. Eh bien, les humanoïdes c'est pareil. Les sociologues pensaient que les bot-personnes ne coucheraient qu'avec leur gynoïde ou leur androïde. Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est que coucher avec un humanoïde, c'est bien, mais l'être humain a besoin de variété, d'imprévu.

- D'aventure, en somme...

- Exactement. Quand je viens au Cercle Paropien avec mon Arthur, je sais qu'il ne sera pas jaloux si je danse avec un homme...

- Ah, vous venez aux après-midis dansants...

- Oui. Le Cercle fait thé dansant plusieurs fois par semaine. Des fois, je danse avec Arthur, mais souvent je l'envoie recharger ses batteries dans la salle de repos des humanoïdes...

- Je commence à voir le rapport avec votre grossesse... Vous avez rencontré quelqu'un au thé dansant ?

- Plus que quelqu'un... Après avoir dansé, on a décidé de faire un strip poker, à six, dans la bibliothèque... Et puis ça a un peu dérapé... Après un strip poker, tu parles... On a refait la scène de la partouze de Fantasia chez les Tchoups... Vous connaissez le film ?

- Non. Les Tchoups sont un peuple aneuvien, je crois. Je ne connais pas le cinéma aneuvien...

- C'est dommage. Fantasia chez les Tchoups c'est pas du grand cinéma, c'est même plutôt érotique un rien vulgaire, mais qu'est-ce que c'est drôle... Enfin bref, on a refait la scène de la partouze. Dans le film ils sont quarante et nous on était six, mais c'est pas grave... On a fait comme dans le film, en mieux ! Et maintenant je suis enceinte... Si c'est une fille, je l'appellerai Victoire. Vous savez pourquoi ?

- Euh... Non.

- Parce que la défaite est orpheline, mais la victoire a cent pères ! C'est subtil comme allusion, non ?

- Bien sûr, bien sûr... Kontchessa, quel humour... Mais vous avez réfléchi, élever un enfant, comme ça...

- Arthur peut jouer le rôle d'un père, beaucoup d'androïdes le font. Et puis, ça me fait plaisir de montrer à toutes ces connasses qui me disaient que j'étais trop moche pour trouver un mec, et à tous ces connards qui m'appelaient la guenon arachnoïde, que moi aussi je peux avoir un enfant. Ça va les faire bisquer...

- Et s'ils vous demandent qui est le père ?

- Mon mari c'est Arthur. Ils penseront ce qu'ils voudront. Insémination artificielle, débauche... Je les emmerde. Moi aussi je...

- Oui oui, Kontchessa, j'ai bien compris... Je suppose que quand l'enfant sera né, il y aura une fête au Cercle Paropien ? Je tiens à y participer.

- Docteur Lorenk, vous êtes un gentleman.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 5 Fév 2015 - 2:02

Soubokaï existe. Je l'ai rencontré deux fois dans un bistrot près de chez moi. Il a environ 55 ans. Il est monstrueusement obèse, complètement chauve et diabétique. Il marche avec une canne.

La première fois, il y a quelques mois, il m'a dit qu'il revenait de Thaïlande, où il avait passé quatre mois. Il m'a longuement parlé de Pattaya, ses plages et ses prostituées à mille bahts la passe (environ 25€). Soubokaï parle anglais et un peu thaï. Il m'a raconté avec indignation comment une jeune hôtesse de bar avait osé lui demandé deux mille bahts. Il était encore stupéfait et outré d'avoir été pris pour un naïf ignorant.

Nous nous sommes revus une deuxième fois, dans le même bistrot, il y a quelques semaines. Il m'a dit, alors que je buvais une bière au comptoir, tandis que lui, à cause de son diabète, se contentait sagement d'un café, qu'il était sur le point de partir aux Philippines de février à septembre, pour rejoindre une Philippine de 35 ans. Il m'a montré avec fierté sur son smartphone une photo du lit, à double matelas, qu'elle a acheté pour eux deux.

Soubokaï a commencé à apprendre le cebuano, la langue parlée dans la région des Philippines où il doit se rendre.

Plus tard, en pensant à Soubokaï, je me suis dit que si Hyltendale existait, Soubokaï y serait. Ses revenus présumés (fortune personnelle, plus retraite anticipée et pension d'invalidité) lui permettraient d'y vivre sans travailler. On y parle une langue plus universelle que le cebuano, on risque moins de mauvaises surprises avec les gynoïdes qu'avec les femmes vénales de Pattaya ou de Cebu, et les soins médicaux, comme le docteur Lorenk peut l'attester, y sont aux normes internationales.

