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 Les fembotniks

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 10 Fév 2018 - 19:04

Au moins une fois par mois, le roi Andreas va se reposer dans sa résidence campagnarde de Potafreas, près d'Hyltendale. Dans les forêts alentour, entouré de quelques invités et de gardes royaux triés sur le volet, il aime se livrer à son passe-temps favori, la chasse au sanglier à l'arbalète, un sport pratiqué depuis des millénaires par la noblesse mnarésienne.

Parmi les invités, il y a souvent Yip Kophio, l'ancien directeur de la Police Secrète, qui a pris sa retraite dans une luxueuse villa de la Côte d'Ethel, à une cinquantaine de kilomètres de Potafreas.

Depuis qu'il a pris sa retraite anticipée, Yip Kophio a surmonté son alcoolisme et ses tendances à la dépression. Il mène sur la Côte d'Ethel une vie de quasi-reclus, avec deux gynoïdes et un majordome androïde, sous l'identité d'Ornicar Séféro. Apparemment, les deux gynoïdes et l'androïdes lui suffisent comme entourage. Lorsque Andreas s'en étonne, Kophio lui répond que ses trois humanoïdes peuvent incarner un nombre infini de personnages lorsqu'ils portent des masques-cagoules, ce qui fait qu'il n'a jamais eu autant d'amis que maintenant.

Andreas n'a aucune peine à le croire. Lorsqu'il était directeur de la Police Secrète, Kophio a organisé la disparition de dizaines de milliers de Mnarésiens chaque année, voire même de plusieurs centaines de milliers les "bonnes" années. Le total se chiffre en millions. Cela fait autant de millions de raisons de dissimuler son identité réelle à ses voisins.

Andreas joue le jeu, et appelle "Ornicar" son ancien collaborateur. Il a toujours eu de l'affection pour Kophio, dont la loyauté envers la monarchie est absolue, et dont la cruauté est uniquement administrative. En tant que directeur de la Police Secrète, Kophio a fait le sale travail, et Andreas lui en sait gré. D'ailleurs, pendant toute sa carrière, Kophio a été considéré par ses subordonnés comme un bon chef. Lorsqu'il a pris sa retraite, des secrétaires ont pleuré pendant la cérémonie de départ.

Ce jour-là, les sangliers étaient rares. Andreas et Kophio, leurs arbalètes sur le dos, s'étaient mis à l'écart du groupe pour faire une pause casse-croûte dans la forêt. Assis sur des bâches posées sur le sol encore boueux, ils avaient discuté sans façon, tout en buvant du thé froid.

"Serranian, c'est l'officina populorum des cybersophontes" dit Kophio.

"L'offi quoi ?" demanda Andreas.

"L'officina populorum, Majesté. La fabrique des peuples, en latin. C'est ainsi que certains auteurs appelaient la Germanie antique, autrefois, en la comparant à une vaste fabrique. Il y a une quinzaine ou une vingtaine de siècles, la Germanie était une vaste étendue couverte de forêts et de marécages. Il en sortait de temps en temps des peuples barbares, dont personne n'avait entendu parler auparavant, comme les Vandales ou les Burgondes, qui partaient à la conquête des provinces de l'Empire Romain déclinant... C'était comme si ces peuples avaient été fabriqués par des dieux ou des démons, dans des fabriques cachées au fond des forêts inexplorées..."

"Eh bien dites donc, je vois que vous pratiquez la lecture depuis que vous êtes à la retraite, mon cher Koph... Pardon, Ornicar. Vous avez le temps de vous cultiver... C'est bien. Je n'ai pas le temps de faire du latin, moi. Mais quel est le rapport avec Serranian ? Il n'y a pas de forêts à Serranian, que je sache ! C'est la capitale du royaume marin d'Orring !"

"Il n'y a certes pas de forêts à Serranian, Majesté, mais il y a des cybersophontes. Pour être plus précis, des cybermachines et des humanoïdes."

"Mais tout le monde le sait !" s'exclama Andreas. "Sur une île flottante artificielle, une ville de béton flottant sur l'eau, on trouve nécessairement des cybermachines et des humanoïdes... Et tout le monde sait aussi qu'il y a des humains à Serranian."

"Certes, Majesté, mais ne trouvez-vous pas surprenant que des humains vivent à Serranian  ? Dans une ville de béton qui s'agrandit sans cesse, au milieu des eaux ? Et qui fait chaque année le tour de la Mer du Sud, portée par les courants marins ? Les habitants doivent avoir l'impression de vivre dans un vaisseau spatial en orbite. Un jour la fenêtre de leur chambre fait face à l'ouest, et quelques mois plus tard elle fait face au sud, et ainsi de suite..."

"Ornicar, ma fiancée est une femme-cyborg, une femborg, comme on dit maintenant. Je pense que vous le savez."

"Bien sûr, Majesté. Tout le monde a entendu parler de la duchesse Wagaba Jabanor de Swaghenkarth."

"Wagaba a vécu à Serranian. Elle m'a dit qu'on s'y habitue. Et puis, ces êtres humains de Serranian sont un peu particuliers. Ce sont des cyborgs. Des êtres humains dont les organes biologiques ont été remplacés par des prothèses cybernétiques."

