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 Ecrire comme Tolkien

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Greenheart
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MessageSujet: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 15:50

En cadeau à tous les membres de ce forum, et à tous ceux qui rêvent de créer des langues artistiques ou auxiliaires ou autre pour tout le plaisir que cela peut nous apporter, voici l'intégralité de mon article, paru dans une version expurgée de ses annexes dans le fanzine AOC 4 en 2007.


Cet article est tous droits réservés David Sicé 2007 et 2008.

Il ne peut être reproduit sans l'autorisation de l'auteur (mais vous n'avez qu'à laisser me laisser un message si une telle entreprise vous intéresse !).





***



Ecrire comme... est une série d'articles dans laquelle nous vous proposons de découvrir les outils de l'inspiration jusqu'à la rédaction finale. Nous partirons à chaque fois d'un récit existant, pour arriver à un nouveau récit créé à partir des mêmes outils.

Bonne lecture et bonne écriture.



ECRIRE COMME
JOHN R. R. TOLKIEN



LE SEIGNEUR DES ANNEAUX 1 : LA COMMUNAUTE DE L’ANNEAU
Ou comment construire un récit univers.



par David Sicé.




John Ronald Tolkien est l’un des maîtres de la Fantasy. Créateur du monde de la Terre du Milieu, il a considérablement inspiré celui du jeu de rôles Donjons & Dragons, et ainsi que la majorité des romans « avec un dragon dessus ». Il est également l’auteur d’un grand nombre de récits épiques, souvent inachevés — mais agglomérés pour la plupart à ses deux principaux romans : Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.


Tolkien s’est largement inspiré des anciennes sagas nordiques. Mais il les a dépassées en créant un nouvel univers de toutes pièces, à partir de ses langages. Ces techniques peuvent cependant s’utiliser pour créer tous les types de récits, y compris les plus réalistes.




TECHNIQUE 01 : S’INSPIRER DES MYTHES ET LEGENDES (LA PECHE)



Dans un premier temps, lisez le mythe, la légende, le conte en question tout en partant à LA PECHE : Divisez une feuille à part en trois colonnes (DECORS, HEROS, ACTIONS), et répartissez au fur et à mesure les éléments de l’histoire. Utilisez si besoin plusieurs légendes.

Pour sa part, Tolkien a avoué avoir été très impressionné par L’histoire de Sigurd et du dragon Fafnir, pareu alors dans The Red Fairy Book d’Andrew Lang, d’après La Saga des Volsung.

Jouons donc à la pêche à partir de ce récit dont voici le premier paragraphe :


Andrew Lang a écrit:


Il était une fois un Roi du Nord qui avait gagné bien des guerres, mais qui à présent était âgé. Malgré cela, il prit une nouvelle femme, et alors un autre prince, qui voulait épouser celle-ci, leva contre lui une grande armée. Le vieux roi s’en vint et combattit bravement, mais à la fin son épée se brisa, et il fut blessé, et ses gens s’enfuirent. Mais dans la nuit, alors que la bataille s’était achevée, sa jeune épouse s’en vint et le chercha au milieu des tués, et enfin elle le trouva, et lui demanda s’il pouvait être guéri. Mais il répondit : « Non », sa chance était partie, son épée était brisée, et il devait mourir. Et il lui dit qu’elle aurait un fils, et que ce fils deviendrait un grand guerrier, et qu’il le vengerait de l’autre Roi, son ennemi. Et il lui fit promettre de garder les morceaux de l’épée brisée, afin qu’une nouvelle puisse être forgée, et cette épée devrait être appelée Gram.


L’intégralité du texte en anglais se trouve ici : http://www.gutenberg.org/etext/540
L’intégralité du texte en français se trouve ici : http://www.davonline.com/contes/sigurd.pdf


Voici le résultat de ma pêche personnelle des idées, limitée à ce premier paragraphe.


DECORS / OBJETS HEROS / PERSONNAGES ACTIONS / EVENEMENTS
Royaume du nord
L’épée brisée du roi
Le champ de bataille
L’épée reforgée Gram
Roi du Nord âgé
La jeune reine
Le prince rival = l’autre Roi
Le fils (Sigurd) vengeur
Le mariage, Le prince jaloux
La bataille
Le roi blessé et l’épée brisée
La quête de la jeune reine
La promesse de venger et de reforger l’épée



Notez que dans l’histoire de Sigurd, on retrouve les idées de l’épée brisée d’Aragorn, de l’Anneau maudit, du Dragon rouge de Bilbo le Hobbit, un complot digne de Grima langue de vipère et même d’un possible Gandalf. Remarquez aussi que ce conte est à l’évidence lui-même le résultat d’une pêche à travers les légendes plus anciennes de l’époque.


***

Attention : « Nous devenons ce que nous mangeons ».

C’est encore plus vrai des récits que nous créons en nous inspirant d’autres récits. Donc, si vous voulez créer des récits vigoureux et originaux, puisez aux sources de l’inspiration (les récits les plus anciens ou ceux qu’on raconte à côté de chez vous) plutôt que dans le rayon surgelé et allégé. Ajoutez à votre pêche les idées qui vous viennent, et changez tout ce qui ne vous plaît pas.


Dernière édition par Greenheart le Dim 1 Juin 2008 - 18:21, édité 2 fois
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Greenheart
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 16:06

TECHNIQUE 02 : PUISER DANS LES SENSATIONS FORTES DE VOTRE VIE


Dans son excellente biographie de Tolkien, Humphrey Carpenter décrit quantités de paysages, d’évènements, et d’émotions vécues par l’écrivain — que l’on retrouve ensuite dans Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit.


Dans cet inventaire, on reconnaît d’une part les sensations immédiates, comme faire ses premiers pas parmi les grands arbres de l’Afrique du Sud (Mirkwood), la camaraderie des Inklings — ses meilleurs amis du lycée (Merry & Pippin), les charniers de la première guerre mondiale (le Mordor, les marécages jonchés de cadavres de combattants), le charme et la tranquillité de la campagne anglaise, peu à peu rongé par l’industrialisation (la Comté envahie par Saroumane). De l’autre on trouve les sensations ressenties face à des récits ou des images, comme par exemple le poème épique Beowulf et les illustrations d’Arthur Rackham.