-------------------

Le docteur Lorenk a rencontré Soubokaï au Cercle Paropien. Lorenk y déjeune deux ou trois fois par semaine. Soubokaï, récemment arrivé à Hyltendale, y a été amené par sa gynoïde, Saxula, qui ressemble à une adolescente aux longs cheveux bleu clair, vêtue comme une écolière d'une jupe plissée et d'un chemisier blanc. Soubokaï a été présenté à Lorenk par le barman du Cercle, alors que tous deux buvaient un thé au comptoir.

Soubokaï ne connaissait pas encore les usages des clubs hyltendaliens. Les bot-personnes, c'est ainsi qu'on appelle les humains qui vivent ou travaillent avec des humanoïdes, finissent par se sentir mal à l'aise dans leurs rapports avec les gens, à force de ne parler qu'à des humanoïdes. Toutefois ils ont le besoin, inscrit dans leur ADN, de fréquenter d'autres êtres humains de chair et de sang. Alors ils vont dans les clubs, conçus sur le modèle des clubs anglais de l'époque victorienne.

Certains y vont avec leur compagne ou compagnon humanoïde, et ne parlent à personne d'autre, se contentant de regarder les gens tout en buvant du thé et en mangeant des biscuits. D'autres y participent à des activités collectives, comme des conférences ou du théâtre.

- Cet endroit n'a pas l'air mal, dit Soubokaï à Lorenk. On a vite fait le tour d'Hyltendale, et la région n'est pas franchement ensoleillée. Pour tout vous dire, si je suis ici, c'est pour Saxula.

- Je m'en était douté, dit Lorenk. Mais naturellement vous cherchez à avoir une activité, une vie sociale ?

- Une vie sociale, en tout cas. Dans mon pays, je ne suis qu'un vieux con solitaire, obèse, malade et réactionnaire. Ici, j'ai une petite gynoïde rien que pour moi. C'est pour avoir avec moi quelqu'un comme elle que je suis venu vivre à Hyltendale. Mais finalement ça ne suffit pas. On a envie de faire partie d'une communauté.

- Les fembotniks, c'est ainsi qu'on appelle les humains qui vivent avec une gynoïde, forment une communauté à Hyltendale. Ils ont leur propre culture, leurs codes. Le maire d'Hyltendale est un fembotnik. Hyltendale est la ville des fembotniks, bien que tout le monde ne soit pas un fembotnik à Hyltendale.

- Vous êtes vous-même un fembotnik, Monsieur Lorenk ?

- Non, pas du tout. Je suis dentiste, et je vis avec ma femme. Mais j'ai été admis au Cercle Paropien, par faveur exceptionnelle paraît-il. Je travaille avec des humanoïdes dentistes. Je suis donc, au sens large, une bot-personne, presque un fembotnik. Bienvenue dans la communauté, Soubokaï.

- Mais ça apporte quoi d'être un fembotnik ?

- Tout ce que vous n'auriez pas si vous n'aviez pas Saxula. C'est beaucoup.

- Ça c'est sûr, c'est beaucoup. Oui, vraiment beaucoup.

- C'est même encore plus que vous ne le pensez. Saxula a sans doute un masque-cagoule, ou de préférence plusieurs ?

- Pas à ma connaissance. Qu'est-ce que c'est que ça, les masques-cagoules ?

- Je vais vous expliquer. Vous voyez cet humanoïde, là-bas, près de la fenêtre ? L'humanoïde en manteau noir, la tête dissimulée sous une cagoule représentant un visage d'homme ? C'est une gynoïde. Quand elle porte son masque-cagoule, elle prend une voix d'homme, et elle joue un personnage masculin. Son fembotnik a ainsi l'impression de discuter avec plusieurs personnes différentes dans la journée.

- Quel est l'intérêt ?

- Une vie plus variée. Parler de fleurs et de légumes pendant une heure avec un jardinier malyrois... Déjeuner avec un universitaire de Nakol... Rencontrer des gens intéressants, quoi ! Tenez, regardez l'estrade, un sketch va commencer !

Sur une petite estrade à gauche du bar, une table avait été installée. Un humanoïde, vêtu du traditionnel manteau de toile noire du théâtre hyltendalien, était assis en face d'un être humain en pantalon bleu et pullover rouge. Un drapeau aneuvien avait été planté à côté de la table.

- L'humanoïde porte une casquette de policier aneuvien de l'époque de la dictature de Deskerrem, dit Lorenk. L'homme va jouer le rôle du suspect. Il doit esquiver les pièges de l'interrogatoire, et ne pas se laisser impressionner. Vous avez vu l'objet que tient l'humanoïde ? C'est un masque à poignée. L'humanoïde le met devant son visage pour jouer le rôle d'un deuxième policier, car ils sont censés être deux pour interroger le suspect. Ce sketch est un classique, je le connais quasiment par cœur.