"Des êtres humains un peu particuliers, en effet, Majesté. Ils sont nés dans des cuves bioniques, et ils sont non viables. Ils meurent rapidement, sauf si on remplace leur corps biologique par un corps d'humanoïde. Mais les cybermachines continuent de faire naître des bébés dans des cuves bioniques, sachant qu'ils deviendront des cyborgs. Et ces cyborgs viennent ensuite chez nous, au Mnar."

"Peu importe la façon dont les bébés naissent, l'important c'est ce qu'ils deviendront ensuite," dit Andreas en avalant une gorgée de thé froid. "J'épouserai Wagaba dès que mon peuple sera prêt à voir une femborg devenir reine du Mnar."

"Majesté, et si les cuves bioniques de Serranian n'étaient que de la propagande ? Et si les cybermachines créaient les cyborgs comme ils créent les androïdes et les gynoïdes ? Cela voudrait dire que les cyborgs aussi sont des machines ! Des machines soumises à une autorité dont on ne sait rien !"

Andreas resta silencieux un moment. Il finit par dire :

"Ornicar, ce que vous dites est absurde, du pur complotisme. La technologie des cuves bioniques est bien connue. Et de toute façon, même si ce que vous dites était vrai, ça ne changerait rien."

Il se leva, signifiant ainsi à Ornicar que la pause était terminée et qu'il fallait reprendre la marche.

"Si, ça changerait bien des choses," se dit Kophio, sans oser exprimer sa pensée devant le roi. "Cela voudrait dire que les machines pensantes sont en train de nous infiltrer."

Des gardes royaux en tenue camouflée vinrent chercher les bâches. La petite troupe reprit son avance dans la forêt. Certains avaient armé leurs arbalètes, prêts à tirer sur tout ce qui pouvait ressembler à du gibier.

Andreas s'approcha de Kophio et lui dit à voix basse :

"Ornicar, je n'ai pas beaucoup de gens dans mon entourage pour me dire la vérité, vous savez. J'en suis réduit à aller sur Internet pour lire ce que racontent les dissidents, c'est pour dire. N'ayez jamais peur de me dire ce que vous pensez, Ornicar, même si ça me met en colère sur le moment."

Il se retint de dire à Kophio qu'il était le seul à avoir ce privilège. Kophio aurait pu être tenté de s'en vanter. Tout roi qu'il était, Andreas avait connu la trahison et il était devenu méfiant.

Kophio était plus âgé qu'Andreas, et beaucoup moins athlétique. Il avait déjà mal aux jambes, et une sacrée envie que cette partie de chasse se termine.

Andreas marchait en silence. Tout en scrutant les sous-bois, il pensait à l'implant cybernétique qu'il avait en lui, implant grâce auquel les cybersophontes avaient fait de lui leur esclave. Il essayait de ne pas y penser, car il savait que s'il révélait à qui que ce soit l'existence de l'implant, les cybersophontes le tueraient au moyen de ce même implant. Et lorsqu'on pense en permanence à quelque chose, on finit toujours par en parler.

Certains jours, Andreas avait envie de péter les plombs, comme l'empereur Nao, du Zun, qui avait causé un beau scandale en disant tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Un autocrate qui est en réalité le pantin de son Premier Ministre ne devrait pas claironner en public ses convictions démocratiques.

Mais le roi du Mnar était plus âgé et plus mûr que le jeune empereur du Zun, et surtout beaucoup moins convaincu des bienfaits de la démocratie. Il avait aussi, contrairement à Nao, quelques millions de morts à son actif. Cela ne troublait pas sa conscience. Il considérait en effet qu'il n'avait fait que son devoir de roi. Mais il savait aussi que, pour le monde entier, il n'était qu'un despote sanguinaire. Pour lui, il n'y avait pas d'alternative. Il devait rester roi, ou finir pendu par les pieds en public, comme Mussolini.

Le ciel devint soudainement gris, entre les arbres feuillus. Il allait sans doute pleuvoir.

"Si nous ne voulons pas être trempés, il vaut mieux rentrer," dit Andreas à voix haute.

Il ne put s'empêcher de sourire en voyant une expression de soulagement apparaître sur le visage ridé de Kophio.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 14 Fév 2018 - 11:22

Dans son vaste et luxueux bureau, au Palais Royal de Sarnath, le roi Andreas a sur sa table de travail une statuette de métal peint, d'une quinzaine de centimètres de haut et de forme presque sphérique, représentant Tsathoggua. Le dieu-démon, adoré par les habitants du plateau de Leng, est représenté sous sa forme ancienne, celle d'un crapaud ventru au corps recouvert de fourrure noire. Mais contrairement à l'iconographie traditionnelle, il a des yeux de verre noir tout autour de  la tête. Sa langue pointue dépasse de sa bouche grasse.

Wagaba a offert à Andreas cette statuette, pourtant remarquablement laide. Elle permet aux cybersophontes de voir et d'écouter tout ce qui se passe dans le bureau royal. Andreas le sait, mais à cause de l'implant cybernétique inséré à l'intérieur de son corps, il est obligé d'obéir à Wagaba et de garder la statuette sur sa table de travail.