De votre côté, sans aller jusqu’à mettre votre vie ou votre santé en danger, allez au devant de la réalité des choses et des gens que vous souhaitez raconter. Par exemple, marchez dans la forêt, courez dans les prairies, parlez aux chevaux, caressez les vieilles pierres si vous voulez raconter l’histoire d’un chevalier qui retrouve dans la forêt les ruines d’un château : même en haute définition, la télévision ne suffit pas à rendre ces émotions-là. Et à ces instants, concentrez-vous sur la réalité et non sur vos pensées, le passé ou le futur.


La technique suivante peut vous y aider, car un geste aussi simple n’est malheureusement pas toujours évident pour tout le monde et à chaque instant de notre vie.



TECHNIQUE 03 : LE CINQ, QUATRE, TROIS, DEUX, UN.


Concentrez-vous sur :

CINQ choses que vous voyez,

QUATRE choses que vous entendez,

TROIS choses que vous touchez,

DEUX choses que vous ressentez (émotions),

UNE chose de bien à propos de vous ou de ce que vous vivez à présent.


Recommencez autant de fois que vous le voulez, jusqu’à ce que la moindre sensation de ce qui vous entoure ici et maintenant occupe votre entière attention.
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Greenheart
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 16:47

LA CARTE ET LE LANGAGE

Deux choses sautent aux yeux de qui ouvre un livre de Tolkien : les somptueuses cartes et les étranges caractères calligraphiés.

Dès son plus jeune âge, Tolkien a adoré apprendre et jouer avec les langues. Le Latin et le Grec étaient obligatoires dans ses études, le Nordique ne l’était pas. Tolkien a investi dans une grammaire nordique et a inventé ce qui lui manquait : les mots, les formes pour en faire un langage qu’il pourrait parler couramment – mais aussi les histoires qui allaient avec.

Car un langage n’existe pas sans les gens qui le parlent. Et les gens sans histoire, ça n’existe pas non plus.



UN POINT RAPIDE SUR LE LANGAGE


Il existe trois sortes de langages : l’iconique, l'idéographique et l’alphabétique.


***

L’iconique représente les idées par des "images", ou plus exactement, des stimuli (sons, sensations visuelles, sensations tactiles etc.). Par exemple, on peut évoquer un arbre en montrant l'image d'un arbre, en faisant entendre le bruissement des feuilles dans le vent, en amenant votre interlocuteur là où se trouve un arbre et le lui faisant regarder, en lui faisant toucher son écorce, en lui faisant respirer son odeur, manger son fruit ou goutter sa sève etc. etc.


***

L'idéographique représente les idées par des "schémas", c'est à dire une suite d'images (de stimuli) organisées selon une grammaire, un ordre de compréhension. C'est le principe des idéogrammes chinois, mais également du langage des signes des sourds muets.

Par exemple, regardez comment les formes de traits des Kanji japonais se combinent pour évoquer des notions dérivées les unes des autres :

signifie le chiffre 1.
signifie le chiffre 2.
signifie le chiffre 3.

signifie la bouche, qui avale ou qui donne.
signifie le soleil, la double bouche, la grande bouche, le grand donneur, le grand dessécheur.
signifie l'oeil ou le regard (le soleil, c'est à dire le regard brillant, au-dessus de la bouche).
signifie la lune (le petit soleil qui se promène dans le ciel).
signifie la clarté qui baigne, la lumière qui illumine (le caractère commun à la lune et au soleil).

一月 signifie le mois de janvier (le premier mois de l'année, le premier cycle de la lune).
二月 signifie le mois de février (le second mois de l'année, le second cycle de la lune).
三月 signifie le mois de mars (le troisième mois de l'année, le troisième cycle de la lune).


***
L’alphabétique (ou le syllabique) représente les idées par des séries de sons articulés (ou des série de gestes ou de signes écrits, comme par exemple une écriture, le langage dactylologique des sourds-muets, ou encore par d'autres signes, comme les traits et les points, les 0 et les 1 du numérique), mais chaque signe isolé ne représentera pas forcément une idée.

C'est le principe de l'alphabet français, des syllabaires Hiragana et Katakana japonais, du code Morse etc.


***

Ces trois sortes de langages sont toujours utilisés simultanément et chacun peut représenter l’autre.

Par exemple, je peux dire « bonjour » (alphabétique) tout en faisant un sourire (iconique), ou dire « bonjour » tout en faisant un bras d’honneur, ou encore rajouter un smiley, un coeur percé, ou une langue tirée hors de lèvres pulpeuses à côté d'une date du calendrier (idéographique).


***

Dans chacun des cas, l’idée derrière chacune de ces phrases sera différente. Si je surnomme mon camarade « Le grand », j’utilise le mot « grand » pour évoquer l’image de la grande taille de ce camarade.

Et si je parle de lui en disant « mon poteau », je combine l’image sonore du mot « pote » avec l’image visuelle et sensorielle du poteau, solide, qui soutient. Je me sers donc des images véhiculées par mes mots pour construire un schéma, un idéogramme, de même chaque fois que j'utilise un lieu commun, une métaphore, ou une expression typique, comme "il pleut des cordes", "c'est un vrai démon".

Si je dis « Il n’y a pas de rose sans épine », j’utilise l’image évoquée par le mot « rose » (la fleur ») pour représenter le mot « femme », qui peut évoquer les sensations que peut offrir une rose.



TECHNIQUE 04 : CREER UN ALPHABET

Une méthode très rapide de création d’alphabet consiste à récupérer un alphabet parlé préexistant qui vous plaît. Prenons par exemple le FUTHARK, l’alphabet runique viking, qui inspira Tolkien pour son écriture inventée, le Cirth.