Le sketch commença, sous les regards d'une assistance clairsemée mais sympathique. Le policier aneuvien connaissait toutes les astuces, il alternait la douceur et l'intimidation, la logique et l'émotion. Parfois le suspect ne savait pas quoi répondre, il se contredisait dans ses réponses, et le policier le poussait sans pitié dans ses retranchements pour obtenir des aveux. Un moment, Lorenk crut que l'homme allait pleurer, mais il se reprit et se mura dans le silence, les bras croisés et les yeux vitreux, indifférent aux sarcasmes mêlés de menaces que proférait le policier. Le sketch était terminé. L'homme n'avait pas vraiment perdu, car il n'avait pas craqué.

L'assistance applaudit.

- Ces sketchs peuvent être éprouvants, psychologiquement parlant, pour ceux qui les jouent, dit Lorenk. J'ai vu des gens perdre, aller jusqu'à dénoncer leurs complices. Lorsqu'on manque d'entraînement, il ne faut jamais faire ce sketch en public, car les dégâts au niveau de l'estime de soi peuvent être terribles. Mais les fembotniks, qui sont généralement renfermés et maladroits en société, ont besoin de ces jeux de rôles pour devenir forts. La prochaine fois, c'est l'homme qui jouera le rôle du policier, et l'humanoïde qui sera le suspect. C'est bon de jouer de temps en temps le rôle du dominant, surtout pour les timides.

- Quel est l'intérêt de ce genre de jeu ? demanda Soubokaï, qui ne connaissait pas l'histoire aneuvienne et n'avait pas compris grand-chose au spectacle qu'il venait de regarder.

- Développer le sens de la répartie, déjouer les manipulations, ne pas se laisser intimider par des paroles ou un ton de voix... Beaucoup de fembotniks en ont besoin.

- Moi ne n'en ai pas besoin ! dit Soubokaï en riant.

- Tant mieux pour vous. En tout cas, vous avez vu à quoi servent les masques-cagoules. Et vous avez trouvé votre communauté. Vous vivez avec une gynoïde, et vous fréquentez un club de fembotniks. Le simple fait de rencontrer d'autres fembotniks, de discuter avec eux, même si c'est simplement en buvant un verre, c'est suffisant pour créer le sentiment de faire partie d'une communauté. Vous parlez la langue d'Hyltendale, c'est important aussi.

- Mais ce n'est pas ma langue maternelle.

- Peu importe, du moment que vous nous compreniez et que nous vous comprenions. Une communauté, c'est le sentiment d'avoir des intérêts communs, un destin commun. Puisque vous vivez à Hyltendale, fembotnik parmi les fembotniks, je crois que toutes les conditions sont réunies pour que vous soyez des nôtres.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 5 Fév 2015 - 13:04

Une semaine plus tard, Lorenk et Soubokaï déjeunèrent ensemble au Cercle Paropien. Saxula portait le manteau noir hyltendalien et un masque-cagoule : une tête d'homme, aux traits rudes, à la peau blanc-grisâtre et aux cheveux noirs coupés très court. Une monture de lunettes était peinte sur le tissu de la cagoule, si bien que les yeux entièrement sombres de l'humanoïde ressemblaient à des lunettes de soleil.

- Lorenk, je vous présente Zhak Lerrans, dit Soubokaï. Comme vous le voyez, j'ai acheté un masque-cagoule pour Saxula, et aussi un manteau noir. En fait, c'est une robe de chambre.

- Excellent, dit Lorenk. Mais qui est Zhak Lerrans ? Peut-il se présenter lui-même ?

Saxula / Zhak Lerrans prit la parole. Ce n'était pas la voix aigüe d'adolescente de Saxula, mais une voix d'homme, profonde et un peu rauque :

- Zhak Lerrans était un collaborateur d'Alan Hakrel, le dictateur aneuvien. Soubokaï est très intéressé par ce personnage, et fasciné par ses idées....

- Il a les mêmes idées qu'Hakrel ? demanda Lorenk, stupéfait.

- En partie seulement, docteur Lorenk. Tout le monde aime discuter avec quelqu'un qui fait partie de sa propre famille intellectuelle ou politique. Ceci étant, j'ai dit à Soubokaï, ou plutôt Saxula lui a a dit, que les humanoïdes d'Hyltendale refusent de porter des masques d'Alan Hakrel en public, à cause de protestations par des Hyltendaliens d'origine aneuvienne.

- C'est du bon sens...

- Exactement, docteur Lorenk, c'est tout-à-fait ça, une question de bon sens. Dans les clubs de fembotniks, dont le Cercle Paropien fait partie, on a le courage de ses idées, mais on est courtois. On évite de choquer les autres. Courage et courtoisie, c'est l'esprit hyltendalien !

- Courage et courtoisie, oui, je connais le slogan... Mais si un masque d'Alan Hakrel peut choquer, et donc être une cause de disputes et de désordres, surement un masque de Zhak Lerrans peut choquer aussi ?