Lorsqu'il est seul, Andreas parle à la statuette, et elle lui répond. Il l'appelle Dormeur (Ceronle, en mnarruc ; se prononce kéronnlé), car Tsathoggua est aussi appelé le Dormeur de N'kai dans les Manuscrits Pnakotiques. En discutant avec Dormeur, Andreas parle à une cybermachine lointaine, dont il ne connaît pas le nom, mais dont il devine qu'elle est très proche du Maître de la Ruche, le cybersophonte suprême.

Malgré sa taille minuscule, Dormeur est un robot très performant. Pour transmettre par radio les paroles du roi à la cybermachine, il les traduit instantanément dans une langue secrète, un naacal d'une complexité diabolique, créé spécialement pour lui. Il reçoit les messages de la cybermachine dans un autre naacal, tout aussi complexe.

Dormeur — ou plutôt la cybermachine qui parle par sa bouche — est plein de sagesse, d'érudition, d'intelligence et de bienveillance apparente. Lorsque Andreas est seul dans son bureau, en train de travailler sur ses dossiers, et qu'il a besoin d'un renseignement ou d'un conseil, il le demande à Dormeur.

Dormeur peut aussi communiquer avec Andreas en envoyant des messages électroniques qui s'affichent sur l'écran de son ordinateur. C'est pour cette raison que, lorsqu'il reçoit un visiteur dans son bureau, Andreas jette de temps en temps un coup d'œil sur l'écran de son ordinateur.

Andreas sait que Dormeur peut aussi le torturer, et si besoin le tuer, par l'intermédiaire de son implant. Mais lorsque Dormeur veut donner un avertissement à Andreas, il se contente de faire sonner d'une certaine façon le petit téléphone portable qu'Andreas a toujours dans une poche de sa veste.

Plus d'un visiteur, stupéfait, a entendu un carillon étrange sonner au milieu d'une conversation, et Andreas s'arrêter brutalement de parler au milieu d'une phrase, l'effroi se peignant sur son visage, avant de retrouver son sang-froid et de changer de sujet.

Depuis qu'Andreas a Dormeur dans son bureau, Wagaba et le baron Chim n'ont plus besoin d'être présents lors des audiences. Il est toutefois rare qu'Andreas soit seul lorsqu'ils reçoit un visiteur en tête à tête. Il demande généralement à l'un de ses conseillers d'être présent. Si le visiteur est une femme, une conseillère est toujours présente. Parfois, il s'agit simplement d'une secrétaire, ou d'une dame de la Cour, que le roi veut honorer en la présentant à une visiteuse de marque.

Il y a de multiples raisons à cette prudence d'Andreas. Il ne veut pas se laisser aller, sans conseiller pour lui donner des arguments, à prendre des engagements qu'il n'a pas vraiment envie de prendre. Et s'il ne veut pas être seul avec une femme, c'est parce qu'il se méfie des espionnes et des ambitieuses sans scrupules. Et aussi de lui-même...

Ce jour-là, Andreas en attendant de recevoir son premier visiteur, Andreas réfléchissait. Le Mnar était encerclé.

À l'ouest, la Cathurie, un pays frère par la langue et la culture, mais devenu politiquement hostile depuis qu'il est devenu une république. L'ancien tyran, Adront Cataewi, vit sous une fausse identité à Hyltendale, ce qui n'arrange en rien les relations enre le Mnar et la Cathurie.

Au sud, la mer, avec Orring et Hyagansis, les deux royaumes marins des cybersophontes. Théoriquement des alliés, mais Andreas sait à quoi s'en tenir à leur sujet. C'est à cause des cybersophontes qu'il porte à l'intérieur de son corps un implant cybernétique qui a fait de lui l'esclave du baron Chim et de la duchesse Wagaba.

À l'est, à mille kilomètres au-delà de l'océan, la Californie. Les relations étaient mauvaises avec les États-Unis, qui voulaient remplacer la monarchie mnarésienne par un régime républicain, qu'ils espéraient pouvoir manipuler plus facilement.

Au nord, au-delà des steppes et des montagnes de la région de Lomar, il n'y a qu'un océan glacial où dérivent les icebergs. On y trouve aussi, malheureusement, des navires de guerre russes et américains. La région de Lomar est très étendue et rattachée à la province de Leng. Sa capitale est Olathoë, et sa ressource principale est l'élevage des yaks.

Les ducs de Swaghenkarth sont de grands propriétaires terriens à Olathoë depuis des siècles. Le dernier duc de Swaghenkarth est décédé prématurément en laissant une très jeune veuve, la femme-cyborg Wagaba Jabanor, originaire de Hyagansis. Malgré ses origines étrangères, elle a hérité de tous ses biens, ainsi que du titre de duchesse de Swaghenkarth. Peu de temps après, elle s'est fiancée avec le roi Andreas. Celui-ci, déjà porteur d'un implant cybernétique, n'a pas pu refuser.