Voir aussi :
http://en.wikipedia.org/wiki/Runic_alphabet


La ligne du bas est celle qui nous intéresse : c’est une liste de sons élémentaires qui, combinés, vont nous donner des mots. Si vous essayez de prononcer un mot français avec, vous vous rendrez vite compte qu’il va sonner différemment, tout simplement parce que tous les alphabets ne contiennent pas les mêmes sons articulés. Par exemple si je veux écrire « Vue », je ne trouve pas le son « V ». Il faut trouver un autre son pour le remplacer : le B ou le F. Le « U » comme dans « dur » n’existe pas non plus. C’est un « OU » qui va le remplacer. Avec ce nouvel alphabet, « Vue » deviendra quelque chose comme « BOU » ou « FOU ».
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 16:57

TECHNIQUE 05 : CREER UN VOCABULAIRE


Trouvez un dictionnaire et rangez les mots qui vous plaisent dans les trois catégories suivantes :

GRAMMAIRE (ce qui sert à construire les phrases),
CHOSES (ce qui existe),
IDEES (ce qui n’existe pas).

Attention, si vous allez un peu loin dans cette démarche, ça peut vraiment vous prendre beaucoup de temps. Comme Tolkien, limitez-vous plutôt au seul vocabulaire dont vous avez vraiment besoin.


***

Tolkien aurait emprunté aux Hittites l’allure des mots imaginaires suivants, afin de composer la Langue Noire de Mordor.

GRAMMAIRE : ASH = un ; —AT = verbe à l’infinitif ; —UL = eux ; UUK = tous ; AGH = et ; —UM = transforme un adjectif en nom ; -ISHI = suffixe de localisation.

CHOSES : NAZG = anneau ; THRAK = charge ; BUURZ = obscur ; KRIMP = lien, chaîne.

IDEES : DURB = règne ; GIMB = trouvaille. Ce lexique permet d’écrire le fragment d’un poème, qui identifiera la source du pouvoir d’un certain anneau magique trouvé par les héros.



Ash nazg durbatulûk, ash nazg gimbatul,
Ash nazg thrakatulûk, agh burzum-ishi krimpatul.


***

De notre côté, fouillons dans un dictionnaire Finnois, une langue également chère à Tolkien.

Vous trouverez plein de dictionnaires gratuits sur ce site, avec une petite application pour les utiliser :

http://www.freelang.com/

Dans ce dictionnaire, nous découvrons qu’une expression française comme « à cause de » se traduit par quelque chose qui ressemble à TADEN. Vérifions tout de même si je peux l’articuler avec mon alphabet parlé tiré du FUTHARK… Oui, ça marche.


***

Essayons un second mot : « Anneau » : je trouve RINGAS. Je décide de durcir le G en K, ce qui me donne au final RINKAS. Tentons maintenant de construire une phrase avec mon langage inventé tiré du finnois : TADEN RINKAS. Traduction (selon moi) : « La cause (en est) l’Anneau ».

Amusez-vous. Si vous ne trouvez pas le mot dont vous avez besoin, utilisez-en un autre à la place qui veut dire autre chose de proche, ou simplement dont le son vous plaît. Si vous n’êtes pas sûr d’un son, inventez.

***

Concernant la grammaire, pas besoin d’être un expert. Essayez de faire des phrases, rajoutez les signes qui vous manque pour dire ce qui vous manque : c’est du présent, du passé ? Du singulier, du pluriel ? C’est respectueux, insultant ? Et surtout notez bien les règles que vous retenez, histoire de ne pas vous contredire plus tard.
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 17:05

TECHNIQUE 06 : CREER UN NOM PROPRE


Tolkien a emprunté des noms de héros de différentes fables et légendes, en les classant par origine culturelle – le vieux nordique pour les Nains, le finlandais et le grec pour les Elfes etc. Il n’ignorait cependant rien de la manière dont les noms sont forgés pour ceux qui les portent.


Penchons-nous sur trois pistes en la matière :

1°) Le nom bénédiction vise à attirer sur la tête de l’enfant une qualité, la faveur d’un dieu ou d’une force de la nature (RIK HARD, le roi valeureux ; ABDUL ALLAH, le serviteur d’Allah – donc protégé par Allah, HELENE, le soleil). Le nom hommage (nommer l’enfant d’après une célébrité ou un parent) suit la même idée.

***

2°) Le nom de filiation / d’affiliation indique que l’enfant descend d’un parent, d’un roi, d’une organisation, d’un clan, d’un dieu - ou de manière plus terre à terre, de quelqu'un vient de tel endroit, qui avait telle caractéristique physique ou mentale, ou encore qui exerçait tel métier ou était le fils (la fille) adopté par telle personne.

Par exemple IVANOV = le fils d’IVAN, CHRIST = enfant du Christ. Attention la filiation n’a pas besoin d’être sexuelle – par exemple JENNIFER GOUVERNEMENT = Jennifer élevée par et au service du gouvernement). Il est en effet courant de prendre un nouveau nom quand on change de « famille ». L’idée est la même avec le nom d’origine physique indique de quel lieu, pays, ethnie le personnage vient (LE MAURE, MOULIN, DUPONT, D’ARTAGNAN, VAN HELSING).

***

3°) Le surnom évoque une image représentant le héros, son allure, son statut ou ses actes habituels : (CŒUR DE LION, L’AIGLON, PATTE FOLLE). Parmi les surnoms, on rangera aussi les Noms de guerre, les Noms secrets, et autres pseudonymes ou avatars. Ce qui nous permet par la même occasion de distinguer les noms donnés des noms choisis par celui qui les portent.


***

Mettez-vous à la place des personnages qui auront à utiliser ces noms. Même aujourd’hui nous pouvons être appelé par quantité de noms différents (titre, nom de famille, prénom, surnom, insulte etc.) suivant les circonstances et les personnes qui nous parlent. C’est aussi vrai pour les héros d’un récit.