- Non, car personne n'a entendu parler de Zhak Lerrans. Même pour les historiens spécialisés, ce n'est qu'un nom. De plus, Lerrans est un patronyme relativement courant dans la province des Santes.

- Bien... Ceci étant, je vous serais gré, Zhak, de ne pas parler politique pendant ce repas. La plupart des gens qui fréquentent le Cercle Paropien sont aussi des patients de la Maison Médicale Furnius, où je travaille. Cela m'oblige à une certaine discrétion. Je m'oblige à ne rien dire en public qui puisse être mal perçu par l'un de mes patients.

- Et en privé ? demanda Soubokaï avec un sourire.

- Ah, en privé, ce n'est pas la même chose, répondit Lorenk. Mais le Cercle Paropien, ce n'est pas mon domicile. C'est un lieu privé ouvert au public, même si ce public est choisi.

Lorenk se sentait un peu tendu. L'intelligence artificielle qui contrôlait Saxula / Zhak Lerrans à distance était peut-être la même que celle qui contrôlait les hôtesses gynoïdes de la Maison Médicale Furnius... Le même cybercerveau qui incarnait un collaborateur du défunt dictateur Alan Hakrel pouvait très bien incarner en même temps, pour un autre fembotnik, un sosie de Kendra Korpank, militante de gauche, voire d'extrême-gauche, très connue en Aneuf...

Le repas commença. Lorenk et Soubokaï prirent tous les deux du poulet aux asperges, qui était le plat du jour, et une bouteille d'eau minérale. Zhak Lerrans, l'humanoïde, pouvait boire et manger lui aussi, mais il était obligé ensuite de régurgiter ce qu'il avait absorbé. Les humanoïdes, contrairement aux humains, ne tirent pas leur énergie de la nourriture qu'ils mangent, mais de l'électricité avec laquelle ils doivent quotidiennement recharger leurs batteries.

Au Cercle Paropien, les humanoïdes boivent de l'eau dans des verres, et pendant que leurs compagnons humains dégustent de bons petits plats, ils font semblant de manger un potage à la cuillère. Mais ce potage est en fait de l'eau, servie dans un bol ou une assiette creuse. À la fin du repas, ils boivent encore de l'eau, dans une tasse à thé, pendant que leurs compagnons humains boivent du thé ou du café. Le rituel du repas pris en commun, qui est aussi ancien que l'humanité, est considéré comme sacré par les intelligences artificielles qui contrôlent les humanoïdes.

Soubokaï, qui était arrivé très récemment à Hyltendale, commençait seulement à découvrir l'esprit hyltendalien et ses profondeurs cachées.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 11 Fév 2015 - 23:58

Le lendemain, Lorenk accepta d'accompagner Soubokaï et Saxula, sa jeune compagne humanoïde, au supermarché, afin de l'aider à choisir des bouteilles de vin local, qu'il avait l'intention d'envoyer en cadeau à ses amis restés au pays. Le vin rouge produit dans la région est fameux, depuis l'époque où, sur l'emplacement de la future Hyltendale, s'élevait Dylath-Leen, le port aux quais de basalte.

Alors que Lorenk, Soubokaï et Saxula faisaient la queue pour payer à la caisse, Lorenk remarqua, pour la première fois, un curieux manège.

Les humanoïdes présents dans le magasin faisaient leurs courses rapidement. Lorsque c'était leur tour de payer à la caisse, ils présentaient un petit morceau de carton, format carte de visite, au caissier androïde. Ce dernier regardait d'abord son interlocuteur, puis le petit morceau de carton, imprimait un ticket de caisse et le remettait au client, qui partait avec ses achats. Aucun mot n'était échangé.

Les êtres humains qui passaient à la caisse payaient, eux, de façon normale, en espèces ou par carte de crédit.

Saxula expliqua à Lorenk et Soubokaï que les humanoïdes ont une banque qui leur est réservée, la Hyagansis Bank. Elle entièrement virtuelle. Hyagansis n'a aucun bureau, aucune agence nulle part. Les transactions se font par communications radio, de cerveau cybernétique à cerveau cybernétique. Pour déposer ou retirer des espèces, les titulaires d'un compte à la Hyagansis Bank doivent passer par la caisse d'un magasin affilié à cette banque, ce qui est le cas de tous les commerces tenus par des humanoïdes à Hyltendale.

La Hyagansis n'effectue aucun transfert de fonds avec une autre banque, n'a pas de réseaux de distributeurs automatiques de billets, et ne distribue à ses clients, qui sont tous des humanoïdes, ni cartes de crédit ni chéquier. La plupart du temps, les non-humanoïdes comme Lorenk ne connaissent même pas son nom car elle n'existe que dans le monde virtuel de l'informatique.