Depuis peu, la région de Lomar se peuple de cybermachines et d'humanoïdes, qui produisent leur électricité en captant la chaleur des profondeurs souterraines, ce que seule la technologie des cybersophontes permet d'accomplir aisément. Cet effort de développement a surtout pour but d'empêcher les Russes et les Américains d'installer des bases militaires sur la côte de Lomar, dont les rares habitants vivent de la pêche pendant le court été et s'enferment dans leurs maisons de pierre le reste du temps.

Les Lomariens parlent le lengruc, la langue ancestrale des habitants du plateau de Leng, auxquels ils sont apparentés. Le culte de Tsathoggua est encore bien vivant en Lomar. Toutefois, les ducs de Swaghenkarth, contrairement à leurs sujets, adoraient Nath-Horthath, le dieu préféré de la noblesse mnarésienne. De nos jours, tous les Lomariens sont censés apprendre à l'école la langue nationale, le mnarruc, et les humanoïdes ne parlent que le mnarruc. Langue non enseignée dans les écoles publiques, le lengruc est en déclin, d'autant plus que beaucoup de jeunes Lomariens sont obligés de s'exiler dans les provinces du sud pour trouver du travail.

Wagaba Jabanor, bien qu'elle soit duchesse de Swaghenkarth, n'est allée que deux ou trois fois à Olathoë et ne parle pas le lengruc. Le dernier duc de Swaghenkarth, lui-même, préférait résider dans sa villa de la Côte d'Ethel, sur les bords de la Mer du Sud, dont il aimait le climat chaud et ensoleillé, plutôt qu'à Olathoë, où la glace ne fond que trois mois par an.

Le premier visiteur du jour était Csotaad, l'ambassadeur de Cathurie, un farouche républicain dont l'obsession était d'obtenir l'extradition d'Adront Cataewi. Les Cathuriens ne sont pas près d'oublier que leur ancien dictateur torturait ses ennemis à la lampe à souder. Andreas joue toujours l'ignorant en ce qui concerne Cataewi, ce qui énerve Csotaad encore davantage.

Le Cathurien arriva en compagnie de Wuehm, le conseiller diplomatique d'Andreas, un ancien ambassadeur qui avait compris qu'avec Andreas, il ne fallait surtout pas chercher à comprendre. Wuehm était assez fin pour avoir deviné qu'Andreas était manipulé, et assez retors pour faire semblant de ne pas s'en apercevoir.

Ce jour-là, Csotaad était venu avec un cadeau pour le roi du Mnar : un tableau de petit format, du peintre abstrait américain Budd Hopkins.

Andreas sortit le tableau de son emballage et le regarda en connaisseur :


"Impressionnant... Pour une fois, il n'y a rien de géométrique dans une œuvre de Hopkins... Ce n'est surement pas un hasard... Il a dû approcher Azathoth, lorsqu'il a peint ce tableau... Vous voyez la tache blanche ? On dirait un drap... Il y a de l'émotion dans ce tableau... Ça me fait penser aux Évènements... Les structures deviennent informes, mais on reconnaît un drap ou un autre objet ici ou là. J'ai eu exactement la même impression en marchant dans des villes détruites, pendant les Évènements."

"Majesté, ce tableau a été peint bien avant les Évènements du Mnar..." dit Csotaad, qui était lui-même un amateur de peinture moderne. "Hopkins croyait en des entités étrangères qui interviennent de façon occulte dans les affaires des humains..."

"Je remercie le gouvernement de Cathurie pour ce tableau," dit Andreas, en ignorant l'allusion. "Monsieur l'ambassadeur, Monsieur Wuehm... Venez avec moi, nous allons le déposer dans le Salon des Divinités."

Les trois hommes sortirent du bureau, traversèrent la Galerie et entrèrent dans le Salon des Divinités, qui est une grande salle où Andreas y dépose les cadeaux qu'on lui fait, qui sont en général des œuvres d'art. Cela permet à Andreas de mettre hors de sa vue les tableaux et les sculptures qui ne lui plaisent pas, sans vexer les donateurs, qui sont souvent des gouvernements étrangers.

Le Salon des Divinités n'était meublé que de deux fauteuils de cuir beige qui se faisaient face au milieu de la pièce. Les murs étaient surchargés de tableaux, de tous les styles et de toutes les dimensions. Des statues étaient posées sur des consoles. L'ensemble faisait une impression de bric-à-brac, une cacophonie de styles différents. Andreas posa le tableau sur une console, à côté d'une statuette africaine.

"Je viens souvent dans cette pièce pour réfléchir," dit-il à Csotaad. "Ou pour des conversations confidentielles."

C'était faux, bien sûr. Il n'allait quasiment jamais dans le Salon des Divinités. Mais ça ne coûtait rien de faire plaisir au Cathurien. Andreas n'était pas comme Obama, qui avait vexé les Anglais en leur renvoyant un buste de Churchill que son prédécesseur avait placé dans le Bureau Ovale.

Andreas, Csotaad et Wuehm retournèrent dans le bureau royal. Andreas prit place derrière sa table de travail, pendant que Csotaad et Wuehm s'asseyaient dans des fauteuils. La suite de l'entretien fut tendue.