Retour au dictionnaire de Finnois : pour la jeune reine, je choisis un nom bénédiction classique du genre « la blonde » (en fait elle sera brune !). Cela donne VAALEA, qui devient ALEA. Pour le vieux roi, ce sera un surnom : « le superbe » (VALTAVA), qui devient FALTAFF. Pour l’empoisonneur, je pars de « rusé », et « fils adultérin du rustre » : YUKAS KARKALAPSI (LAPSI signifiera « enfant de »). Pour le valeureux chevalier, je pars de « droit », « fils du bienfaiteur » : OKEN IBAN VALAPSI. ROK, le nom du chevalier dragon déguisé en humain, sera en revanche tiré du langage des dragons.


***

Les noms de lieux ou de choses peuvent suivre exactement le même schéma.

Notez cependant qu'une culture ou une autorité peut tenter d'imposer telle ou telle sorte de nom à telle ou telle sorte de gens, de lieu ou de choses, par exemple en obligeant les membres de sa communauté à porter le prénom d'un saint ou d'une sainte, ou encore d'un héros de son histoire, ou encore un numéro de matricule.

Assez logiquement, les seuls noms imposés qui survivront à travers l'usage ou l'histoire sont ceux qui contiendront aussi les trois pistes déjà citées, sauf si bien entendu, l'autorité en question parvenait à complètement lobotomiser ses locuteurs.


Dernière édition par Greenheart le Dim 1 Juin 2008 - 20:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 17:13

TECHNIQUE 07 : CREER UNE ECRITURE

Pour l’écriture, récupérez un alphabet écrit cette fois – pas forcément le même qui vous a donné votre alphabet parlé.

Et retranscrivez vos mots inventés – en notant bien vos règles de transcription sur une feuille à part (quel signe pour quel son). Décidez également des sens dans lesquels vous pourrez écrire : droite à gauche, haut en bas, en spirale, en hypertexte…

***

Tolkien a imaginé le Tengwar un alphabet écrit elfique bien plus savant que la majorité des alphabets réels : écrit à la plume ou au pinceau, chaque caractère mime graphiquement la prononciation du son qu’il représente. De plus, la même écriture pourra servir à plusieurs alphabets parlés différents (les « modes ») comme par exemple le Quenya, le Sindarin ou la Langue Noire de Mordor.


Ce système d’écriture est décrit dans les annexes du Seigneur des Anneaux, mais vous trouverez facilement sur le net quelques explications en français sur la construction du Tengwar — notamment ici :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tengwar



Précisons que les voyelles sont représentées par un accent sur la consonne suivante (les i sous les accents ne comptent pas) donc : « ash nazg » (un anneau) s’écrira en langue noire :



***

Du côté de ma phrase TADEN RINGAS, la transcription en FUTHARK donne :



Je n’étais pas obligé d’utiliser le FUTHARK. Toute autre écriture aurait fait l’affaire pourvu qu’elle m’inspire et soit utile au récit, ne serait-ce que par sa allure graphique.


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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 17:33

TECHNIQUE 08 : LE LANGAGE PRIMORDIAL


Maintenant, si vous n’avez ni alphabet, ni dictionnaire – ou si vous voulez créer un langage complètement inédit, ou encore si vos héros ne sont pas humains, voici une méthode alternative qui se base sur le langage Primordial, un langage crée par mes soins, aux propriétés particulières qui vont nous être très utiles.

***

Commençons par l’alphabet.

Je veux faire parler un dragon : quels gestes peut-il utiliser pour s’exprimer ?

Feuler (FEU),
Cracher (KRA),
Gronder (GRE),
Mâcher (MESH),
Ronronner (LRON),
Siffler (SSI),
Postillonner (PPO),
Battre des ailes (BA),
Montrer les dents (RHHAA), etc.

Mon alphabet prend forme.



***

Et pour l’écriture ?

Jetons un coup d’œil à une patte de dragon et voyons ce que nous pouvons tracer ou graver avec.

Par exemple pour KRA, j’imagine un coup de griffes simple et profond, donc quatre traits.
Pour SSI, un trait courbe en remontant.



SEP = séparateur de mots et de marques grammaticales
FIN = marque indiquant la fin d’une phrase si nécessaire.


***

Voyons maintenant comment créer un vocabulaire.

Prenez un mot en français (mais toute autre langue fait l’affaire, du moment que vous êtes certain de la signification du mot).

Par exemple : « cause ».

Traduisez les en utilisant uniquement l’alphabet suivant, en ne vous préoccupant que de la prononciation du mot (et non de son orthographe ou de sa signification, sa classe grammaticale donc ses terminaisons ou ses marques d'accords etc.).



TABLE DES SONS PRIMORDIAUX

B=P ; D=T ; F=V ; K=G ; H=A ou E ; L=L ;
I=J=Y ; M=M ; N=N ; O=OU=U ; R=R ; S=Z.




Cela donne KOZ. Traduisez ce que vous avez obtenu en idées primordiales, en utilisant le lexique suivant. A noter que le primordial se lit de droite à gauche (le dernier signe prononcé est le plus important).


TABLE RAPIDE DU LANGAGE PRIMORDIAL

B = rare, extraordinaire ;
D = Faire, agir, toi ;
F = feu, vie, éclat, rare
K = pouvoir, force, roi ;
H = il, lui, souffle, parole, bruit;
I = noble, valeureux, spécial;
L = haut, grand ;
M = âme, magie, moi
N = Petite lumière, étoile, espoir ;
O = Cercle, réunion ;
R = dire, rire, art, pensée ;
S = donner, nourriture, don, cadeau ;


Si le son est doublé, vous pouvez l'interprêter soit comme = "beaucoup de, très", soit comme deux fois l'idée.


***note***

Une présentation plus détaillée du Primordial et surtout plus à jour se trouve ici :
http://www.ideolangues.org/cours-en-ligne-f15/cours-de-primordial-t54.htm

***fin de note***




KOZ traduit en primordial donne « le don de la réunion du pouvoir ».


Revenons maintenant à notre Dragon, et cherchons dans son alphabet les signes qui représenteraient le mieux ces trois idées.

Je choisis les sons :

KRA pour le pouvoir absolu de détruire,
FEU pour feuler et appeler les autres dragons,
MACH pour la nourriture donc le don, le cadeau.