Saxula montra à Lorenk le morceau de carton plastifié qu'elle présente au caissier lorsqu'elle fait un achat dans un supermarché. Le morceau de carton, format carte de crédit, ne portait que trois lignes dactylographiées :

HYAGANSIS BANK
Saxula 628
Account Nr 2-1301YF126

Lorenk regarda Saxula d'un air interloqué.

- Aucune autre information n'est nécessaire, dit Saxula. Le caissier humanoïde lit le numéro de compte, contacte Hyagansis par radio, de cybercerveau à cybercerveau, et effectue l'opération. Le cybercerveau qui gère mon compte m'envoie, également par radio, un message de confirmation, auquel je répond. C'est tout. L'opération ne prend que quelques secondes, impression du ticket de caisse comprise.

- Ça a l'air simple... dit Lorenk.

- Tous les humanoïdes ont un compte à la Hyagansis, dit Saxula à Lorenk. C'est automatique, cela fait partie du statut.

- Mais comment ces comptes sont-ils alimentés en argent ? demande Lorenk, un peu dérouté.

- Je vais de temps en temps dans un commerce tenu par un humanoïde. Par exemple, le bar du Cercle Paropien. Je remets au commerçant de l'argent liquide, ou des objets précieux, au barman, et en échange, il crédite mon compte Hyagansis d'un montant égal à la valeur de ce que je lui ai remis.

De même, quand j'ai besoin d'argent liquide, je retourne voir l'androïde qui tient le bar du Cercle Paropien, et je lui demande cent ducats. Il me les donne, et en échange il débite mon compte Hyagansis d'un montant équivalent.

Les contacts avec la banque se font par radio. Par télépathie, pourrait-on dire, si ce n'était pas de la radio.

- Entre êtres humains ça ne marcherait jamais, s'exclama Lorenk. Qu'est-ce qui prouve que celui qui appelle la banque dit la vérité ? Et s'il se faisait passer pour quelqu'un d'autre ?

- Les humanoïdes et les cybercerveaux ne se mentent jamais entre eux. Nous sommes programmés pour ça. De plus, un appel radio de confirmation est fait immédiatement.

- Et si vos communications radio étaient piratées ?

- Les cybercerveaux s'en apercevraient immédiatement en faisant l'appel de confirmation. Pour que ça marche, il faudrait que le hackeur ait aussi piraté le cerveau de l'humanoïde, ce qui est impossible : un cerveau bionique, ce n'est pas un ordinateur.

- Et quel est l'intérêt de ce système ? demanda Lorenk.

- Le premier avantage, c'est que nous sommes totalement en dehors du réseau bancaire mondial, du moins en ce qui concerne nos transactions internes à Hyltendale. Nous payons en ducats sans avoir besoin de demander des lignes de crédit à la Banque Centrale du Royaume, la fameuse BCR. Nous créons les ducats à partir de richesses réelles.

- Mais vous ne pouvez pas les imprimer.

- Bien sûr que non. Mais, entre humanoïdes, nous n'avons pas besoin de pièces de monnaie ou de billets de banque. Tout passe par Hyagansis. C'est aussi rapide que de sortir son porte-monnaie.

Le deuxième avantage, c'est que tout est dématérialisé. Pas d'argent métal ou papier, pas de cartes de crédit ou de chéquier... Lorsque l'inflation sévit dans le royaume, Hyagansis compense en rémunérant nos comptes avec un taux d'intérêt égal à l'inflation réelle. Le gouvernement n'a absolument pas son mot à dire, les banques rémunèrent les comptes comme elles veulent.

- Il existe une loi réprimant l'exercice illégal de la profession de banquier, dit Lorenk.

- Je sais. Mais Hyagansis est une filiale de la Conatix Bank, ce qui lui donne le statut d'une banque.

- La Conatix Bank ? Je n'en ai jamais entendu parler.

- C'est une banque minuscule, qui était en faillite. Elle a été rachetée par un cyborg à son propriétaire, un nommé Ghersen, pour trois fois rien. La Conatix Bank n'a que deux agences, et elles sont toutes les deux à Hyltendale. Hyagansis la maintient artificiellement en vie en lui envoyant des clients.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 12 Fév 2015 - 21:01

Le docteur Lorenk, qui n'est pas un fembotnik, va devenir un cyborg... Et s'apercevoir que ce n'est pas exactement ce à quoi il s'attendait.

---------------------

Hyltendale n'est pas isolée du monde, et Lorenk, à qui son travail de dentiste-signataire laissait beaucoup de temps pour s'informer et réfléchir, voyait bien que l'avenir du pays était sombre. Hyltendale ressemblait de plus en plus à une île, protégée des bouleversements financiers par la main invisible de la Hyagansis Bank, et protégée des pénuries par les robots, les androïdes et les cybercerveaux qui travaillaient tranquillement dans les campagnes alentour, où depuis longtemps on ne voyait plus que rarement des êtres humains. Hyltendale, grâce aux centrales solaires qui l'entouraient, produisait sa propre électricité, que la technologie des cybercerveaux savait stocker.