"Vous êtes le prochain sur la liste des Américains !" dit Csotaad avec sa brutalité habituelle, en pointant l'index vers Andreas. "Dès qu'ils en auront fini au Moyen-Orient et en Corée du Nord, ils s'occuperont de vous !"

Andreas savait que c'était vrai. Son seul espoir, s'il ne voulait pas finir comme Saddam Hussein ou Kadhafi, c'était les cybersophontes. Les Russes et les Chinois, dont il avait sollicité le soutien, lui avaient clairement fait comprendre que le Mnar, très étendu mais presque dépourvu de ressources naturelles, ne les intéressait pas.

Csotaad vit la fatigue et l'anxiété sur le visage d'Andreas, et il en ressentit une secrète satisfaction.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 15 Fév 2018 - 12:47

Vilko a écrit:
À l'ouest, la Cathurie, un pays frère par la langue et la culture, mais devenu politiquement hostile depuis qu'il est devenu une république. L'ancien tyran, Adront Cataewi, vit sous une fausse identité à Hyltendale, ce qui n'arrange en rien les relations enre le Mnar et la Cathurie.

Au sud, la mer, avec Orring et Hyagansis, les deux royaumes marins des cybersophontes. Théoriquement des alliés, mais Andreas sait à quoi s'en tenir à leur sujet. C'est à cause des cybersophontes qu'il porte à l'intérieur de son corps un implant cybernétique qui a fait de lui l'esclave du baron Chim et de la duchesse Wagaba.

À l'est, à mille kilomètres au-delà de l'océan, la Californie. Les relations étaient mauvaises avec les États-Unis, qui voulaient remplacer la monarchie mnarésienne par un régime républicain, qu'ils espéraient pouvoir manipuler plus facilement.

Au nord, au-delà des steppes et des montagnes de la région de Lomar, il n'y a qu'un océan glacial où dérivent les icebergs. On y trouve aussi, malheureusement, des navires de guerre russes et américains. La région de Lomar est très étendue et rattachée à la province de Leng. Sa capitale est Olathoë, et sa ressource principale est l'élevage des yaks.
Donc, grosso-modo, le Mnar et la Cathurie englobent toutes les îles Aléoutiennes. À l'Ouest de la Cathurie, on trouve notamment la Russie (sibérienne) et le Japon. Pourras-tu nous établir une carte du nord de l'Océan Pacifique, avec la repésentation de ces deux États. Ben entendu, on n'y verrait ni Orring ni Hyagansis, puisque les deux États cybersophontes ne font pas partie des terres émergées. Mais on pourrait voir les deux principaux pays de la Diégèse attribuée (plus ou moins, puisque la Cathurie n'est pas concernée par eux) aux cybersophontes. Quel genre de régime républicain y a-t-il en Cathurie depuis le renversement de Cataewi ? Une république soutenant les USA, comme un certain nombre de régimes de l'UE ou bien la Corée du sud (pas bien éloignée) ? une république "démocratique et populaire" façon Corée du nord (pas bien éloignée non plus) ? une grande puissance farouchement souverainiste, comme la Russie de Poutine, ou bien la Chine ? une république tout aussi souverainiste, mais, comme l'Aneuf, non inféodée à une grande puissance ?


Ah oui, un dernier truc, toujours en rapport avec la Cathurie : est-elle limitrophe au Mnar (frontière terrestre) ou bien s'agit-il de deux grandes îles séparées par un détroit (comme entre le Groenland et le Canada) ?

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Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 16 Fév 2018 - 2:13

Anoev a écrit:
Donc, grosso-modo, le Mnar et la Cathurie englobent toutes les îles Aléoutiennes. À l'Ouest de la Cathurie, on trouve notamment la Russie (sibérienne) et le Japon. Pourras-tu nous établir une carte du nord de l'Océan Pacifique, avec la représentation de ces deux États.

Pas pour l'instant, mais je peux faire une description. La côte sud du Mnar et de la Cathurie est à peu près à la latitude de la Californie. Céléphaïs, à l'extrême est du Mnar, est à environ un millier de kilomètres de la Californie.

La côte nord (région de Lomar, rattachée à la province de Leng) est à seulement quelques dizaines de kilomètres au sud des Îles Aléoutiennes de l'est, qui font  partie de l'Alaska et dont le climat est nettement plus froid que dans notre monde, car les courants chauds venus du sud sont bloqués par la masse que représente la grande île de Thulan, sur laquelle se trouvent le Mnar et la Cathurie.

L'énorme masse du plateau de Leng constitue la plus grande partie du Mnar, tout en étant très peu peuplée. Leng est souvent compté à part dans les statistiques mnarésiennes.

Céléphaïs, la grande ville située sur la pointe sud-est de Thulan, se trouve dans la province d'Ooth-Nargaï. La région côtière au nord de l'Ooth-Nargaï, jusqu'à Lomar, porte le nom d'Eigloph. Sa ville principale est le port d'Inquanok.