KOZ me donne donc « KRA-FEU-MACH », à prononcer en se pensant un dragon, soit « Krrh’feueuh’meush », ou pour simplifier : K’feumesh, avec un accent sur la seconde syllabe.


***

On recommencera avec le mot « Anneau » (ANNO), en créant au besoin les sons et les écritures qui nous manquent.

Je peux à présent former une phrase complète : « Rrannro K’feumesh », qui signifiera comme RINKAS TADEN en Finnik (pseudo-finnois) parlé : « L’anneau en est la cause ». Nous l’écrirons cette fois :



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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 17:45

TECHNIQUE 9 : DEVELOPPER UN UNIVERS


Tout récit crée un univers, ne serait-ce que par les mots qu’on emploie pour le raconter.

Créer un univers consiste donc à simplement veiller que le récit emploie d’une part suffisamment de mots pour évoquer un monde entier, d’autre part que l’univers ainsi évoqué est « vérisimilaire », c'est-à-dire qu’on pourrait le prendre pour la réalité, même en sachant que ce n’est pas la réalité.


***

Pour évoquer un univers entier, vous pouvez suivre la démarche d’une encyclopédie ou d’un guide touristique : répondez aux questions que se poserait un parfait étranger à ce monde. Distinguez bien les croyances (« la terre est plate ») de la réalité de votre univers (« la terre est creuse »). Archivez efficacement vos notes.


***

Tout le prologue du Seigneur des Anneaux est un exemple de ce travail sur l’évocation d’un univers entier :

(à propos des Hobbits)

J.R.R. Tolkien a écrit:

« Leurs premiers récits semblent faire allusion à une époque où ils habitaient la vallée supérieure de l’Anduin, entre les premières ramures de Vertbois le Grand et les Monts de Brumes. Pourquoi, plus tard, ils entreprirent la dure et périlleuse traversée des montagnes à travers l’Eriador, ce n’est plus chose certaine. Leurs propres témoignages évoquent la multiplication des Hommes dans le pays, et une ombre qui tomba sur la forêt, au point qu’elle en devienne obscure, et que son nom soit changé en Narbois »


***note de traduction***
Noir-bois – « Mirk » dans Mirkwood est aussi et tout simplement la contraction de « Murk », et pas seulement une antique référence à un lointain adjectif gothique !
***fin de note de traduction**


***
.
Tolkien ne se contente pas d’écrire que les Hobbits de la Comté vivent isolés des Hommes, et c’est comme ça. Il prend note de toutes les explications à cette situations : d’où viennent les Hobbits, comment ils en sont arrivés là. Et il en tire une source d’inspiration pour les différentes familles de Hobbits, la géographie de leur répartition, les noms de lieux, les rumeurs qui court sur le héros etc.

Attention, vous n’êtes pas obligé de tout montrer de vos recherches au lecteur — et Tolkien ne l’a d’ailleurs pas fait ! Vous ne devez montrer de votre univers que ce qui compte dans le récit que vous racontez, que ce que votre ou vos narrateurs peuvent en rapporter, ou éprouve le besoin de rapporter. N'oubliez pas non plus qu'un narrateur peut être ignorant, mentir, ou se tromper (ou être mal traduit en français...).


***


Pour atteindre la vérisimilitude (qui, à la différence de la vraisemblance, est l'allure de la vérité pour une énonciation que l'on sait fausse, comme par exemple le récit d'une aventure sur une terre qui n'existe pas), il faut que les lois physiques et humaines qui animent votre univers imaginaires soient sinon identiques à celles qui régissent notre réalité, du moins qu'elles soient cohérentes les unes par rapport aux autres, et qu'elles aient un poids, une force d'inertie ou d'attraction sur tous les éléments de votre univers et de votre histoire, sans exception.

Le moyen le plus simple pour obtenir une telle puissance évocatrice est bien sûr de s'inspirer de la réalité chaque fois que possible.


***

Tolkien lui-même décrit essentiellement des situations qu’il a vécues — le cas échéant par procuration — et ce même quand on croit nager dans la Fantasy la plus échevelée.

Le confort du terrier de Bilbo est celui le confort d’un cottage anglais, la saleté et la crasse du Mordor est celle des tranchées de la première guerre mondiale.

Tolkien peut donc à tout instant tirer de ces situations en fait réelle des réactions tout à fait logiques de la part de ses héros, et tout à fait convaincantes pour le lecteur.


***

S’il y a divergence entre les lois de notre monde et celle de votre nouvel univers (« un dragon dans le ciel »), cela doit pouvoir s’expliquer et cela doit avoir des conséquences (« la profession de guetteur, les abris à dragons où l’on se réfugie en cas d’alerte »).

Souvent on retrouvera dans la réalité de notre monde une situation ayant les mêmes caractéristiques que l’élément fantastique qui nous dérange. Par exemple, les dragons représentent le même danger que les bombes incendiaires pleuvant sur une ville durant la Seconde guerre mondiale.

Il sera donc facile de tirer des explications et des conséquences vraisemblables à un élément invraisemblable.


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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 17:51

TECHNIQUE 10 : LE RECIT 3D

Tolkien n’imagine pas écrire ses récits sans qu’il ne puisse placer lieux, peuples et évènements sur une carte. Et lorsqu’il prend soin de tracer chronologies et arbres généalogiques, il crée instantanément ce que j’appellerai un récit « 3D ».


***

Un récit 3D est un récit qui peut être lu dans plusieurs directions : dans l’espace, dans le temps et selon un point de vue d’un personnage.

Le récit 3D est une technique d’écriture basique en matière de jeu de rôles (le scénario type « une porte, un monstre, un trésor » est un récit 3D), et relativement périlleuse en matière romanesque.

Le principe en est assez simple : tracez une carte et placez-y tous les éléments de votre histoire. Ce que vous ne savez pas gribouiller, vous l’écrirez en toutes lettres. Bien entendu, vous pouvez vous inspirer de cartes et de plans bien réels, anciens ou modernes.