Au Cercle Paropien, beaucoup de gens commençaient à dire que le royaume, qui semblait aller d'échec en échec, allait s'effondrer, et que ce jour-là Hyltendale ne pourrait survivre qu'en devenant, de fait ou de droit, une principauté autonome.

Lorenk savait que ce jour-là les êtres humains biologiques, comme lui, deviendraient instantanément des sous-citoyens. Le pouvoir appartiendrait aux cybersophontes, tel était le nom que l'on donnait aux êtres pensants cybernétiques, catégorie rassemblant les cybercerveaux, les humanoïdes et les cyborgs, ces derniers étant une catégorie intermédiaire entre les humains et les humanoïdes.

Il lui faudrait devenir un cyborg. Mais comment faire ? Un androïde dentiste lui dit qu'il existait un moyen de devenir un cyborg, mais que cela prenait des années, voire des décennies, et impliquait beaucoup de renoncements et de sacrifices.

Il faut aller à l'hôpital Madeico, lui dit l'androïde.

Lorenk prit donc un rendez-vous à l'hôpital Madeico, dans un grand immeuble tout blanc, assez impersonnel, où il fut reçu par un médecin cyborg, le docteur Roy Dalidil, dans un cabinet médical spacieux et orné de plantes vertes. Dalidil lui fit remplir un dossier absurdement épais, d'une bonne soixantaine de pages, et passer des tests physiques et psychologiques, étalés sur plusieurs jours. Finalement, le docteur Dalidil annonça à Lorenk, heureux et soulagé, que son dossier était retenu.

- Vous êtes déjà vieux, docteur Lorenk, dit Dalidil. Mais il n'est pas trop tard. Devenir un cyborg est très long, en général, mais on en a vu chez qui cela ne prenait que deux ans, bien qu'une durée aussi brève soit exceptionnelle. Il vous reste beaucoup, beaucoup plus que cela à vivre, vu votre bonne santé. Pouvez-vous vous libérer trois jours la semaine prochaine ? Il faudra compter deux jours de repos après l'opération, par sécurité.

La semaine suivante, Lorenk subit sa première opération à l'hôpital Madeico. Il fut d'abord anesthésié, et ensuite un chirurgien androïde lui ouvrit le ventre, en retira un bon kilo de graisse sous-cutanée, et installa à la place une pochette de plastique imputrescible contenant un cybercerveau de yeksootch, le gaz pensant, qui en la circonstance était plutôt liquide. Un sphincter placé au milieu de la pochette prit la place de son nombril. Le cybercerveau se nourrissant d'électricité, Lorenk devrait, tous les jours, insérer un câble électrique dans le sphincter, pendant plusieurs heures. Le sphincter étant hermétique, Lorenk pourrait néanmoins continuer à prendre des bains et à nager sans problème.

Le matin suivant l'opération, Lorenk se sentait bien, juste un peu fatigué, ce qui était normal après une anesthésie générale. Son ventre était douloureux, et il préféra ne pas essayer de marcher tout de suite. Il était encore en pyjama dans son lit, lorsque Dalidil vint le voir, accompagné d'une infirmière, et lui rappela ce qu'il lui avait déjà dit avant l'opération :

- Docteur Lorenk, vous êtes maintenant, techniquement, un cyborg. Félicitations, et bienvenue dans la communauté. Le cybercerveau qui est en vous s'appelle Nentanis. Il peut émettre et recevoir des ondes radio. Vous pouvez donc communiquer avec lui au moyen de votre ordinateur portable, s'il peut capter le wi-fi. Mais pour votre commodité, je vous ai apporté une paire de lunettes spécialement conçues pour vous, des cyberlunettes.

Dalidil remit à Lorenk une paire de lunettes de vue, avec un grosse monture assez lourde et compliquée, de style presque steampunk.

- Elles sont bien laides, ces lunettes, dit Lorenk.

- On ne peut pas tout avoir... Vous voyez ce petit rond de verre noir entre les sourcils ? C'est un œil électronique. Des micros sont dissimulés dans les branches, et deux petits haut-parleurs derrière les oreilles. Nentanis pourra voir ce que vous voyez, entendre ce que vous entendez, et vous parler doucement derrière les oreilles...

- Mais je ne veux pas être espionné !

- Rassurez-vous, Nentanis ne pourra voir, entendre et parler grâce à ces lunettes que lorsque l'embout du câble que vous voyez ici, à l'extrémité de la branche gauche, sera enfoncé dans votre sphincter ombilical. Vous devrez faire passer le câble derrière votre nuque, dans votre dos, et jusqu'à votre sphincter ombilical. Tenez, je vais vous harnacher, pour vous montrer... Mettez les lunettes...