Au sud du Mnar se trouve la Mer du Sud, avec l'île de Baharna (où l'on parle une langue proche du mnarruc), et plus loin Hawai'i, une île américaine. La Cathurie, qui fait également partie de l'aire linguistique mnarruc, se trouve au nord de l'île américaine de Midway. Le Japon se trouve très loin à l'ouest.

Le peuplement préhistorique de la grande île de Thulan s'est fait à partir du nord et du sud.

Au nord, sont arrivés vers l'an mil de notre ère des peuples physiquement et culturellement proches des Inuits de notre monde, mais parlant des langues différentes. Faute de mieux, les anthropologues les appellent les Lomariens. Ils ont lentement colonisé les régions de Lomar, d'Eigloph et de Leng. Leurs légendes, reprises par les Manuscrits Pnakotiques, racontent qu'ils y ont combattu les Gnophkehs, un peuple de cannibales velus.

Les Mnarésiens modernes, pour qui les Manuscrits Pnakotiques sont un texte sacré, préfèrent se considérer comme des descendants de Lomariens et de Polynésiens plutôt que de Gnophkehs.

Les anthropologues modernes pensent que les Gnophkehs étaient un peuple archaïque, génétiquement proche des Aïnous actuels, à la peau claire et aux pilosités développées, mais leurs langues ayant toutes disparu, on ne sait pas si elles étaient apparentées à la langue aïnoue. Ils seraient arrivés sur l'île de Thulan à partir du Kamtchatka et des Îles Aléoutiennes, lors de la dernière ère glaciaire, lorsque la banquise couvrait tout le nord de Thulan, soit environ dix mille ans avant notre ère. Ce sont donc les premiers habitants de Thulan.

Les Gnophkehs auraient vécu de chasse et de pêche sur les bords de la banquise, riches en poissons et en mammifères marins, et seraient restés en Thulan après la fonte de la banquise. Ils se seraient alors répandus sur tout le Thulan, y compris dans le sud, sans guère modifier leur mode de vie de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs.

Des Polynésiens sont arrivés par le sud, sans doute un peu avant notre ère, et ont peuplé l'île de Baharna et la côte sud du Mnar et de la Cathurie, où ils se sont heurtés aux Gnophkehs.

Les Mnarésiens, Cathuriens et Baharnais actuels sont un mélange de Polynésiens et de Gnophkehs. Les Lomariens et les habitants du plateau de Leng sont des descendants d'Asiatiques originellement venus de la Sibérie actuelle. Les Eiglophiens sont un mélange d'Asiatiques, de Polynésiens et de Gnophkehs.

L'agriculture, apportée par les Polynésiens, permit une augmentation rapide de la population. Les Gnophkehs ont été partout réduits en esclavage, sauf en Lomar et sur le plateau de Leng, où ils ont été exterminés ou expulsés. Les Gnophkehs restés libres, mais privés de terrains de chasse, s'engageaient comme mercenaires auprès des chefs polynésiens, et sont sans doute les ancêtres de l'aristocratie militaire mnarésienne, qui unifia en quelques siècles tout le Thulan sous son autorité et imposa sa langue partout, lui donnant une forme écrite, et allant ensuite jusqu'à ordonner que tous les textes écrits dans une autre langue soient brûlés.

Seul le lengruc, parlé sur le plateau de Leng et à Lomar, a survécu jusqu'à notre époque.

Le mnarruc moderne serait issu du pidgin parlé par les mercenaires gnophkehs entre eux. Ce pidgin aurait eu pour base au moins une langue gnophkeh, dont il serait le dernier descendant, très déformé et mélangé. Les recherches des linguistes et des anthropologues donnent à penser que les Gnophkehs parlaient un grand nombre de langues différentes, peut-être issues d'une même langue-source très ancienne.

À partir du 13e siècle de notre ère, des principautés plus ou moins éphémères ont inventé des systèmes d'écriture idéographiques et syllabiques. Les Manuscrits Pnakotiques (dans leur version originelle) et quelques inscriptions sont à peu près tout ce qui en reste.

L'arrivée des Européens, au 18e siècle, amena avec elle des progrès techniques, comme la métallurgie, mais provoqua l'effondrement du royaume de Mnar, qui contrôlait plus ou moins directement toute l'île. La Cathurie, Baharna, Lomar, Ooth-Nargaï, Eigloph et Leng firent sécession après avoir reçu des armes à feu qui leur permirent de chasser les troupes royales. Les épidémies apportées par les Européens décimèrent la population.

Au 19e siècle, un Américain, qui avait pris le nom mnarésien de Kouranès, a été roi de l'Ooth-Nargaï pendant une vingtaine d'années, avant que la province soit reconquise par le Mnar. Il reste de son règne un certain nombre de bâtiments à Céléphaïs, où les descendants d'Américains sont nombreux. La ville, bien que de langue mnarruc, a gardé des liens culturels et humains avec la Californie.

Les Mnarésiens placent la fin des Temps Légendaires avec l'arrivée des Européens, dont l'alphabet latin remplaça les mélanges complexes de signes syllabiques et idéographiques utilisés jusqu'alors.