Prenez également soin de noter la chronologie des évènements sous la forme d’une chronologie à part, ou de dates sur la carte, de flèches pour indiquer des mouvements etc. Vous pouvez aussi tracer plusieurs cartes du même univers à différentes dates.

***



Notez que pour trouver les noms de lieux en version « originale » on procède exactement comme les noms de personnages. Ici c’est encore le dictionnaire de Finnois qui a été mis à contribution.



***


Une fois votre carte tracée et abondamment annotée, il ne vous reste plus qu’une étape : vous déplacer en tant que narrateur à travers votre univers, votre chronologie et le point de vue de vos personnages.


***

Pour le Seigneur des Anneaux, les héros partent de la Comté pour le Pays de Bouc, longent la Rivière du Vinclairet, rencontre des elfes dans le Bout du Bois etc. En ce qui vous concerne, reprenez une feuille à part et résumez le voyage de vos héros en numérotant chacune des étapes.

***

Pour mon récit, le premier jour de mon histoire, le vieux roi FALTAFF meurt empoisonné en son palais de Kolein, la jeune reine ALEA fuit à bord d’une barque vers Lansein, tandis que le roi félon LOUKAS lance des assassins sur les routes de Lansein, mais aussi de Lounein et Kakkein. Entre Lounein et Kakkein, l’un de ces assassins est liquidé par le chevalier dragon déguisé. A Lansein, ALEA impressionne le preux chevalier IBAN etc. Je décris à part à quoi ressemblent les pays de Kolein, Lansein etc., en leur donnant à chacun un aspect qui leur est propre.


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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 17:58

TECHNIQUE 11 : CLARIFIER ET CONSOLIDER LES INTRIGUES


A ce stade de la création du récit, vous buterez peut-être sur les mêmes problèmes d’inspiration qu’a rencontré Tolkien au milieu de l’écriture de Seigneur des Anneaux.

Un antidote à une éventuelle panne est de remettre à plat l’arborescence de vos intrigues – principales et secondaires.


***

Une intrigue est une histoire très simple en trois points :

1°) Comment ça commence,
2°) Comment ça finit
3°) Ce qui arrive entre les deux.


***

Si l’histoire est plus compliquée, c’est qu’elle contient d’autres intrigues, et il faut les séparer les unes des autres pour mieux s’assurer de leur solidité.


***

Reprenez votre feuille où vous avez résumé le parcours de vos héros à travers la carte.

Pour chacun des éléments rencontrés (décor, action, héros), reconstituez sur une feuille à part l’intrigue – ou plus probablement les intrigues auxquelles cet élément participe. Ne vous encombrez pas trop des détails.


En revanche il faut absolument que :

1°) L’intrigue soit simple (pas d’autres intrigues à l’intérieur) ;
2°) L’intrigue soit complète (début, milieu, fin).
3°) Tous ses éléments sont bien replacés dans l'univers que vous avez créé, et suivent ses lois.



***

Certaines intrigues resteront « ouvertes » (c'est-à-dire sans début ou sans fin), notamment si vous tenez déjà suffisamment d’intrigues complètes pour que votre histoire entière tienne debout.

Par contre, plus votre saga sera longue, plus il vous faut d’intrigues complètes.


***

Comment Tolkien s’en est tiré sur La Compagnie de l’Anneau ?

A : L’Anneau est forgé par Sauron et cherche à revenir à Sauron, il ronge ses porteurs.
A1 : Gollum vole l’anneau à son frère, fuit sous les monts brumeux, perd l’Anneau.
A2 : Bilbo trouve l’Anneau, peu à peu consumé par l’Anneau, il quitte la Comté.
A3 : Frodo reçoit l’Anneau, l’amène chez Elrond, puis vers Mordor, protégé par Sam.

B1 : Gandalf identifie l’Anneau, l’identifie et organise sa destruction.
B2 : Gollum cherche l’anneau, informe Sauron et Gandalf, suit et rejoint Frodo pour le voler.
B3 : Elrond forme la Compagnie de l’Anneau qui suit Frodo, la Compagnie est brisée.


Etc.



***

Dans chaque ligne d’intrigue, Tolkien ménage des développements en accordéon, qui rallonge l’aventure sans changer le dénouement de ces intrigues. Ce qui rend possible la coupure de certains de ces développements dans l’adaptation filmée de Peter Jackson.


***

Comment je m’en tire pour mon récit de Fantasy ?

Je me rends d'abord compte que beaucoup de mes intrigues sont incomplètes. Je les complète donc au fur et à mesure que je crée cette liste :

A : Loukas empoisonne le roi et devient roi à sa place.
A1 : Ale, sa jeune épouse fuit avec l’épée qui tuera Loukas, Pour tuer Ale, elle doit récupérer un anneau sacré gardé par un sorcier, pour le compte de son mari défunt. En attendant, elle se déguise en garçon et se fait appeler Rakunn (le dragon).
A2 : Lookas envoie ses assassins tuer Ale et récupérer l’épée. Ceux-ci sont tués respectivement par le chevalier Iban qui protège Rakunn qu’il prend pour un jeune noble égaré, par un jeune dragon déguisé en humain qui est confondu avec Ale déguisé en Rakunn et enfin par Ale elle-même alors qu’elle va pour récupérer l’anneau.
A3 : Ale entre dans le palais pour assassiner Lookas avec l’épée de son défunt mari.

B : Iban, un héros à la Beowulf aide Ale déguisé en Rakunn qui lui ment. Il découvre la vérité.
B1 : Iban rencontre Rakunn et le sauve. Il veut en faire un chevalier. Elle se sert de lui pour la protéger jusqu’à ce qu’elle retrouve l’anneau et revienne venger son mari défunt.
B2 : Iban finit par découvrir la supercherie et la vengeance. Vont-ils faire équipe, voire plus ?
B3 : Iban fait équipe avec le chevalier dragon Rok déguisé en humain qui poursuit les assassins lancés après Ale. Rok révèle sa vraie nature pour sauver Iban et Ale. Iban fait le rapport entre la quête de Rok et une prophétie qui, si elle se réaliserait, signifie pour lui la fin du monde. Iban attaque donc Rok.