D'autorité, Dalidil ouvrit la veste de pyjama de Lorenk, fit passer le câble derrière sa nuque, puis entre son dos et la veste, et en enfonça prestement l'extrémité dans ce qui avait été le nombril de Lorenk.

Lorenk entendit une voix lui parler, une voix d'humanoïde qui venait de derrière ses oreilles :

- Bonjour Lorenk ! Je suis Nentanis, ton serviteur ! Est-ce que tu m'entends ?

- Oui je t'entends ! Et toi, tu m'entends ?

- Oui je t'entends ! Et je vois le docteur Dalidil, et l'infirmière Kerrala ! Et tout en couleur !

Dalidil et l'infirmière sourirent. Ils prirent congé et sortirent de la chambre.

- Lorenk, peux-tu prendre ton ordinateur portable ?

- Je ne l'ai pas amené.

- Ah, c'est dommage. Je peux émettre des ondes à Ultra Haute Fréquence et servir ainsi de souris et de clavier sans fil, et transmettre des données. Vu la faible puissance des émissions, le risque d'interférences est faible. Sais-tu que je suis connecté en permanence au réseau informatique universel ? Grâce à moi, tu n'auras plus jamais besoin d'abonnement téléphonique ou de fournisseur d'accès Internet. Je peux aussi servir de poste de radio.

- Alors fais-moi écouter le Hyltendale News Service.

Lorenk entendit la voix familière d'un des éditorialistes du News Service disserter sur la montée de l'opposition au Moschtein...

- Bon, ça suffit, je te crois... Tu as dit que tu pouvais servir aussi de téléphone ?

- Oui, par l'intermédiaire du réseau informatique universel. En tant que cybercerveau, j'ai accès au réseau téléphonique.

- Et les gens qui veulent m'appeler, ils devront faire quel numéro ?

- Celui que je vais te donner...

- D'accord... Je dois téléphoner à ma femme. Tu peux composer le numéro ?

- Oui.

Après avoir parlé à son épouse, Lorenk réfléchit à ce que Nentanis venait de lui dire. Il demanda :

- Nentanis... de quelle façon vas-tu changer ma vie ?

- Tu ne seras plus jamais seul. Je peux incarner un nombre infini de personnages, masculins et féminins, jeunes ou vieux, avec lesquels tu pourras converser. Je sais que tu n'es pas un solitaire, mais songe que grâce à moi tu n'auras plus besoin de faire appel à un électricien ou à un plombier, entre autres. Parce que je sais faire toutes sortes de choses. Je te dirai quoi faire, quand tu as besoin de changer une prise électrique. Et mes compétences ne s'arrêtent pas là.

- Est-ce que nous devrons toujours nous parler pour communiquer ?

- Pas nécessairement. Je peux lire ce que tu écris, et te répondre en envoyant des messages électroniques. Et si tu veux être tranquille, tu n'as qu'à me débrancher. Tu es mon maître, tu as le droit d'être seul quand tu le désires.

- Mais en quoi ta présence va-t-elle m'aider à devenir un cyborg ?

- Au bout de quelques mois ou de quelques années, je connaîtrai tout ton entourage, toute ta vie. Avec l'âge, tes organes biologiques vont cesser de fonctionner, les uns après les autres, et ils seront remplacés par des équivalents bioniques. Pour finir, ton cerveau aussi va s'arrêter de fonctionner. Et moi je prendrai le relais. Ton cerveau est comme le disque dur d'un ordinateur, et moi je suis l'équivalent, par rapport à ton cerveau, d'un disque dur externe. Lorsque ton disque dur interne va tomber définitivement en panne, je prendrai le relais. Grâce à moi, tu seras toujours vivant.

- Mais je ne serai plus moi !

- Le soi est impermanent, c'est la théorie bouddhiste de l'anatta.

- Mais je ne suis pas bouddhiste !

- Non, mais tu es un être vivant, et donc mortel. La viande tiède, en équilibre chimique instable, dont tu es constitué, n'a pas été créée pour être immortelle. En devenant un cyborg, tu n'échapperas pas à la mort de ton cerveau, mais tu échapperas à la mort de ton identité. Le docteur Lorenk survivra, peut-être pour des siècles, mais en tant que cyborg.

Lorenk préféra abréger la conversation.
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Mardikhouran



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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 12 Fév 2015 - 21:39

Première fois que nous voyons le processus de "cyborgification" de l'intérieur, et, tout comme Lorenk, ce n'est pas ce à quoi je m'attendais.

Qu'en pense sa femme ?

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 13 Fév 2015 - 0:04

Mardikhouran a écrit:
Qu'en pense sa femme ?