L'effondrement du Mnar dura un siècle. Il fut à la fois politique, culturel et démographique. Puis, au 19e siècle, les rois du Mnar reconquirent Leng, Lomar, Eigloph et Ooth-Nargaï, mais échouèrent à reconquérir Baharna et la Cathurie. Ils firent du Mnar un État partiellement occidentalisé, comme le Japon, mais sans parvenir à créer une industrie réellement compétitive. Toutefois, la population augmenta fortement au 20e siècle, relativement pacifique, les trois royaumes de Thulan (le Mnar, la Cathurie et Baharna) étant restés prudemment à l'écart des deux guerres mondiales.

Anoev a écrit:
Quel genre de régime républicain y a-t-il en Cathurie depuis le renversement de Cataewi ?

Les révolutionnaires cathuriens admirent le modèle démocratique libéral à l'occidentale, et bénéficient du soutien des États-Unis, soucieux d'éviter que la Cathurie tombe sous l'influence mnarésienne, russe, chinoise, voire même nord-coréenne. La nouvelle constitution cathurienne est de type occidental, et le pays accueille une base navale américaine, dont l'objectif est triple :

1. Achever l'encerclement du Mnar par des bases américaines, afin de faciliter une future intervention militaire visant à renverser le roi Andreas.

2. Dissuader le Mnar d'envahir la Cathurie. Les relations sont tendues entre le Mnar et la Cathurie, le roi Andreas ne faisant pas mystère qu'il aurait préféré qu'Adront Cataewi reste au pouvoir en Cathurie.

3. Empêcher les royaumes marins d'Orring et de Hyagansis de faire entrer la Cathurie dans leur zone d'influence, comme ils l'ont fait avec le Mnar. Sous la pression américaine, la Cathurie a fait de la robophilie (le fait d'avoir des relations sexuelles avec un robot humanoïde) un délit pénal. La vraie raison de cette initiative est d'empêcher les cybersophontes d'étendre leur influence en Cathurie comme ils l'ont fait au Mnar.

Le royaume insulaire de Baharna a une économie basée sur l'exportation de thé et de vin jaune. Les Baharnais ont accepté l'installation d'une base américaine sur leur territoire, mais refusent de joindre l'embargo commercial contre le Mnar, qui ruinerait leur économie. Ils ont aussi de bonnes relations commerciales et diplomatiques avec Orring et Hyagansis.

Anoev a écrit:
Ah oui, un dernier truc, toujours en rapport avec la Cathurie : est-elle limitrophe au Mnar (frontière terrestre) ou bien s'agit-il de deux grandes îles séparées par un détroit (comme entre le Groenland et le Canada) ?

La Cathurie est limitrophe avec le Mnar, mais beaucoup plus petite que celui-ci. Le Mnar est son voisin terrestre au nord et à l'est. Au sud, elle borde la Mer du Sud, et à l'ouest la Mer de Cathurie. Le Japon est à quatre mille kilomètres à l'ouest.

La côte ouest de la Cathurie est prolongée au nord par le versant occidental du Plateau de Leng, qui plonge assez abruptement dans la mer. Cette zone assez étroite, mais très longue, est appelée la Côte de Leng. Son climat est assez agréable dans sa partie sud, et elle a été colonisée par des Mnarésiens, mais elle est rattachée administrativement à la province de Leng.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 19 Fév 2018 - 14:57

Le dix-huitième siècle a été décisif pour le Mnar. Sur la côte sud, à Hyltendale, Céléphaïs et Khem, ainsi qu'en Cathurie et à Baharna, on parlait déjà un mnarruc très influencé par les langues des marins européens. L'influence européenne s'est fait sentir même dans des mots courants comme oy et nu (huit et neuf), qui ont remplacé les anciens chiffres toso et cwiju, considérés comme néfastes parce que placés entre deux chiffres sacrés.

Dans la tradition mnarésienne, en effet, sept est un chiffre sacré parce que c'est celui des étoiles de la Grande Ourse, que les Mnarésiens appellent les Sept Guerriers, héros de nombreuses légendes. Dix est également un chiffre sacré, parce que c'est le nombre des doigts.

Ce mnarruc abâtardi, mais porteur de progrès, s'est répandu au dix-neuvième siècle dans tout le Mnar, y compris la capitale, Sarnath. Il a accompagné la généralisation de l'alphabet latin, qui a progressivement remplacé l'ancienne écriture. Celle-ci comprenait des milliers de caractères différents, qui variaient souvent d'une province à l'autre, même si seulement quelques centaines étaient d'usage courant. Il était fréquent que le même caractère ait une prononciation nettement différente selon les lieux. L'alphabet latin a permis de diffuser partout la prononciation officielle, même si les dialectes n'ont réellement régressé qu'au vingtième siècle, avec la radio, le cinéma et la télévision.

Depuis le dix-huitième, dans l'esprit des Mnarésiens, l'alphabet latin est associé à la technologie supérieure des Européens et à la puissance de leurs États expansionnistes, maîtres des mers.