Etc.


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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 18:01

TECHNIQUE 12 : LE RECIT DANS LE RECIT DANS LE RECIT


Le mythe et les légendes de la Terre du Milieu étant créés de toutes pièces, comment leur donner le même crédit que le poème épique Beowulf par exemple ? En lui réservant le même traitement universitaire, d’où par exemple le prologue sur la civilisation des « hobbits », si indigeste en français, et si savoureux dans sa version originale.

Tolkien veille cependant à ne pas monter une imposture, et ne laisse planer aucun doute sur le caractère purement divertissant et romanesque de son œuvre.


***

La technique du Récit dans le Récit consiste à monter de toutes pièces un récit imaginaire à propos de l’existence du récit.

Par exemple, raconter comment on a trouvé une bouteille à la mer (ou dans l’espace), qui contenait le récit qui suit dans le roman (La planète des singes, le roman de Pierre Boule), ou prétendre que le roman est la reproduction d’un journal intime (Dracula de Bram Stocker) ou le compte-rendu d’une expédition bien réel (Le Monde Perdu d’Arthur Conan Doyle).


***

Mais Tolkien ne se contente pas de faire raconter son récit par un auteur présumé. Il fait également raconter bon nombre de récits par ses personnages, afin notamment de renseigner ses héros et le lecteur sur son univers : par exemple ce que signifie une inscription sur un anneau, qui a sculpté une porte, ce qui s’est passé avant et ailleurs et ainsi de suite.

C’est un procédé typique des contes et légendes.


J.R.R. Tolkien a écrit:

Frodo restait assis, silencieux et immobile. La peur semblait étendre une main immense, tel un nuage noir s’élevant de l’Est et surgissant droit pour l’engouffrer. « Cet anneau ! », il bégaya : « Co… comment par le ciel a-t-il pu arriver jusqu’à moi ? »
« Ah ! » fit Gandalf. « Ceci est une très longue histoire. Son commencement remonte aux Années Noires, dont seuls les Maîtres des légendes aujourd’hui se rappellent. Si je devais te raconter la totalité de ce conte, nous serions encore assis ici alors que le Printemps se sera changé en Hiver… »



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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 18:08

TECHNIQUE 13 : TRADUIRE ET DEGRADER UN RECIT


Dès lors qu’un récit est prétendu traduit d’une autre langue ou rapporté par une succession d’auteurs présumés, il subit maintes métamorphoses.

Il peut être déformé par une mauvaise traduction, allongé par des commentaires, censuré, tronçonné ou trahi, ou encore reconstitué selon les hypothèses, les croyances ou l’imagination de ceux qui l’ont transmis. A vous de décider de l’histoire du « manuscrit original » et d’altérer en conséquence le texte qui sera finalement mis à disposition du lecteur.


***

Tolkien prétendra être le (très bon) traducteur du Seigneur des Anneaux. Avec une certaine malice, il dissertera volontiers sur telle origine compliquée du mot « HOBBIT » — qui ressemble pourtant fortement le mot « RABBIT » (« Lapin » en anglais, un petit animal aux pieds velus qui apprécie particulièrement le confort des terriers de la campagne anglaise).

De plus, au moment où lui vient l'idée d'écrire le Hobbit, Tolkien vient justement de raconter une histoire de Lapin à ses enfants, si l'on en croit la biographie de Humphrey Carpenter.


***


QUELQUES TECHNIQUES NARRATIVES PLUS TRADITIONNELLES

Faute de place, nous ne pouvons que survoler en partie les techniques plus traditionnelles qu’emploie Tolkien pour raconter son histoire.


***

TECHNIQUE 14 — LE TEMOIGNAGE INDIRECT : C’est une technique de description que Tolkien utilise par exemple dans le premier chapitre, pour présenter Bilbo, puis Frodo. Un évènement ou un personnage est décrit par ce qu’en disent des témoins, et non directement via le point de vue des héros, les dialogues ou le récit du narrateur qui donnerait son point de vue.


TECHNIQUE 15 — SOUVENIR, SOUVENIR : Une technique narrative particulière au livre univers : lorsque les héros sont censés avoir vécu des aventures précédentes, les indices de ces aventures passées se retrouvent dans les décors, les dialogues, les situations. L’auteur rend alors le lecteur familier des précédents épisodes complice – mais aussi il peut donner un passé, donc un réalisme supplémentaire à son récit en utilisant cette technique sans avoir raconté les aventures précédentes !


TECHNIQUE 16 — IL ETAIT UNE FOIS : Il s’agit d’un jeu narratif consistant à commencer une histoire pour ne l’achever que plus loin dans le roman. Par exemple : Frodo demande à Gandalf de lui raconter l’histoire de l’Anneau, mais Gandalf n’en raconte qu’une partie. Le lecteur curieux voudra savoir le reste, qui sera racontée plus loin dans le roman.


TECHNIQUE 17 — L’ANNONCE : À plusieurs reprises dans le roman, Tolkien va annoncer au lecteur qu’il va arriver quelque chose (par exemple la fête pour l’anniversaire de Bilbo dans le premier chapitre, ou la destruction de la Comté dans la scène du miroir de Galadriel). Du coup le lecteur est aiguillé pour tourner les pages et découvrir la suite afin de voir (ou de ne pas voir) les scènes annoncées en question.


TECHNIQUE 16 — LE STYLE FEUILLETONNESQUE : Lorsque Tolkien écrit le Hobbit ou le début du Seigneur des Anneaux, il reste dans l’idée d’un public à tenir en haleine à chaque nouvel épisode. Chaque chapitre aura donc son Annonce (voir plus haut) puis un Climax, c'est-à-dire un sommet d’émotion, de tension ou de découverte (curiosité satisfaite, révélations), et enfin un Cliffhanger (ou Suspension), c'est-à-dire une fin de chapitre qui s’arrête sans conclure une situation en cours ou donner toutes les réponses aux questions qui se posent à ce moment de l’histoire.
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 1 Juin 2008 - 18:19

TECHNIQUE 17 : ECRIRE UN POEME, UNE CHANSON

Tolkien fait plus que raconter une histoire : il « chante » une partie de son récit, et notamment dans les langues imaginaires qu’il crée. Voyons comment procéder.