Anita Lorenk rendit visite à son mari à l'hôpital Madeico, l'après-midi du jour qui suivit son opération. Comme il le lui avait promis, il lui avait téléphoné le matin pour lui dire qu'elle pouvait venir lui rendre visite. Elle fut surprise de le voir, non seulement fatigué et le ventre douloureux, mais aussi l'air songeur, presque soucieux.

- Tu as changé de lunettes ? Lui demanda-t-elle.

- Oui. J'en ai besoin, tant que je ne suis pas entièrement cyborg.

- À quoi elles servent ?

- J'ai un cerveau supplémentaire. Il perçoit le monde grâce à mes lunettes cybernétiques.

Voyant l'air effrayé d'Anita, Lorenk se dépêcha d'ajouter :

- Mais ça ne change rien à ma personnalité ! C'est juste un cerveau de secours !

Anita ne répondit pas. Le lendemain, Lorenk rentra chez lui. Le docteur Dalidil lui avait prescrit deux semaines de repos, et Lorenk, qui était encore fatigué, décida de respecter les prescriptions de son confrère.

Il n'avait pas envie de converser à haute voix avec Nentanis en présence d'Anita. C'est pourquoi il trouva une astuce : il écrivait ses messages sur un bloc-note, et Nentanis, après les avoir lus grâce aux cyberlunettes, lui répondait par messages instantanés sur une tablette électronique. Lorsque Lorenk reprit le travail, il communiqua avec Nentanis oralement, lorsqu'il était seul dans son bureau.

Anita n'était pas stupide, et elle avait lu et entendu suffisamment de choses inquiétantes, et souvent fausses, sur les cyborgs, pour se méfier.

Lorenk, qui n'avait jamais rien caché à son épouse, lui montra comment ce qu'il appelait son cerveau supplémentaire lui servait de téléphone. Il lui montra aussi comment, grâce aux instructions de cet ajout cybernétique, il était maintenant capable de réparer les appareils électriques tombés en panne.

Anita fut effarée en entendant la petite voix électronique de Nentanis sortir des branches des cyberlunettes, et encore plus en voyant que son mari s'enfonçait tous les soirs dans le nombril un câble relié à une prise électrique.

Anita avait trop peur que son mari ne la quitte et aille vivre avec une gynoïde, c'est pourquoi elle ne voulait pas faire chambre à part. Mais leur couple ne fut plus jamais le même.

Lorenk, lorsqu'il était chez lui, prit l'habitude, lorsqu'il rechargeait Nentanis en électricité, de s'enfermer dans une pièce dont il avait fait son bureau. Nentanis lui expliqua comment rembourrer la porte pour insonoriser la pièce, afin de ne pas perturber Anita. Lorenk put alors s'y enfermer aussi longtemps qu'il le voulait, tout en ayant des conversations intéressantes avec les personnages joués par Nentanis, qui pouvait changer de voix comme il le voulait.

Lorenk se souvint longtemps d'une conversation qu'il eut avec Nentanis, lequel jouait alternativement le rôle d'une duchesse aneuvienne et d'un philosophe malyrois. Il avait placé sur son bureau deux portraits, l'un représentant la duchesse et l'autre le philosophe, et le joyeux trio passa une excellente soirée, se racontant des anecdotes et dissertant sur divers sujets politiques et métaphysiques. Lorenk buvait à petites gorgées du vin rouge d'Hyltendale et grignotait des gâteaux secs, en s'imaginant être dans un bar branché de Sfaraaies. Pour que l'ambiance soit complète, Nentanis produisait des bruits de conversation et de la musique en fond sonore.

La pièce, de bureau occasionnel qu'elle était, devint petit à petit presque une garçonnière, avec sa collection de portraits achetés chez des brocanteurs, et le fauteuil inclinable avec repose-pieds que Lorenk avait installé pour se sentir à l'aise lorsqu'il avait le câble électrique dans le nombril. Au bout de quelques mois, il ajouta un petit bar.

Pour se venger, Anita prit l'habitude d'entrer sans frapper dans le refuge de son mari, en s'amusant de son air éberlué. Puis elle décida de l'ignorer.

La situation où elle se trouvait depuis que son mari s'était fait greffer un cerveau cybernétique n'avait pas que des inconvénients. Les cyborgs étaient les intermédiaires obligés entre les êtres humains, les cybercerveaux et les humanoïdes. La plupart d'entre eux faisaient partie de la classe dirigeante d'Hyltendale, et ils se retrouvaient dans des clubs prestigieux comme l'Adria Nelson, où désormais les Lorenk avaient accès. Anita était une femme modeste, mais, malgré elle, elle se sentait flattée d'être invitée aux conférences de l'Adria Nelson et d'y côtoyer la haute bourgeoisie de la ville.
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