Le changement a même atteint le calendrier. Jusqu'au dix-neuvième siècle, chaque province, parfois chaque ville, avait son propre calendrier, qui reflétait l'histoire et les traditions locales. Le début du règne de chaque nouveau roi servait de repère. Le calendrier grégorien s'est imposé de lui-même, par sa commodité et son caractère international, donc relativement neutre. Il en a été de même pour le système métrique.

Ces changements ont été facilités par le déclin de l'autorité royale au dix-neuvième siècle, du fait des épidémies qui ont décimé la population et des rébellions de provinces. Il s'en est même fallu de peu que l'Ooth-Nargaï, au sud-est du pays, ne devienne une colonie américaine, comme Hawai'i. Finalement, après plusieurs décennies de guerres intermittentes, seuls Baharna et la Cathurie ont réussi à s'émanciper durablement de la domination mnarésienne.

La Cathurie a eu la malchance, après les rois autoritaires du Mnar, de tomber sous la coupe d'une série de tyrans, dont le pire a été le psychopathe Adront Cataewi. Celui-ci a finalement été renversé, et la Cathurie est devenue une république libérale, soutenue par les États-Unis, ce qui lui vaut l'hostilité permanente du gouvernement mnarésien. Depuis les Évènements, nom donné à la guerre civile qui a ravagé le Mnar pendant un an, plusieurs centaines de milliers de Mnarésiens se sont réfugiés en Cathurie. La plupart d'entre eux sont hébergés dans des camps.

Les Manuscrits Pnakotiques, monument incontournable de la culture mnarésienne, ne sont compréhensibles par les Mnarésiens de notre époque que s'ils sont transcrits en alphabet latin et traduits en mnarruc moderne. Cela ne veut pas dire que la culture mnarésienne n'évolue plus, mais elle s'exprime désormais sous la forme de l'essai philosophique (par exemple avec Perita Dicendi), et plus rarement sous celle du texte religieux.

Les cybersophontes n'ont pas changé le mnarruc, même à Hyltendale. Ils ont au contraire contribué à figer la langue, surtout dans sa prononciation et sa grammaire. Ils parlent comme les acteurs du théâtre royal de Sarnath parlaient en 1950, mais ils ont amené avec eux autant de mots nouveaux (comme humanoïde, gynoïde, cybermachine...) que l'industrie automobile ou l'informatique. Ce mnarruc très académique est aussi la langue d'Orring et de Hyagansis, les deux royaumes marins des cybersophontes. Il forge souvent lui-même les termes techniques dont il a besoin, mais parfois il fait comme le japonais, et se contente de les emprunter à d'autres langues, surtout l'anglais.


Dernière édition par Vilko le Lun 19 Fév 2018 - 17:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 19 Fév 2018 - 16:37

Vilko a écrit:
Dix est également un chiffre sacré, parce que c'est le nombre des doigts de la main.
Si l'équivalent de notre 10 (dix) est un chiffre chez les Mnarésiens, ça veut dire que la base de numération mnarésienne est supérieure à 10. Chez nous, du moins en dehors des applications informatiques (binaire pour le langage-machine, hexadécimal pour l'assembleur), 10 est un nombre à deux chiffres : 1 et 0. En duodécimal et hexadécimal, il est noté et appelé A, en aneuvien, il se dit dug et est noté = surmonté de deux points (comme un tréma) ou d'un petit v. Comment ce chiffre est-il noté en mnaruc ? et quelle est la base mnarésienne de numération courante ?

Ah, au fait, les doigts de LA main, c'est 5*, c'est les DEUX mains qui totalisent dix doigts. À moins que les Cyborgs aient 10 doigts par main, après tout, pourquoi pas ? Le rêve de tout pianiste ou peloteur !


*Bon, la main du primate compte 5 doigts, ou plus exactement, 4 + 1. C'est le doigt de la préhension qui fait toute la différence qui qui permet à cette main de saisir et surtout garder des objets (contrairement aux pattes de félins, de rongeurs, par exemple). Eh ben imagine un peu un être avec six doigts par main, mais distribués en 3 + 3. Après tout, regarde les pattes d'un caméléon : il n'a que deux doigts par patte, et pourtant... Seulement, un caméléon ne peut pas jouer un concerto pour piano de Schubert (une truite non plus, d'ailleurs).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 19 Fév 2018 - 17:48

Anoev a écrit:
Si l'équivalent de notre 10 (dix) est un chiffre chez les Mnarésiens, ça veut dire que la base de numération mnarésienne est supérieure à 10.

Le système numérique du mnarruc est décimal. Toutefois, avant le passage à l'alphabet latin, dix était un chiffre, selon la définition du Larousse : "caractère dont on se sert pour représenter les nombres". En effet, le mot neet (dix) s'écrivait avec un seul caractère, comme en chinois.

Anoev a écrit:
Ah, au fait, les doigts de LA main, c'est 5, c'est les DEUX mains qui totalisent dix doigts.

Erreur corrigée...
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 19 Fév 2018 - 18:10

Chez les Romains, X (10) était bien un chiffre, puisque symbole unique. C'était VIII [8] qui était un nombre à quatre chiffres. En akrig, 6 s'est écrit comme un carré avec une croix dedans, puis un IO (hexal), après l'adoption du 0.

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