***

Que vous écriviez un poème ou une chanson, ôtez-vous définitivement de la tête que vous faites un discours comme un autre. Les mots ne sont pas des mots, mais bien de la musique : vous devez donc les choisir parce qu’ils sonnent « bien », et non pas parce qu’ils veulent dire quelque chose.


***

Maintenant cela ne veut pas dire qu’une poésie, c’est du n’importe quoi. A travers ce flot de paroles, vous allez exprimer des idées — mais d’une manière iconique, et non alphabétique (voir plus haut). Notez bien qu’un récit entier peut être écrit de cette manière.


Rassemblez les idées qui vous intéressent sous forme de mots épars, ceux qui vous viennent à l’esprit.

La musique et le yaourt (un langage qui ne veut rien dire comme par exemple le faux anglais) aident beaucoup. Ajoutez à ces premiers mots les autres mots qui viennent, et surtout qui sonnent bien (ou mal, si vous voulez faire un massacre, ça marche aussi).


***

Par exemple, si je veux créer une prophétie, je vais commencer par écrire comme ça vient :


Deux dragons, l’un venu du ciel, l’autre sorti de la terre.
Ils s’unissent, pondent un oeuf contient un dragon d’or.
L’oeuf ne s’ouvrira qu’avec un anneau magique.




***

Ensuite déversez vos mots dans la structure du poème que vous souhaitez écrire (aiku, sonnet, chanson, prière etc.). Ou inventez cette structure : c’est votre univers, après tout, non ?


Dans mon exemple, j’en reste aux idées, car j’ai l’intention de rédiger mon poème dans la langue des Dragons.


Dragon dans le ciel, dragon dans la terre
Mêler et crier, poussière, lutter, petite mort
Petite vie et longue attente
Jour suivant dragon d’or sortira
L’anneau en sera la cause



***

Déplacez et changez vos mots de manière à donner l’apparence d’un discours plus ordinaire et presque correct du point de vue grammatical (sauf si vous visez la confusion ou le surréalisme).


***

Les rimes et les sonorités servent à attirer l’attention du lecteur / auditeur sur certains mots plutôt que d’autres – comme des coups de projecteurs ou de surligneur.

Notez bien que ce rapprochement entre mots qui riment peut aller jusqu’à composer un autre poème, caché dans le premier poème.


***

Par exemple : je m’imagine un ordre des mots respectueux de la grammaire Drakonik :

Ciel contient dragon, terre contient dragon
Poussière contient Mêler crier, Eau contient lutter et petit mourir
Longue attente contient petite vie
Jour suivant contient or contient dragon sortir
Anneau contient cause



Et en avant pour la création du vocabulaire correspondant à ces idées.

Pour la version originale DRAKONIK, j’utilise le Primordial :

Ciel = SIHEL = don, noble, tout, haut = MES-PPO-HHH ! ;
Contenir = MES (le mot qui précède contient le mot qui suit) ;
Dragon = KRA ! ;
Terre = THR = Faire, tout, dire = SSI-HHH-LRN etc.


***

Ensuite il n’y a plus qu’à traduire mon poème, d’abord en langage parlé, puis ensuite dans le système d’écriture que j’aurai choisi.

En Drakonik parlé cela donne :

MES-PPO-HHH ! / MES / KRA ! / SSI-HHH-LRN / MES / KRA ! — MES-HAA-HHH ! / MES / GRO-HHH ! / KRA-LRN-PPO-SSI (noter que le point d’exclamation est un battement d’ailes, qu’un humain simulera par un clap des mains).

En Finnik parlé cela donne : RAKUUNA ILMANALA-SAA, RAKUUNA MAA-SAA — SEKO-TA DJA, HUUT-TA DJA HIEKKA-SAA.




***



LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : 1. LA COMPAGNIE DE L’ANNEAU




J.R.R. Tolkien a écrit:
Ash nazg durbatulûk, ash nazg gimbatul,
Ash nazg thrakatulûk, agh burzum-ishi krimpatul.

(Un anneau régner eux tous, un anneau trouver eux tous)
(Un anneau porter eux tous, et obscurité lier eux)

Un anneau pour (tous) les diriger, un anneau pour (tous) les retrouver
Un anneau pour (tous) les emporter, et dans le noir, les enchaîner.


J.R.R. Tolkien a écrit:
One Ring to rule them all, One Ring to find them
One Ring to bring them all and in the darkness bind them



LE CHANT DU DRAGON (Version DRAKONIK)



Mespoh’ ! / ro / mes / feu-rrr / kra ! / kra / ssi
Rha-N-ro / mes / kra-feu-mes


(jour) (suivant) (contient) (or) (contient) (dragon) (sortir) (action de)
(anneau) (contient) (cause)

Le jour suivant verra l’or du dragon sortir
L’anneau en est la cause



LE CHANT DU DRAGON (Version FINNIK)



PAIVA-SE RAKUUNA KULTA-IN SYLKE-TA
TADEN RINKA-IN


(jour) (suivant) (dragon) (or) (fait de) (cracher) (action de)
(cause) (anneau) (fait de)

Le jour suivant le dragon d’or crachera
La cause est un anneau.



***note***

Je posterai plus tard la totalité des annexes, mais vous pouvez déjà les trouver à la fin de ce document :

http://www.davonline.com/ecrirekom/ecrirekom_tolkien_extrait.pdf
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Eweron



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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Dim 2 Nov 2014 - 21:43

C'est très intéressant!!
Ca donne des idées pour un nouveau projet Very Happy
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Greyseer



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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Jeu 15 Jan 2015 - 23:57

Super texte et très bon conseil !
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MessageSujet: Re: Ecrire comme Tolkien   Aujourd'hui à 20:39

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